Samedi 30 mai 2009 6 30 /05 /Mai /2009 12:43

--Dernières mises à jour--

 

17/07/11 : Le blog ne sera plus mis à jour. Je renonce à réfléchir à une nouvelle fiction qui ne verra jamais le jour ; je n'ai plus de temps pour ça. Le temps avance, la vie aussi ! Merci à TOUS pour vos commentaires qui m'ont fait tellement plaisir à lire. J'espère que d'autres lecteurs auront plaisir à découvrir S'avouer vaincu comme j'ai eu, à l'époque, plaisir à l'écrire !

 

09/05/11 : Allez voir par ici, vous aurez de quoi lire. Une histoire à lire.

 

01/05/11 : Edit, j'ai fait  un truc qu'il ne faut JAMAIS faire, enlever le one-shot publié, mais plus je le relisais, moins j'étais satisfait. Je le garde de côté, pour le refaire, ou le réutiliser ailleurs quand j'aurai le temps. Je l'ai écrit trop vite à mon goût. D'autres nouvelles bientôt. 

 

30/07/10 : Faux départ : Comme expliqué dans le dernier article mise à jour, c'est malheureusement un faux départ pour la deuxième fic... Peut-être vous en doutiez-vous vu que je n'ai pas pu mettre en ligne le début durant tout le mois de juillet, ce que j'aurais fait si cela avait été dans mes disponibilités. Toutes mes excuses pour l'annonce prématurée. Ca m'apprendra !

 

 

 

 

 

S'avouer vaincu


  9 chapitres - TERMINEE

--Résumé--

 

Un matin, Azuria se réveille sans champion, et c'est l'émoi à la Ligue Indigo. Pendant que ses soeurs tentent d'échapper à la catastrophe, Ondine s'échappe vers Sinnoh, errant au hasard, tétanisée à l'idée de retrouver ses anciens amis. Vers Sinnoh, et vers une lutte difficile d'où la jeune championne compte bien sortir vainqueur, même quand deux inconnus de la Team Rocket décident de s'inviter à la fête.
 
--Crédits--

Même si cela est évident, petit rappel d'usage : tous les personnages tirés du dessin animé ne sont pas de mon invention (et propriété de Nintendo), de même que l'ensemble des Pokémon. L'histoire est entièrement inédite !

L'intrigue se situe aux alentours de la fin de la saison 11 du dessin animé, que je connais assez mal (d'où plusieurs écarts sans doute avec les épisodes). Sacha vient de remporter le badge de l'arène de Verchamps, et se dirige à nouveau vers Unionpolis

 

--Liste des chapitres--


*Chapitre 1 : L'écume des eaux  
*Chapitre 2 : La fugitive
*Chapitre 3 : Craignez d'être sa haine
*Chapitre 4 : La nuit porte conseil
*Chapitre 5 : DésUnionpolis
*Chapitre 6 : Afin d'écraser l'amour et la vérité
*Chapitre 7 : Sous les frondaisons grasses
*Chapitre 8 : A travers la brume
*Chapitre 9 : Malgré lui, malgré elle

 

 

 

Par Pikercy - Publié dans : Tableau de bord des fics
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Samedi 30 mai 2009 6 30 /05 /Mai /2009 12:55

CHAPITRE 1

 

L’écume des eaux

 

I

 

Lily, Violette, et Daisy se prélassaient au soleil, au large de Nénucrique, dans la région Hoenn. Déjà presque un an que leur voyage autour du monde était terminé. Mais cela leur manquait trop, et Violette avait insisté pour prolonger le plaisir. Puisque Ondine avait la gentillesse de s’occuper seule de l’arène en leur absence.

« Sœurette ne changera jamais, songea Violette avec amusement alors qu’elle commandait un nouveau cocktail. On pourrait lui demander n’importe quoi qu’elle s’exécuterait bien gentiment. » La grande et longiligne jeune femme rit à la pensée de tous les combats répétitifs que sa petite sœur rouquine a pu mener depuis tout ce temps contre ces dresseurs débutants, avec toujours les mêmes Pokémons, faibles et inexpérimentés. Un temps heureusement révolu pour elle.

Lily se redressa de son transat.

« Violette ? Pourquoi tu rigoles ?

-         Je pensais à Ondine, répondit-elle avec un grand sourire. J’espère qu’elle ne s’ennuie pas trop là-bas, à l’arène, à tourner en rond dans la piscine froide.

-          - Ca ne risque pas, pouffa sa sœur, et puis, nous lui avons dit de rester jusqu’à notre retour, elle est tellement, hum, serviable, que je suis sûre qu’elle ne s’est même pas posé la question ! »

Les trois sœurs éclatèrent d’un rire sonore, même si Daisy ne put s’empêcher d’avoir quelques regrets de traiter encore sa sœur de cette manière. Alors qu’elle se repositionnait sur le transat, un serveur du bateau de croisière s’approcha.

« Et où est mon cocktail ? s’exclama Violette quand elle s’aperçut que l’homme n’avait pas de plateau.

-          - Hum, veuillez m’excuser, mademoiselle, mais il y a un appel urgent pour vous dans votre cabine personnelle.

-          - Un appel urgent ? Quel genre ? Nous n’attendons aucun appel, nous sommes en congés !

-          - Hum, hé bien… dit l’homme d’un air gêné, l’homme au téléphone n’avait pas vraiment l’air d’avoir envie d’attendre…

-          - Bon, soupira longuement Daisy. Restez là. Je vais aller voir. »

 

Le combiné de téléphone était décroché sur le bureau de la cabine. Daisy s’en empara, et une voix froide et dure lui répondit.

« Daisy Williams ?

-          - Elle-même, à qui ai-je l’honneur ?

-          - David Léonard, administration de la Ligue Indigo. »

Les yeux de Daisy se figèrent sur le téléphone. Elle resserra sa serviette autour des épaules, pressentant que la suite de la conversation n’allait pas lui plaire.

« Que… que puis-je faire pour vous ?

-          - Mademoiselle Williams, nous avons reçu ces deux derniers jours beaucoup de plaintes de dresseurs engagés dans le tournoi Indigo. L’arène d’Azuria est fermée depuis maintenant une semaine, et ce sans qu’aucune explication ne soit parvenue au service d’inspection de la Ligue. Cette situation est intolérable, et personne n’est capable de répondre à nos interrogations : votre arène est déserte, et ni le poste de police, ni le Centre Pokémon n’ont été en mesure de nous aider. J’ai moi-même mis cinq heures à retrouver votre trace. Que se passe-t-il bon sang ? finit-il par crier.

-         Heu, ben, je… balbutia Daisy. C’est… c’est ma sœur Ondine qui est la championne en titre, pourquoi s’adresser à moi ?

-          - Ondine Williams est injoignable et introuvable depuis la fermeture de l’arène. Vous étiez la championne précédente et vous avez la qualification. Pourquoi n’êtes vous pas à votre poste en remplacement ?

-          - Je… je… des… affaires me tiennent loin de Kanto en ce moment et…

-          - Si l’arène d’Azuria n’est pas rouverte la semaine prochaine, je doute qu’elle conserve son statut pour l’année suivante, pensez-y. Au revoir, mademoiselle ».

 

La communication était coupée. Le teint pâle, elle raccrocha le combiné. Puis, soudainement, elle sortit furieuse de la cabine, avec trois idées en tête. Passer ses nerfs sur Violette, trouver un moyen de rentrer à Azuria, et surtout, surtout, savoir ce qui a pris Ondine pour laisser l’arène, sans les prévenir.

 

 

II

 

« Corayon, finissons-en, utilise Picanon ! »

Le petit Pokémon corail poussa son cri, resserra ses cornes et faucha en pleine course le Piafabec qui s’efforçait jusque là d’éviter les attaques de son adversaire. Le petit oiseau dévia de sa course, tomba sur un des promontoires de la piscine, et échoua dans l’eau.

« Corayon, attaque Damoclès ! »

Corayon descendit de sa plate-forme et sauta dans l’eau en prenant son élan. Il bouscula violemment le Piafabec déjà étourdi, qui alla s’échouer aux pieds de son dresseur ébahi.

« Piafabec est hors de combat, annonça l’arbitre officiel, levant son drapeau rouge. Corayon remporte cette manche. Le vainqueur du match est Ondine, championne de l’arène d’Azuria, par deux manches à zéro. »

Le jeune dresseur rappela son Pokémon dans sa balle, et rejoignit le bord de la piscine où se déroulaient les combats.

« Bien joué tout de même, Christophe, le félicita Ondine. Il te faut encore un peu d’entraînement pour réussir à me battre. Je te conseille d’aller visiter l’arène d’Argenta, je connais un peu le champion de là-bas, c’est le père d’un vieil ami. Il sera ravi de t’enseigner les rudiments du combat en arène officielle.

-          - Merci, Ondine, vous êtes super ! s’exclama le petit garçon. Je vais aller au Centre Pokémon faire soigner Piafabec.

-          - C’est une bonne chose.

-          - Je reviendrai bientôt, Piafabec sera encore plus fort !

-          - Je n’en doute pas, à bientôt ! »

Ondine s’assura que la porte soit bien fermée et attendit quelques secondes, les poings serrés. Elle remercia l’arbitre qui s’en alla ; vu l’heure, il n’y aurait plus de nouveaux concurrents pour aujourd’hui. La mâchoire crispée, elle se mit à courir vers la porte, et abattit sauvagement le loquet. Puis elle se précipita en haut du plongeoir, et se défit de sa tenue de combat pour ne laisser que le maillot de bain. Elle s’était détaché ses cheveux roux, qui tombaient derrière ses épaules, jusqu’au milieu de son dos. Puis les mots s’échappèrent en cascade. « C’est ça, reviens avec Piafabec, il sera encore plus fort, peut-être qu’il aura appris Pic-pic entre temps hein ? Ou Charge aussi ? Pourquoi tu ne reviendrais pas avec un Roucool, ils feraient la paire. Ou un Rattata, j’adore ça aussi, ces souris que je ne peux plus voir. Ou non, mieux, ramène un Nidoran, oui, ça va me changer, j’en ai pas vu depuis hier matin ! »

Elle donna deux impulsions à la planche, en haut de l’échelle, et plongea au fond du bassin. « Je n’en peux plus ! »

 

***

 

Dix-septième longueur de bassin. « Oui un Roucool. Stari adore pilonner les Roucool, il est habitué maintenant qu’il en voit cinq par jour. C’est bien les Roucool ».

Dix-huitième longueur. De rage, elle nageait de façon tellement désordonnée que la fine écume blanche que provoquait le battement de ses pieds se maintenait sur le bassin. Au fond de celui-ci, Lamentine suivait des yeux la championne. Dix-neuvième longueur. « Mais non, mieux ! Tu pourras ramener un Aspicot, un de ces immondes Pokémon insectes de la forêt, ça me ferait… tellement… plaisir ! »

Vingtième longueur. Ondine serrait les dents. « Oui un Aspicot, comme ça je pourrais au moins m’imaginer que cet immonde truc viendra se frotter contre moi, ça donnera du piment ! Ou un Coconfort, pour m’entraîner à viser ! Ou un Chenipan tant qu’on y… »

Elle s’arrêta brusquement, alors qu’une légère vague du bassin venait de s’engouffrer dans sa bouche et ses narines. Elle toussa pour expulser toute l’eau qu’elle venait d’avaler. Lamantine s’élança, et vint l’aider à regagner le rivage. Elle était épuisée, et s’affala sur le bord du bassin. « Merci… Lamantine, dit-elle entre deux quintes de toux ».

Un Chenipan

 

***

 

La nuit était froide ces temps-ci à Azuria. Très fatiguée par cette séance intensive et fulgurante de natation, Ondine rêvassait dans son lit. La tête posée sur son oreiller, elle regardait par delà la fenêtre. Toujours les mêmes journées, les mêmes matchs, elle n’en pouvait plus. Où étaient passés ses espoirs de petite fille ? Elle avait toujours voulu être une championne d’arène, spécialiste des Pokémons Eau ; elle l’était aujourd’hui, mais tout lui semblait fade. Elle était pourtant reconnue dans tout Kanto désormais, et décrocher le badge Cascade était aujourd’hui synonyme d’être classé directement parmi les favoris du Tournoi Indigo. Ondine avait grandi. Si dans son esprit, elle se sentait toujours un peu honteuse lorsque ses sœurs revenaient parader dans les rues de la ville, elle n’avait plus vraiment de quoi rougir. En tout cas pas de ses prétendants, qui se sont succédés en une longue liste de rendez-vous refusés et de tentatives de soirées ratées. Etre une célébrité locale avait aussi ses avantages. Non, ses inconvénients ! Elle enroula ses fines jambes dans sa couverture, et se cacha le visage. Après les 4 années passées à courir les routes avec Sacha et Pierre, n’avait-elle pas ce qu’elle voulait ? Un poste de championne des Pokémon Eau, un chez-elle, et, pour couronner le tout, tous ces garçons à ses pieds ! Qu’est-ce qu’il lui avait pris tout à l’heure ?

Chenipan était le premier Pokémon capturé par Sacha… Et elle avait bu la tasse à son évocation. Enchaîner les matchs et les tours de bassin… Non, ce n’était définitivement plus ce qu’elle voulait. Régulièrement, ses pensées la faisaient divaguer vers Sacha et Pierre, vers Sacha, surtout. Tout cela lui manquait, le voyage, les routes, les amis…

Est-ce vraiment tout cela qui me manque ?...

Mais après tout, voilà près d’un an qu’elle était sans nouvelle de ses amis. Pas une lettre, pas un coup de téléphone ! Elle savait juste que Sacha et Pierre se trouvaient à Sinnoh. S’ils l’avaient oubliée, pourquoi s’en soucier ? Elle serra les dents. Sacha ! Comment as-tu pu oser ? Tu m’avais promis… Elle l’imagina parcourir les arènes de Sinnoh avec Pierre, toujours concentré sur la prochaine, comme il l’avait fait à Kanto, à Johto, à Hoenn lorsqu’il était avec Flora et Max. Il ne s’arrêtera jamais avant d’en avoir terminé ! Qui suis-je moi, à côté des champions et des badges ?

Malgré sa rancune, elle n’avait pas pu s’empêcher d’assister aux prestations de Sacha à la télévision, lors des tournois précédents et notamment Hoenn. Elle avait amèrement regretté de ne pas être là à l’encourager dans les gradins, dans les vestiaires, comme à la Ligue Johto. Et elle ne le sera pas non plus à Sinnoh, du moins tant qu’il ne lui donnera pas de nouvelles. Pourquoi n’appelle-t-il plus ? Elle imaginait toutes les possibilités, jusqu’à en avoir mal à l’estomac.

Souvent, elle pensait à tout ça. Mais cette nuit, comme cela ne lui avait été jamais arrivé hormis ce jour où elle lui avait dit adieu, elle ne parvint pas à dormir. « Non, je n’en peux plus ». Elle rejeta la couverture, s’habilla rapidement, prit sa ceinture de PokéBalls, n’oubliant pas d’amener Léviathor, qu’elle n’avait pas utilisé depuis bien longtemps pour ne pas effrayer les jeunes dresseurs. Sur le moment, elle pensa à ses sœurs. Et elle repensa également à ce qu’elle avait ressenti quand son retour dans sa ville natale lui avait été imposé en quelques secondes, via un simple téléphone.

Il était quatre heures du matin. Azuria dormait. Et Azuria n’avait plus de champion d’arène.

 

***

 

Ondine courait sans s’arrêter, son sac lui frappait le dos. Elle avait laissé sa bicyclette chez elle. Pas question de tout recommencer. Il faisait encore très sombre, mais cela n’était pas important, tellement elle se souciait peu de regarder devant elle. La Route 05 déroulait ses arbres et ses cours d’eau, et le léger chant des Mystherbe réfugiés dans les hautes herbes au bord du chemin rythmait les heures de la nuit. A bout de souffle, la jeune fille s’arrêta sur le bord du chemin. Elle avait emporté sa tenue quotidienne, de courts vêtements jaunes, qui faisaient ressortir l’éclat de ses cheveux roux, qu’elle ne prenait plus la peine d’attacher. A quoi bon conserver sa coupe de petite fille, puisqu’elle ne l’était plus, puisqu’il lui semblait avoir tout raté ? Maintenant qu’elle avait peut-être définitivement dit adieu à son rêve : faire de l’arène d’Azuria la pointe du dressage des Pokémons Eau. Elle partie, qu’allait devenir l’arène ?

Mais qu’est-ce que je suis en train de faire ?

Bonne question. Qui en entraînait d’autres. Qu'allait-il se passer à Azuria ce matin, lorsque la ville découvrira la fermeture des locaux et sa disparition ? Qu'allaient dire ses sœurs ? Le dernier de mes soucis. Mais surtout, qu'allait-elle faire maintenant ? Je ne sais même pas pourquoi je suis partie !

Elle se laissa tomber dans l’herbe, et s’adossa à un poteau. La nuit était sans lune.

Suis-je vraiment partie pour retrouver Sacha ?

Mais cela n’avait aucun sens ! Quelle pourrait être la raison de se rendre, sans prévenir, à Sinnoh, elle qui n’était jamais allée si loin au Nord ? Qu’est-ce qu’elle pourrait bien lui dire ? Tu me manquais, il fallait que je te retrouve ! C’est ça, Ondine, au moins ça le fera bien rire. Rien, aucune raison. Hormis revoir Sacha, deux ans après ces deux jours passés avec lui, pour son retour de Hoenn, son départ n’avait aucune explication rationnelle. Sacha n’avait visiblement pas terminé la qualification pour la dernière Conférence de la Ligue, puisqu’elle avait guetté toutes les nuits les retransmissions en direct sans apercevoir l’ombre de sa casquette… Ca veut dire qu’elle ne pouvait pas savoir où il était exactement. Une seule vraie raison pour partir qu’elle ne pouvait révéler à personne, aucune destination précise hormis un continent tout entier. Me voilà bien.

Perdue dans ses pensées, elle ferma les yeux. Assommée par cette nuit blanche, elle s’assoupit, seule, sur la route déserte. Le soleil se levait à peine, lorsqu’elle fut réveillée par des chatouillements sur sa jambe gauche. Perdue dans ses rêves, elle sourit. Sacha, arrête ! Rappelle Pikachu, tu sais que je déteste ça ! Elle ouvrit un œil, pour voir une grosse bête verte la dévisager depuis son genou replié. Che… nipan !!

Ce matin là, les habitants de la banlieue de Safrania ne furent pas réveillés par les habituels cris des Roucool.

 

 

III

 

 

 Le voyage vers le Nord était agité par un océan capricieux. Mais La Reine, qui reliait chaque semaine Carmin-sur-mer à Joliberges en avait vu d’autres, et il ne faisait aucun doute que tous les passagers vers Sinnoh arriveraient à bon port.

Le ferry était bondé. Le trafic vers Sinnoh était très important en ce moment, sans doute l’attrait, du Grand Festival, encore plus réputé que celui de Kanto, qui aura lieu dans deux mois. Affalé dans un des fauteuils du salon principal, mais l’œil vif et aux aguets, Charles étudiait la foule, derrière le numéro du jour du Kanto-Matin. Cet homme de haute taille, à la stature imposante, dissimulait son crâne chauve sous un large chapeau, ce qui lui donnait son style si particulier. Un large manteau sombre dissimulait ses vêtements. Il releva légèrement son couvre-chef pour balayer la salle de son regard perçant et de ses yeux bleus.

Tant de gens se rendant à Sinnoh, voilà qui était forcément intéressant. Il se remit à lire son journal avec l’article de la page centrale. « Emoi à la Ligue Indigo : Azuria sans champion depuis 6 jours ». Voilà une affaire qui faisait grand bruit dans tout le pays. Une des plus talentueuses dresseuses du circuit de Kanto qui se volatilisait du jour au lendemain. Il rit intérieurement. Au moins nous n’y sommes pour rien ! Il regarda attentivement la photo qui accompagnait l’article. La jeune femme rousse, cheveux fermement attachés en une queue de cheval sur le côté, terrassait un nouvel adversaire à l’aide de son Staross. Qui aurait pu penser que l’Arène d’Azuria aurait vu sa cote monter si vite ? Même si les jeunes dresseurs se bousculaient encore à sa porte, de l’avis de bon nombre d’observateurs, le Badge Cascade allait être aussi prisé que le Badge Volcan d’Auguste la saison prochaine ! Et voilà que la championne se fait la malle ! Charles soupira, et reposa son journal pour se replonger dans le spectacle bien plus intéressant des touristes, quand son regard fut irrésistiblement attiré par un éclat de cheveux roux au milieu de la foule. Les roux se font rare, mais d’une telle couleur, c’en devient presque unique. Il vérifia rapidement la photo de l’article, et s’élança à travers la pièce. Après avoir constaté que celle qu’il avait vue n’était plus dans la salle, il sortit sur le pont, et vit la jeune fille rêvasser, accoudée à la rambarde. Ses cheveux étaient couvert d’une capuche, et visiblement attachés derrière, ce qui, comparé à toutes les photos qu’on avait pu voir d’elle dans la presse, la rendait presque méconnaissable. Pour quelqu’un qui n’avait pas le sens de l’observation de Charles.

Il passa derrière Ondine en marchant d’un pas détendu, et se dirigea vers le centre du bateau. Il actionna son oreillette.

« Bolly ? Ou es-tu ?

-          - Toujours au salon évidemment ! La pêche est bonne si tu savais…

-          - Laisse tomber tes talents de pickpocket et rejoins moi dehors, j’ai quelque chose de bien plus intéressant.

-          - Bon, soupira Bolly. J’arrive. J’espère pour toi que ça vaut le coup. »

 

***

 

« 08h16. Il est temps de passer à notre page compétition. Au concours de Verchamps, c’est le favori du prochain Grand Festival, Kenny, qui a remporté de justesse la finale, face à sa grande rivale pour le titre, Zoé. Tous les habitués du circuit cette année se sont retrouvés pour cette compétition qui s’est révélée haute en couleurs. Sur les images que nous vous proposons en direct, vous pouvez voir les Coordinateurs qui quittent la ville pour choisir leur prochaine destination. Il ne reste plus que deux mois à attendre pour le fameux Grand Festival de Sinnoh, plus qu’il n’en faut à tous nos concurrents pour récupérer les rubans qui leur manquent ! Restez branchés sur SLN pour la suite de l’actualité des concours Pokémon !

International maintenant, et nous commençons en bref par un fait-divers qui secoue actuellement la Ligue Indigo de la région de Kanto, au sud. Depuis plus d’une semaine maintenant, une des principales arènes de cette Ligue est fermée faute de championne, qui a tout simplement disparu sans laisser de traces. L’affaire fait grand bruit, d’autant plus qu’il s’agit d’une des arènes les plus cotées actuellement, celle d’Azuria, menée par la championne Ondine, dont le niveau est estimé supérieur à celle de Verchamps, dirigée par le célèbre Lovis. L’administration de la Ligue Indigo ne s’explique pas cette disparition, tout comme l’agent Jenny qui, d’après les premières constatations, n’exclut pas l’enlèvement. Nous retrouvons tout de suite notre envoyé spécial sur place, à Azuria… »

 

***

 

« Alors, c’est elle ?

-          - Aucune doute, c’est bien Ondine ».

Bolly et Charles étaient à présent sur le pont. Ondine n’avait pas bougé de la balustrade et, tête basse, elle regardait la mer lécher les flancs de La Reine, flottant sur l’océan entre Kanto et Sinnoh. Au début de la soirée, aucun indice ne permettait de savoir quand allait s’achever le voyage, sinon les estimations du capitaine : arrivée prévue à Joliberges très tôt demain matin.

« Bon, mettons, chuchota Bolly. Qu’est-ce que tu veux qu’on en fasse ? Elle a de l’argent, des Pokémons intéressants ?

-          - Mais enfin, soupira Charles. Tu ne lis jamais les infos ? Ondine, la championne d’Azuria qui a disparu depuis une semaine ! On est peut-être les seuls à savoir actuellement où elle est et où elle va ! Une championne d’arène ! Il faut faire quelque chose.

-          - Mais quoi ? On a un objectif précis, qui n’est pas suivre une championne fugueuse !

-          - J’estime que c’est au moins une information intéressante.

-          - Alors ? Tu veux appeler la base c’est ça ? Alors qu’on nous a bien signifié de ne pas opérer de contact ?

-          - A Sinnoh oui, pas à Kanto. Il faut le prévenir. »

Charles se détourna et se dirigea vers sa cabine, suivi par Bolly. Une fois à l’abri de leur petite salle, il sortit un ordinateur portable. Après quelques manipulations, une communication vidéo s’enclencha.

« Boss, ici Bolly et Charles. »

 

***

 

« Sacha ?

-          - Oui, Pierre, qu’est-ce qu’il y a ? Tu as une drôle de voix.

-          - Tu as vu les infos ce matin ? »

Par Pikercy - Publié dans : S'avouer vaincu
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Vendredi 5 juin 2009 5 05 /06 /Juin /2009 23:49
 

  CHAPITRE 2

 

La fugitive

 

I

 

« Pierre ? Qu’est-ce qu’il a Sacha ? »

La jeune fille était assez désorientée. Elle qui connaissait Sacha depuis près de deux ans, qui l’avait apprécié pour ses éclats de rire, son soutien pendant ses mauvaises passes, ses échecs aux concours – encore un récemment – il s’était vite rendu indispensable dans sa vie. Et d’un seul coup, le voilà qui marchait seul devant elle et Pierre, sans décrocher un seul mot depuis leur départ de Verchamps. C’en était trop pour Aurore, qui décida de forcer le pas, sans attendre la réponse de Pierre, visiblement embarrassé.

Elle arriva à sa hauteur et le bouscula légèrement avec une tape amicale sur l’épaule, comme elle en avait l’habitude désormais. La seule réponse qu’elle obtint fut un grand cri et des mouvements désordonnés du jeune homme qui rabattit précipitamment sa chemise en rangeant un objet.

« Aïe ! Aurore ! Tu crois que c’est amusant ?

- Qu’est-ce qu’il y a Sacha ? Oh, tu saignes ! »

D’une entaille à son index, un mince filet de sang tâchait ses gants. Aurore lui prit la main pour examiner sa blessure.

« Fais voir ? Comme tu t’es fais ça ?

- Laisse, rien de grave, dit-il en se dégageant. Je me suis coupé en… en mangeant une baie voilà.

- En mangeant une baie ?

- Oui, bah, euh… j’ai voulu l’éplucher et puis ça a ripé.

- Mais, Sacha, depuis quand tu épluches des baies avec un couteau ?

- Bref, Pierre, où allons-nous maintenant ?

- Hé bien, nous avons fait tout ce qu’il était possible de faire dans cette partie de la région Sinnoh. Je crois qu’il est temps de retourner à Unionpolis pour voir si la Championne est revenue, qu’en dis-tu ?

- Bonne idée. Allons-y tout de suite. »

Aurore était de plus en plus interloquée. Depuis qu’elle connaissait Sacha, l’idée de disputer un nouveau match d’arène le faisait entrer dans un irrépressible enthousiasme, très communicatif, qu’elle appréciait beaucoup. Mais visiblement, l’idée de retourner à Unionpolis ne provoquait pas la liesse habituelle. Et puis pourquoi ce mensonge évident à propos de sa blessure ?

« Pierre, tu sais ce qu’il se passe ? »

Le jeune homme brun à la peau mate avait les bras croisés, et regardait Sacha qui avançait devant le petit groupe, son Pikachu sur l’épaule. Songeur, il ne répondit que par un « Hum » dubitatif. Visiblement agacée, Aurore leva la voix.

« Oh, hé bien, puisque vous avez décidé de faire votre mauvaise tête aujourd’hui, très bien ! Viens Tiplouf, nous, on va aller faire un tour !

Tiiiiiii, Tiplouf ! »

Aurore s’éloigna d’un pas alerte, suivie du petit pingouin bleu. Pierre lui jeta un coup d’œil et, une fois qu’il vit qu’elle était à distance raisonnable, vint se placer à la hauteur de Sacha.

« A part à l’instant, tu n’as pas décroché un mot depuis que nous avons quitté le Centre Pokémon. Ca ne te ressemble pas, donc ne me dis pas que tout va bien, parce que je ne te croirais pas. »

Sacha se renfrogna. Il trainait les pieds, salissant encore plus son jean qui lui tombait sur les chaussures. Il releva la visière de son éternelle casquette qui cachait ses cheveux noirs, bien plus longs qu’au départ de son voyage, qui partaient encore plus dans toutes les directions. N’est pas Aurore qui veut.

« Tu es inquiet ?

- Oui.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Arrête, Pierre, tu le sais. Tu crois que ça ressemble à Ondine de disparaître comme ça ?

- Non, concéda Pierre, qui avait souri à l’évocation du nom de leur vieille amie.

- Et réentendre son nom, comme ça, ça m’a fait subitement penser que je ne lui ai pas donné de nouvelles depuis plus d’un an maintenant… Et l’arène, et tout le bruit autour de son départ ?

- Tu sais, je n’en sais pas plus que toi, Sacha. L’arène, elle est fermée, tu l’as constaté comme moi quand nous avons téléphoné ce matin. Ses sœurs sont visiblement encore parties. »

Sacha soupira profondément. Ici, à Sinnoh, il ne pouvait pas faire grand-chose pour sa meilleure amie restée à Kanto. Ou partie ailleurs maintenant. Oui, partie en voyage. Peut-être enlevée comme l’a dit la présentatrice de la télé ? Sacha secoua la tête d’un air excédé. Il ne fallait plus y penser. Que pouvait-il fait, lui, en pleine cambrousse, sur le chemin de la grande ville d’Unionpolis ? Il lui fallait se concentrer sur son prochain match ! Il ne lui restait plus que 3 badges avant la Ligue Sinnoh ! Ondine saura se débrouiller. Mais et si…

Le fil désordonné de ses pensées s’interrompit avec le jet d’eau qu’il reçut en pleine figure.

« Mais ? Aurore ! »

La jeune fille riait à gorge déployée avec Tiplouf. Elle les avait précédés et s’était cachée dans les fourrés pour tenter de réveiller un peu Sacha. Celui-ci ôta sa casquette et secoua ses cheveux pour les sécher. Il se força néanmoins à lui sourire.

« Très amusant. Pikachu, fonce et part me venger ! 

- Kachu !! »

Aurore recula dans les buissons avec le petit pingouin. Pikachu put rapidement les retrouver, en suivant la piste de leurs éclats de rire.

 

***

 

Daisy n’en pouvait déjà plus, alors qu’elle venait à peine de poser le pied dans cette maudite ville d’Azuria. En apercevant de loin l’immense Lamantine qui surplombait l’arène officielle, elle put aussi voir qu’elle était littéralement assiégée par une horde de journalistes attendant leur arrivée. Elle s’arrêta net et avertit ses sœurs.

« Il nous faut passer par la porte de service. Sinon nous n’y arriverons jamais. »

Elles firent un grand tour, à travers les petites rues de la ville dans lesquelles elles n’allaient jamais, se contentant des grandes avenues commerçantes. Elles arrivèrent derrière l’arène, où campaient la encore des journalistes, de la presse écrite comme de la télé. Hé bien, nous n’avons pas le choix… Daisy se mit à marcher d’un bon pas vers la porte, suivie de ses deux sœurs. A leur arriver, tous se levèrent.

« Les voilà ! hurlèrent-ils »

Les trois jeunes femmes se retrouvèrent entourées d’une marée de micros, de caméras, et de calepins prêts à noter la moindre de leurs concessions. D’ordinaire, qu’est-ce qu’elles auraient adoré ça !

« Mesdemoiselles, une réaction pour Bonjour Sinnoh ?

- Pour Kanto-Matin, que pensez-vous qu’il va advenir de l’arène d’Azuria ?

- Mademoiselle Daisy ! La Gazette d’Azuria, hum, avez-vous eu des nouvelles de votre sœur ?

- Pourriez-vous accorder votre première interview à PokITV ?

- Excusez-moi, pour ToutPokémon, pouvez-vous nous dire si la Ligue Indigo vous a déjà contactées ?

- Nous sommes envoyés spéciaux de Hoenn-Info, allez-vous reprendre votre ancien poste de championnes d’arène ?

- Dites-moi, pour Sinnoh Live News, vous avez constaté des traces d’effraction ?

- Pourquoi Ondine a-t-elle quitté l’arène ?

- Est-ce que cela viendrait d’une dispute familiale ?

- Avez-vous décidé de ce départ ensemble ?

- Pensez-vous que la Team Rocket ait quelque chose à voir avec sa disparition ? »

Toutes les questions, les titres de journaux, de télévision, les bousculades, tout cela tournait dans les têtes des trois sœurs qui parvinrent en jouant des coudes à atteindre la porte de service. Daisy l’ouvrit et elles se précipitèrent à l’intérieur, en claquant la porte aux flashs des appareils photo. Elles s’assirent toutes les trois sur le sol frais du bâtiment plongé dans l’ombre, et soupirèrent longuement.

« Ne me dites pas que ça va durer encore longtemps… gémit Violette.

- Oh non. Ca ne fait même que commencer, dit placidement Daisy. Maintenant que nous sommes à peu près tranquilles, allons voir si Ondine nous a laissée quelque mot d’explication. »

 

Les vestiaires de l’arène d’Azuria étaient impeccablement rangés, rien ne traînait sur le sol ou sur les porte-manteaux. Les Pokéballs étaient parfaitement alignées sur leurs espaces de rangement. Dans la piscine de la salle principale, quelques Pokémon aquatiques nageaient tranquillement. Violette aperçut les grandes boîtes de nourriture Pokémon ouvertes et vides. Ondine avait visiblement laissé aux Pokémon en liberté assez de réserve pour tenir deux semaines. Elle a bien prévu son coup !

« Lily ? Tu as trouvé quelque chose ? »

Sa sœur aux cheveux couleur rouge descendait les escaliers qui menaient aux petits bureaux derrière les gradins, dont elles se servaient habituellement pour régler les questions administratives relatives au fonctionnement de l’arène.

« Non, Violette, rien là-haut. Tous les documents sont là, et Ondine n’a laissé aucun mot, rien. 

- Et où est passée Daisy ? »

L’aînée, la grande fille blonde, avait pénétré dans la chambre de sa petite sœur, dans le bâtiment attenant à l’arène. Elle n’y allait jamais d’habitude, mais la porte n’avait pas été fermée. Sur son lit comme sur sa table de chevet, aucun papier, aucune trace qui pourrait expliquer son geste. Certains de ses vêtements traînaient hors de la commode, signe de son départ hâtif. Daisy restait debout, au milieu de la pièce, ayant bien conscience qu’elle ne devrait pas être là. Elle allait partir, lorsque qu’elle posa les yeux sur la corbeille à papier, remplie presque à ras bord de feuilles froissées, toutes identiques. Elle se pencha et en prit une. Du papier à lettre. Elle arrêta son geste et ferma les yeux. S’il y a bien quelque chose qu’elle n’avait pas le droit de faire, c’était bien cela. Mais peut-être a-t-elle voulu nous dire pourquoi elle partait ! Peut-être que cette lettre nous était destinée après tout. Elle déplia le papier froissé. Il était presque vide, seul l’en-tête était complété, raturé trois fois. « Les amis… Sacha… Cher Sacha… ». Tous les autres papiers étaient de la même teneur, une page blanche raturée. Daisy remit les boules de papier dans la corbeille, et soupira.

« Où est-ce que tu étais ? lui demanda Violette lorsqu’elle revint dans la salle de la piscine.

- Dans sa chambre, pour essayer de trouver des indices…

- Sa chambre ? Et alors ? demanda Lily, visiblement curieuse.

- Rien. J’y suis rentré seulement quelques fois avant, je ne peux pas savoir ce qu’elle a pu emporter ou pas. J’ai juste vu quelques débuts de lettres, jamais envoyées.

- Ah ? A qui elle voulait écrire ?

- A qui crois-tu qu’Ondine pourrait vouloir écrire ? »

 

 

II

 

« Joliberges ! Joliberges ! Tout le monde descend ! »

Le capitaine de La Reine actionna deux fois le fameux signal d’avertissement de son bateau, fier d’avoir à nouveau conduit tous ses passagers à bon port. Dans la foule des voyageurs et des touristes, Bolly et Charles marchaient à quelques pas l’un de l’autre, ne se perdant pas de vue, gardant un œil sur les reflets roux de la longue chevelure de la jeune fille devant eux. Le Boss avait été clair : ne pas perdre la trace de la rouquine, sans se faire remarquer, et se débrouiller pour établir la jonction avec l’unité 24 en déplacement à Sinnoh. A l’évocation de ce chiffre, Bolly et Charles n’avaient pas pu s’empêcher de pouffer. Ils allaient enfin rencontrer la légendaire unité 24 de la Team Rocket, celle qui n’a pas été fichue de ramener un Roucoups à la base depuis 5 ans qu’ils sont sur les routes. Des noms rentrés dans la « légende » de la Team Rocket : Jessie, James et Miaouss. Les deux agents s’étaient regardés, amusés. Leur voyage à Sinnoh n’allait finalement peut-être pas se révéler si inintéressant… Car même si Charles se félicitait d’avoir pu repérer Ondine d’Azuria, qui pour l’instant se débrouillait très bien pour passer inaperçue, la filature n’était pas vraiment digne d’un agent comme lui. Ondine ne savait visiblement pas où elle allait. Elle allait à droite, à gauche, devant tel magasin, s’asseyant sur tel banc devant les docks. Elle n’était même pas encore montée vers la ville proprement dite.

« On pourrait pas aller voir ce qu’elle fabrique ? demanda Bolly, visiblement aussi agacée que lui. Après tout, elle ne nous a jamais vus ! Elle ne pourra pas savoir que nous sommes de la team Rocket.

- Le Boss a dit : on n’intervient pas, donc, on n’intervient pas, c’est tout ! Il faut opérer le contact avec la Team Loose, comme on dit, et pour l’instant, d’après le radar, ils viennent de quitter Verchamps. Comme c’est pas la porte à côté, on attend.

- Bon, pas la peine d’être désagréable Charles.

- Je ne suis pas désagréable, j’applique les ordres. Je n’ai pas envie de rester continuellement au grade d’agent itinérant. Je ne m’appelle pas James ! »

Bolly soupira et releva la tête vers Ondine qui s’était levée et marchait vers le coin de la rue où ils s’étaient positionnés. « Vite attention ! » Charles eut à peine le temps de coller des moustaches et des favoris postiches à son visage glabre, et Bolly de mettre ses lunettes de soleil, en sortant un guide.

« Très cher ! dit-elle en prenant un accent parfaitement britannique. Cette ville est parfaitement awesome ! - J’aimerais aller visiter les jardins, par la suite si ça ne vous ennuie pas ?

- Mais tout ce que voulez, my honey. J’en serais ravi. »

Ondine s’arrêta à leur hauteur.

« Euh, excusez-moi ?

- Qu’y a-t-il, my fair lady ?demanda Charles

- Oh… Ondine rosit légèrement en entendant le compliment. Euh, j’aurais aimé savoir si vous pouviez m’indiquer le chemin qui mène au centre-ville et à l’arène ? Mais, je vois que vous êtes sans doute des touristes comme moi.

- Oh, yes, my sweet, répondit-il. Cependant, nous connaissons déjà un peu la ville. Prenez ce chemin là, et vous arriverez très rapidement là où vous le désirez. Allons, my dear, dit Charles en se tournant vers Bolly. Partons voir ces jardins !

- Merci beaucoup, Monsieur, dit Ondine. Bonne journée à vous.

- Good bye, belle jeune fille ! »

Ondine s’éloigna avec le sourire d’avoir vu ce couple s’aimer si tendrement, et d’avoir reçu de telles marques de gentillesse. Lorsqu’il fut certain qu’elle s’engageait effectivement sur le chemin qui menait au centre de Joliberges, il retira ses postiches qui le grattaient effroyablement.

« Dis-donc Charles, tu as été bien… aimable avec cette jeune demoiselle !

- Que veux-tu, je ne peux pas résister à une si jolie fille !

- Hum, se renfrogna Bolly. Comment dois-je le prendre ? »

Charles leva les yeux au ciel, puis ils enlevèrent leurs manteaux pour se retrouver en tenue légère, non sans avoir pris garde d’avoir enlevé leurs uniformes réglementaires. Ils partirent sur les pas de cette drôle de championne en fuite, qui prenait visiblement son temps.

 

***

 

Ondine flânait dans les rues de Joliberges. Elle en avait profité pour complètement changer de tenue, afin qu’elle soit le moins reconnaissable possible, sans toutefois avoir besoin de se cacher. Elle avait choisi un nouvel ensemble dans les tons bleus-verts sur lequel se détachaient de façon impressionnante ses cheveux roux. Loin de l’ambiance pesante de l’arène, elle pouvait respirer à loisir l’odeur salée de la mer de Joliberges. Elle se demandait ce qu’il pouvait bien se passer à Azuria en ce moment même, avant de se remettre à marcher. Maintenant, c’est elle qui allait décider. Elle était seule, à Sinnoh. Sans toujours savoir quoi faire et où aller…

Elle s’arrêta net devant un marchand de journaux. Le SinnoHebdo titrait sur la situation de son arène. « La Ligue Indigo suspend l’arène d’Azuria à titre provisoire ». Elle ferma les yeux et reposa le magazine. Hors de question d’en savoir plus. Sa gorge était déjà nouée. Elle se mit à courir. Je ne pouvais pas rester, c’était la bonne décision, je ne pouvais plus rester cloîtrée là-bas ! Pourrait-elle le faire comprendre un jour à ses sœurs ? Et que vont penser ses amis ? Que va penser Sacha, elle qui était si heureuse qu’il soit fier d’elle ?

Elle secoua la tête. Bah ! Laisse tomber, s’il avait dû penser quelque chose, il t’aurait téléphoné ! Elle ne regardait pas où elle allait, marchant au hasard des rues. Lorsqu’elle sortit du fil de ses pensées, elle arriva devant un vaste bâtiment, à l’architecture de métal apparente. Un drapeau orné d’une Pokéball flottait au-dessus de la porte. Ondine leva la tête pour voir l’inscription : « Arène Pokémon de Joliberges ». Voilà qui me changerait les idées. Elle voulut rentrer lorsqu’un homme l’arrêta.

« Pardonnez-moi, mademoiselle. Mais un match est en cours, vous ne pouvez pas entrer par là.

- Oh, mais je ne souhaite pas disputer de match, seulement regarder. Par où est l’entrée des visiteurs ?

- Je vous y conduis, suivez-moi. »

 

***

 

Charles et Bolly attendirent qu’Ondine rentre à l’intérieur de l’arène pour s’en approcher. Ils s’arrêtèrent derrière le mur, sur le côté du bâtiment pour faire le point.

« Charles, j’espère que tu ne veux pas rentrer là-dedans ?

- Pourquoi ? Intimidée par le champion ? Peut-être parce qu’il s’appelle Charles aussi ?

- Très spirituel. Je n’ai simplement pas la moindre envie de me farcir un match d’arène. C’est totalement ennuyeux. Je commence à en avoir assez de jouer les nounous de la rouquine.

- Nous ne pouvons pas faire grand-chose d’autre tant qu’elle n’a pas quitté la ville. Fais ce que tu veux. Moi je rentre voir ce qu’elle fabrique là-dedans. Je ne comprends pas ce qu’elle veut à vrai dire. Un moment elle s’arrête et on dirait qu’elle va se mettre à pleurer, le moment d’après elle se met subitement à courir. Cette fille est bizarre.

- Inintéressante oui. Qu’est-ce le Boss peut bien avoir à faire d’elle ? Des Champions d’arène, il en trouve autant qu’il veut, sans pour autant nous envoyer à Sinnoh.

- Quoi qu’il en soit, j’y vais. Hors de question qu’un autre Charles arrive à séduire la belle rouquine ! dit-il en gratifiant sa partenaire d’un clin d’œil. »

Bolly leva les yeux au ciel et laissa partir Charles dans l’arène de Joliberges. Elle se dirigea vers la place principale de la ville, en quête de quelques portefeuilles.

 

III

 

Ondine s’assit dans les tribunes tout en admirant la beauté froide de l’arène de Joliberges. Le terrain officiel était parsemé d’immenses barres d’acier qui partaient d’un bout à l’autre des murs, en tout sens. Voilà qui ne facilitait pas les mouvements et les courses en ligne droite. Comme l’avait indiqué l’homme à l’entrée, un match était en cours, sous la surveillance d’un arbitre officiel de la Ligue Sinnoh, placé en hauteur sur une poutre d’acier. Ondine leva les yeux vers le tableau d’affichage, qui indiquait que le champion et son concurrent avaient tous les deux perdu une manche. Sur le terrain, le combat faisait rage entre un drôle de Pokémon marron court sur pattes, dont le museau aux longues cornes semblait être un bouclier impénétrable à lui tout seul. Face à lui, elle reconnut un Hariyama, un Pokémon combat, un bon choix contre l’acier, si la force de frappe suivait.

« Tu te bats bien, mon garçon, dit Charles de sa voix grave. On voit que tu as déjà parcouru un bon bout de Sinnoh, mais je ne me laisserai pas faire ! Bastiodon, utilise Bélier !

- Baaaaaaaaaaaa ! cria le Pokémon, qui se précipita sur le Hariyama en sautant entre les poutres d’acier.

- Hariyama ! Laisse-le venir et encaisse ! »

Ondine poussa un petit cri en entendant l’ordre du dresseur. Mais le Hariyama ne semblait pas étonné de l’ordre. Il ouvrit ses grands mains, prêt à réceptionner le Bastiodon qui prenait de la vitesse. Au moment de l’impact, Hariyama gémit et recula de quelques mètres sous la pression, jusqu’à buter sur une poutre d’acier.

« Hariyama, maintenant, Poing-Karaté !

- Hariyaaaaama ! »

Le Pokémon Combat asséna un fantastique coup du tranchant de sa main à son adversaire qui gardait la tête contre sa poitrine. Le jeune dresseur avait bien pensé sa stratégie : absorbé par son attaque Bélier, le Bastiodon ne prenait plus garde à sa défense, laissant la possibilité de se faire attaquer derrière son museau d'acier. L’attaque l’assomma, ses pattes tremblèrent, et il s’affaissa. 

« Bastiodon est incapable de combattre, annonça l’arbitre. Hariyama remporte la manche.

- Bien joué petit, une bonne stratégie malgré les apparences. Mais le combat n’est pas terminé. Steelix, en avant ! »

Charles lança sa Pokéball entre les barres de fer. Un halo blanc envahit le terrain, alors qu’un immense serpent de fer apparut, se contorsionnant entre les poutres qui encombraient le terrain. Ondine resta interloquée : comment un si gros Pokémon pourrait-il se déplacer sur un terrain pareil ? Mais Charles souriait.

« Dresseur, changez-vous de Pokémon ?

- Non, je continue avec Hariyama, déclara le garçon.

- Steelix, Hariyama, allez-y ! cria l’arbitre. »

Hariyama prit une impulsion et sauta à la hauteur du crâne de Steelix, escomptant sans doute un manque de réaction dû au terrain.

« Steelix, attaque Ligotage ! »

Le serpent de fer s’ébroua, et par un mouvement de rotation de ses anneaux, parvint à redresser sa queue entre les poutres, pour emprisonner Hariyama.

« Et maintenant, Etreinte ! »

Steelix commença à serrer, à broyer le Pokémon adverse qui gémit sous la pression.

« Hariyama, dégage-toi avec Poing-Karaté ! »

Le Pokémon asséna un nouveau coup fulgurant au corps du serpent qui l’enserrait toujours plus fortement. Il profita d’un bref instant de relâchement pour sortir de l’étreinte, mais passablement affaibli.

« Steelix, finissons-en, attaque Tunnel ! »

Le serpent se redressa, puis plongea vers le sol en évitant les poutres, s’enfonça dans le sol et disparut.

« Hariyama, cours sans t’arrêter pour éviter son attaque ».

Le Pokémon obéit, sous l’œil attentif d’Ondine, qui voyait qu’il commençait à être à bout de forces. De fait, sa course se faisait de plus en plus lente, alors que Steelix ne réapparaissait toujours pas. Lorsqu’il dut s’arrêter pour reprendre son souffle, Charles cria « Maintenant ! ». Steelix surgit sous les pieds d’Hariyama, qui fut projeté tête la première sur une des poutres d’acier. Totalement sonné, il s’effondra.

« Hariyama est désormais hors-combat. La victoire revient à Steelix. Dresseur, veuillez choisir votre dernier Pokémon. »

Le garçon rappela son Pokémon, dont il rangea la balle avec un certain air de déception, mais, depuis les gradins, Ondine ne put entendre ce qu’il avait chuchoté. Il leva alors la voix.

« C’est fini maintenant. Magmar, à l’attaque ! »

Il lança une nouvelle balle, différente des autres Pokéballs habituelles ; celle-ci était noire et jaune. Le Pokémon Volcan en sortit, calme et déterminé.

« Un Pokémon Feu ! Bon choix jeune dresseur, dit Charles. Mais tu n’es pas le premier à présenter un type feu devant Steelix ! Ils croustillent sous sa dent la plupart du temps. »

Le champion eut un éclat de rire. Le dresseur un simple sourire tendu.

« Magmar, Lance-flamme ! 

- Maaaaaaagmaaaaaaar ! »

Une gerbe de flamme jaillit de la bouche du nouveau Pokémon.

« Steelix, évite-le et Tunnel ! »

Le serpent échappa de justesse aux flammes de Magmar et disparu à nouveau sous terre. Cette fois, le dresseur sourit d’un air satisfait.

« Magmar, attend et repère sa sortie. »

La tension était à son comble, et Ondine se serra les genoux. Le dresseur avait une idée derrière la tête, c’était certain. Elle en profita pour l’observer plus attentivement. Il ne ressemblait pas à Sacha, même s’il était là pour la même chose que lui, sans nul doute. Ses cheveux sombres, tendant presque sur le violet, lui encadrait le visage, ne laissant presque pas transparaître ses yeux. Ses vêtements eux aussi ne donnait pas vraiment une impression de bonne humeur. Voilà un beau garçon ténébreux, sourit intérieurement Ondine.

Le sol de l’arène commençait à trembler, signe du retour de Steelix sur le terrain.

« Maintenant, Magmar, saute sur une poutre, et utilise Surchauffe ! »

Le Pokémon obéit, et sauta prestement sur une barre d’acier. Il commença à se concentrer et à augmenter exponentiellement la température de son corps. Lorsque Steelix réapparut, la barre avait déjà fondu, et l’acier brûlant se déversa sur le visage du serpent, qui hurla de douleur.

« Steelix, non !

- Et maintenant, dit le dresseur, attaque Danse-flamme ! »

Magmar cracha son feu qui entoura Steelix de la tête jusqu’à la queue. Aveuglé par l’acier fondu, il ne put éviter l’attaque, et s’effondra, brûlé de toute part.

« Steelix est vaincu. Le challenger remporte la manche et le match ! »

Ondine était impressionnée. Si ce garçon était représentant du niveau de la Ligue Sinnoh, la compétition allait alors se révéler impitoyable pour Sacha. Elle quitta sa place, et descendit vers la porte d’entrée, alors que Charles le champion s’approchait pour féliciter le dresseur, et lui remettre le Badge Mine, signe de sa victoire dans l’arène de Joliberges. L’autre Charles, lui, descendit de son perchoir en haut des gradins, où il avait une vue imprenable sur la jeune rouquine.

 

***

 

Ondine sortit de l’arène de Joliberges à pas vif, et rattrapa le nouveau possesseur du Badge Mine.

« Hé ! Excuse-moi ? »

Le garçon s’arrêta et se retourna lentement, les sourcils froncés.

« On se connaît ? »

Charmant…

« Hum non. J’étais dans les gradins quand tu as fait ton match dans l’arène. Je voulais juste te dire que ton match était très impressionnant.

- Hum. »

Son exclamation avait ce petit ton de dédain qui avait le don d’agacer profondément Ondine.

« Merci mais, qui es-tu pour juger mon match ? Tu es dresseur peut-être ? »

Non, décidément, ce ton ne me plaît pas du tout ! Mais pour qui se prend-il ! Ce type a un égo au moins aussi démesuré que Sacha ! C’est dire la performance.

« Mais parfaitement, je suis dresseuse… Je suis même… »

Ondine ravala sa langue. Oh, non, il ne fallait pas qu’elle se présente en tant que championne, voilà une bien bonne idée pour perdre sa tranquillité. Voyant qu’elle s’était interrompue, le garçon aux cheveux sombres haussa un sourcil.

« Tu es ?

- Je… Je… suis dresseuse oui. Oui, tu viens de le dire. Mais… euh… j’ai beaucoup voyagé, et j’ai assez d’expérience pour reconnaître un beau match. J’ai assisté aux compétitions de Kanto et Johto.

- Et alors ? Quel intérêt si tu n’as pas participé ? »

Ondine se renfrogna. Elle sentit la veine de sa tempe gonfler, signe bien connu de son énervement intérieur. Elle s’efforça de garder son calme.

« Tu participes à la ligue Sinnoh ?

- Non, j’ai décidé d’aller chercher ce pitoyable badge pour m’amuser ; tu as quelque chose dans le crâne ou quoi ?

- Je te défends de me parler sur ce ton !

- Je ne t’ai rien demandé. C’est toi qui es venue me parler du match, pas moi. Et d’abord, comment t’appelles-tu, que je puisse éviter de te recroiser la prochaine fois ? »

Ondine serra les poings, et ses dents crissèrent sous la pression.

« Je m’appelle, heu… » Ah bah oui, il y a ça aussi. « Je m’appelle Marie. » Ondine détourna le regard, pour cacher le léger sourire qui se dessina sur ses lèvres à l’évocation de ce prénom revenu des profondeurs de son esprit. Marie Soto… Et cet idiot de Tom Ato, où est-il donc passé ? plaisanta-t-elle pour elle-même, se remémorant ce souvenir parmi tant d’autres.

« Et hem… et toi ? »

Le garçon lui tourna le dos et s’éloigna.

« Moi, c’est Paul. »

Par Pikercy - Publié dans : S'avouer vaincu
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Samedi 13 juin 2009 6 13 /06 /Juin /2009 01:21

CHAPITRE 3

 

Craignez d’être sa haine

 

I

 

Aurore sortit la première du bâtiment de l’Arène officielle d’Unionpolis, son chapeau volontairement enfoncé profondément sur sa tête, pour atténuer les éclats de rire qui venait du fond de la salle. « Revenez quand vous voulez, see you soon, hahahahaha ! » L’accent britannique de Kimera démultipliait son rire. Le visage de Sacha était aussi rouge qu’un charbon ardent.

« Je n’ai jamais été aussi humilié de ma vie ».

Pierre était visiblement embarrassé.

« Bah, euh, c’est vrai qu’un trois-zéro dans la vue en n’utilisant qu’une seule et même attaque, j’ai rarement vu un de tes matchs se conclure de cette façon, Sacha !

- Et moi je t’ai rarement vu combattre avec une telle désinvolture ! renchérit la jeune fille brune. On aurait dit que tu ne regardais même pas le combat !

- Mais c’est pas vrai, grogna le dresseur. J’étais concentré, Kimera est très forte voilà tout !

- Elle n’a utilisé qu’un Baudrive, et elle s’est contentée de te lancer en chaîne des Ball’Ombres ! Je crois que c’est toi qui a été en dessous de tout, oui.

- Hey ! Répète un peu ! cria Sacha se précipitant sur Aurore.

- Holà, calmez-vous un peu, dit Pierre en s’interposant. Aurore, tu ne crois pas que tu ferais mieux de soutenir Sacha après sa défaite ?

- Si… si… désolée, Sacha…

- Bon ! Je crois qu’on a tous besoin de repos, je suggère qu’on aille faire le point au Centre Pokémon. Et d’ici là, je ne veux pas vous entendre. »

Sacha grommela, ajusta sa casquette, et partit les mains dans les poches, en traînant les pieds.

 

***

 

 

« Allez-vous-en ! Ca suffit ! Hypotrempe, utilise ton Pistolet à Eau !

- Hyyyyyyypo ! »

Le petit Pokémon hippocampe prit son inspiration, et balaya l’entrée de l’Arène d’Azuria d’un puissant jet d’eau qui doucha les ardeurs des journalistes qui en faisaient le siège. L’un d’eux se lamenta sur le sort de sa caméra, qui n’avait pas été prévue pour les douches sauvages. Daisy claqua la porte principale avec colère. La petite pancarte « Fermé » se déplaçait encore sur la poignée.

« Je vais craquer, je vais craquer, je vais craquer. Mais POURQUOI a-t-elle pris Léviator avec elle, ça nous aurait évité pas mal d’ennuis… »

Daisy s’affaissa sur une chaise et prit sa tête dans ses mains. « On n’y arrivera jamais, déjà deux semaines que l’arène est fermée et nous n’avons pas réussi à rouvrir ! Les Pokémon doivent recevoir des soins, et Ondine a pris les meilleurs avec elle…

- Elle a pris SES Pokémon avec elle, remarqua Violette.

- Oui, bon ! »

La conversation fut interrompue par des coups redoublés sur la porte.

« L’arène est fermée ! Vous ne savez pas lire ?! cria Daisy

- Veuillez ouvrir s’il vous plaît, dit une voix féminine. Inspection de la Ligue Indigo.

- Oh non… chuchota Daisy, il ne manquait plus que ça… »

 

***

 

Sacha entra au Centre Pokémon, suivi d’Aurore. Pierre les précédait. A peine les portes se furent-elles ouvertes qu’il était déjà agenouillé devant le bureau de l’accueil, ses yeux dépassant à peine du rebord.

« Oh Infirmière Joëlle ! Vite, c’est une urgence, j’ai absolument besoin de vos compétences !

- Euh oui, mon jeune ami, que se passe-t-il ? s’inquiéta la jolie infirmière, dans son éternelle tenue.

- Il faut que vous trouviez une place, un lit, vite, de toute urgence, je souffre horriblement, j’aimerais que vous vous occupiez de moi, que vous me poussiez dans les couloirs, que vous vous penchiez sur mon visage blafard pour l’égayer de votre sourire, que vous… aaaaaaah. »

Pierre fut interrompu par une douleur fulgurante à sa hanche droite. Cradaupaud avait encore frappé. 

« Aaagh… Je vais… plutôt… passer en… salle d’attente… argh. 

- Cradoo ho ho ho… dit le Pokémon en traînant son dresseur à l’autre bout du Centre. 

- Infirmière Joëlle, intervint Sacha, j’aimerais que vous vous occupiez de mes Pokémon, ils ont dû faire un dur combat dans l’Arène d’Unionpolis.

- Une lourde défaite tu veux dire, aaaaah ! »

Sacha venait d’écraser le pied d’Aurore avec son talon.

« Mais ça ne va pas la tête !

- T’avais qu’à pas me chercher, répondit le jeune dresseur d’un ton vexé. 

- Allons, allons calmez-vous les jeunes, dit l’Infirmière. Je vais m’en charger. Ton Pikachu veut-il venir ?

- Oui, allez, vas-y Pikachu, repose-toi bien !

- Pikachu ! répondit la petite souris avec son enthousiasme habituel. »

Lorsque les trois amis furent attablés, le silence qui pesait entre eux devint vite insupportable, alors que Sacha avait ostensiblement les bras croisés, et qu’Aurore frottait son pied encore douloureux.

« Alors, heu, qu’est-ce que vous mangez ?

- Pas faim.

- Mais qu’est-ce qu’il y a de si important, là ? attaqua Aurore, bouillante d’énervement. Tu ne décroches pratiquement plus un mot gentil depuis Verchamps, tu fais la tronche, tu te fais étaler dans l’arène sans réagir, Tortipouss était complètement évanoui quand tu l’as rappelé et tu restes là sans rien faire. Et, EN PLUS, tu n’as pas faim. Qu’est-ce qui se passe ? »

Les épaules de Sacha s’étaient crispées de plus en plus au long du discours d’Aurore. Pierre l’avait remarqué et il se passa la main sur le visage. Aïe, aïe, aïe…

« Mais en quoi ça te concernerait, Aurore ? Je t’ai pourri ta soirée comme ça quand tu as perdu tes trois premiers concours ? Non, et pourtant j’aurais pu, car c’est pas une fois que tu t’es plantée, c’est trois fois, alors t’es gentille, tu en fais de même pour moi. »

Sacha était rouge de colère. Elle ouvrit grand les yeux, et, sentant les larmes monter, elle se leva, et se précipita à l’étage, dans sa chambre. Pierre poussa un long soupir. « Tu es content maintenant ? »

 

 

***

 

La jeune femme qui ressemblait furieusement à un Agent Jenny du corps de police Pokémon rentra dans l’Arène d’Azuria lorsque Daisy lui eut ouvert la porte. Elle découvrit son insigne frappée du sigle C.I.P.

« Bonjour, je suis l’Agent Jenny de Céladopole, je suis envoyée par le Conseil d’Inspection Pokémon de la Ligue Indigo en mission d’urgence pour l’inspection de votre Arène.

- Mais… tenta Daisy, nous n’avons pas été prévenues de votre visite !

- C’est tout à fait normal, les inspections d’urgence se font toujours à l’improviste.

- Ah… Eh bien… Allons-y alors… »

Daisy mena l’Agent Jenny à travers les locaux de l’arène qu’elles s’étaient efforcées de tenir propre. Avec les événements des derniers jours, une inspection de la Ligue était de plus en plus inéluctable. Une des meilleures Arènes du circuit Indigo ne pouvait pas rester fermée comme ceci en pleine saison, alors que le Tournoi se tenait dans quelques semaines. Jenny s’attarda longtemps dans la salle principale – celle pourvue du bassin gigantesque où se déroulaient les matchs, ainsi que dans les vestiaires et la zone réservée aux Pokémons des champions. Tout en notant un tas de choses sur son carnet, elle eut à plusieurs reprises une moue dubitative, qui finalement se changea en un sourire satisfait. Daisy, qui scrutait avec anxiété tous les mouvements du visage de l’inspectrice, passa de l’accablement à l’espoir aussi vite qu’un Pikachu ayant repéré un tas de pommes rouges. En vérité, si quelqu’un s’était amusé à scruter à son tour le visage de Daisy, il aurait eu furieusement du mal à comprendre comment elle avait pu briller dans les concours de beauté locaux. La jeune femme blonde retint son souffle lorsque Jenny eut terminé sa visite.

« Bien, cette Arène me semble véritablement très bien tenue. Le départ d’Ondine n’a pas eu de véritables préjudices à ce niveau là.

- Nous avons fait très attention depuis que nous sommes rentrées, Inspectrice Jenny. Et, bon, même si ce n’est pas facile à admettre, Ondine a fait du très bon travail jusqu’ici.

- Nous le savons, Azuria faisait partie des candidats pour l’accession au titre d’Arène Extrême de la saison suivante. »

Les yeux de Daisy s’allumèrent d’un éclat brillant, plein d’envie.

« C’est… c’est vrai ?

- Bien sûr. Oh, mais autant vous dire tout de suite de ne plus compter dessus à l’heure qu’il est. »

Daisy baissa la tête lourdement. Evidemment… Adieu les flashs et le prestige du Tournoi Extrême…

« En fait, l’Inspection n’est pas terminée. Si vous voulez qu’Azuria conserve son titre, il va déjà vous falloir rouvrir dans les plus brefs délais, et passer avec succès un match-test contre un de nos Inspecteurs.

- Un… un match-test ?

- Oui, un match qui sera observé par nos contrôleurs de la Ligue Indigo afin de savoir si Azuria est encore digne de figurer dans le circuit de Kanto.

- Un match d’inspection ? Mais cela fait des années qu’on n’en a pas eu !

- Oui, parce qu’une fois que le Champion d’Arène a son titre, les inspections n’ont plus lieu d’être. Mais autant vous dire que dans votre situation, vous n’allez pas y couper. »

Daisy s’étreignit le bras, en signe d’incertitude.

« Mais, nous devons faire un match, là, avec vous ?

- Oh non, pas avec moi ! L’Inspecteur se présentera à l’arène incognito, comme un challenger normal. Histoire que vous soyez véritablement dans les conditions habituelles, répondit Jenny avec un sourire, que Daisy ne parvint pas à décrypter ; était-il amical ou volontairement ironique ? »

Génial… Encore une bonne nouvelle…

« Bien, je vais vous laisser, je vais envoyer mon rapport préliminaire à la Ligue Indigo. Vous devrez rouvrir au plus tard dans 3 jours afin d’accueillir les dresseurs qui le souhaitent. Notre inspecteur ne tardera pas, je pense. Vous recevrez la conclusion du rapport une semaine après sa visite, avec vos résultats. Bonne chance, Mademoiselle.

- Merci… répondit Daisy d’un ton volontairement blasé. »

Lorsque l’Inspectrice Jenny eut quitté les lieux, Violette et Lily vinrent immédiatement aux nouvelles auprès de leur sœur. Toutes trois tombèrent d’accord très vite : Ondine devait revenir, où Azuria serait déclassée…

 

 

***

 

Sacha maugréait tout seul sur un des fauteuils du hall du Centre Pokémon d’Unionpolis. Pikachu se tenait à côté de lui, la mine basse. Il ressentait autant l’atmosphère crispée qui régnait dans leur groupe que l’inquiétude de Sacha, qu’il avait rarement vu comme ça.

« Pikachupi…

- Oui Pikachu. Merci, tout va bien, répondit son dresseur en souriant.

- Autant personne ne croit Aurore lorsqu’elle dit qu’il ne faut pas s’inquiéter, autant j’ai beaucoup de mal à te croire lorsque tu dis que tout va bien. »

Pierre s’assit avec un soupir à côté de son ami de toujours, qui ne lui répondit pas.

« Encore Ondine ? dit-il doucement. »

Sacha détourna les yeux, et rougit furieusement.

« Encore et toujours… dit Pierre en s’étirant.

- Qu’est-ce que tu insinues Pierre ?

- Oh moi j’insinue rien. J’ai arrêté, depuis le temps ! »

Le silence s’installa entre les deux. Au moins j’ai réussi à le faire parler, pour trois mots, se dit Pierre. On va peut-être s’en contenter.

« Si je n’ai rien à insinuer, je n’ai pas moins compris ce qui se passe. Aurore, par contre non, tu imagines l’état dans lequel elle est en ce moment ?

- Qu’est-ce que ça peut faire ?

- Sacha… 

- Excuse-moi. »

Le dresseur du Bourg Palette agitait frénétiquement sa jambe, à tel point que Pikachu sauta rapidement sur le fauteuil rouge, à côté de son dresseur.

« Tu devrais aller lui parler.

- A qui ?

- A Aurore, évidemment, à qui d’autre ?

- Oui, évidemment. Mais, pour lui dire quoi ?

- Je ne sais pas. Je ne suis pas sûr que tu pourrais lui dire quelque chose de pire que tout à l’heure. Tu pourrais au moins t’excuser, et puis lui expliquer ce qui ne va pas, vu que tu n’as pas l’air d’avoir envie de m’en parler à moi.

- Mais tout va bien !

- Ce sera plus facile avec elle peut-être, elle ne connaît pas Ondine, c’est vrai !

- PIERRE !

- Allez, bonne nuit Sacha, on se retrouve dans la chambre. »

Et Pierre le planta là.

 





II

 

 

 

Ondine s’était arrêtée au Centre Pokémon de Joliberges pour la nuit. Elle l’avait facilement reconnu, sans jamais y être entrée. Comme à Kanto ou à Johto, les Centres étaient généralement les bâtiments les plus aisément identifiables dans chaque ville. Comme à chaque fois, elle fut accueillie avec gentillesse et bienveillance par l’Infirmière Joëlle locale. Elle s’apprêtait à attraper au vol l’oreille de Pierre, mais soupira bien vite. Elle était seule à Joliberges, seule à Sinnoh. La discussion avec Paul avait tourné court ; après trois réflexions blessantes de sa part, elle l’avait planté là – à sa plus grande satisfaction apparemment. Qu’elle avait eu envie de lui fracasser sa grosse tête contre le premier arbre venu ! Tiens, encore un qui s’entendrait bien avec Sacha je présume… Agacée, elle avalait sans y penser les morceaux de viande de son assiette – un repas habituel dans les Centres : jamais bien original, mais toujours suffisant. Et je n’ai même pas pensé à lui demander s’il le connaissait. C’est bien possible après tout, ils sont dans la même Ligue tous les deux, ils se sont peut-être rencontrés. Mais Ondine secoua la tête d’un air dépité. Encore un faux espoir ; mais que croyait-elle donc ? La meilleure solution serait presque de rentrer à Azuria. Quelle humiliation…

Azuria… A force de retourner ce nom dans sa tête, il lui sembla l’entendre vraiment, jusqu’à ce qu’elle lève les yeux vers le poste de télévision allumé dans le hall du Centre, qui diffusait un reportage de Sinnoh Live News sur son arène. Elle reconnut sa sœur Daisy sur l’écran. « … aucune nouvelle à l’heure actuelle. Oui, nous commençons à être très inquiètes, elle ne nous a laissé aucun mot d’explication, nous ne savons pas où elle peut bien être. Ondine, si tu m’entends, je t’en prie, fais moi un signe, n’importe lequel. Et pour répondre à votre question, la réouverture de l’arène est pour l’instant le cadet de mes soucis, Kanto dispose de bien d’autres badges officiels pour satisfaire les dresseurs, en attendant qu’on retrouve notre sœur ! »

La jeune rouquine prit son verre à deux mains et le fit tourner, ses yeux fixant le petit tourbillon qui se formait à la surface de l’eau. Sa petite escapade allait laisser des traces. Elle sentait un poids sur l’estomac après avoir vu sa sœur s’inquiéter pour elle. Ses relations avec Daisy s’étaient sensiblement améliorées depuis leur retour de leur tour du monde, mais cette décision subite n’allait pas arranger les choses, loin de là. Pour l’instant, elle était tranquille, personne ne la reconnaissait. Il semble que son seul atout physique pour se faire remarquer serait toujours sa fameuse queue de cheval. Ce sera toujours « trois sœurs sensationnelles » et « un avorton », même si le temps passait… Ondine eut une petite exclamation lorsqu’elle entendit la porte du Centre s’ouvrir brutalement sur une voix dure et ferme.

« Infirmière, mes Pokémons ont besoin de soins. »

Paul, encore lui. Il n’avait pas encore quitté Joliberges malgré ce qu’il disait à la jeune fille tout à l’heure.

« J’arrive, jeune homme. Gardez votre calme, répondit l’Infirmière Joëlle, suivie de son Leveinard. »

Paul eut un haussement d’épaules, le temps de se retourner vers les tables, et de voir la jeune fille rousse qui l’avait si agacé quelques heures plutôt.

« Encore toi. »

Elle serra les dents de rage. Quelques années auparavant, ce genre de remarques l’aurait fait sortir immédiatement de ses gonds. Sacha s’en souvenait encore. Hum, non, visiblement, Sacha ne s’en souvient plus…

« Enchantée que ça te fasse tellement plaisir de me revoir, Paul. »

Il la gratifia de son éternelle expression de dédain, et marcha d’un pas décidé vers les escaliers qui menaient aux chambres. Ondine but une gorgée d’eau. C’est ça, va te coucher, t’as l’air d’avoir besoin de repos, petit prétentieux.

 

***

 

Le lendemain matin, Ondine était la première debout. Il ne fallait pas qu’elle tarde trop, et rester enfermée à Joliberges commençait à lui taper sur les nerfs. Oui, d’accord, mais je ne sais toujours pas où aller ni ce que je vais faire. Elle se retourna lorsqu’elle entendit un très long soupir qui dégringolait des escaliers. 

« Je dois manquer de chance. J’ai voulu me lever tôt pour éviter de te croiser, et voilà tu es là, à cette heure-ci. Ca commence à devenir agaçant. 

- Ca suffit, espèce de malotru ! On ne t’a jamais appris la politesse avec les filles ?

- J’ai appris à ne pas m’astreindre à respecter les dresseurs de troisième catégorie.

- Qu’est-ce que tu viens de dire ?

- Ce que tu as entendu. Oh, et pas la peine de me proposer un match, j’ai appris à ne pas respecter ET à ne pas combattre contre les dresseurs de troisième catégorie. »

Le visage d’Ondine semblait devenir aussi vif que ses cheveux. Paul rit sous cape.

« Pitoyable. Héhé, à vrai dire tu me rappelles quelqu’un. Allez, salut. »

Paul se dirigea vers l’accueil et récupéra les six Pokéballs déposées sur un plateau à son nom. Il les rangea, mit les mains dans ses poches et se dirigea vers la sortie. Ondine restait sans voix. Réveille-toi, c’est le moment de lui demander.

« Paul ? »

Le dresseur s’arrêta et ses épaules se crispèrent.

« Quoi encore ?

- Je voulais savoir si tu as entendu parler d’un dresseur qui s’appelle Sacha et qui concourt pour la Ligue Sinnoh ? »

Paul se retourna alors vers la rousse avec un sourire malsain, avant d’éclater de rire.

« Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ?

- Ce clown ? Concourir pour la Ligue Sinnoh ? C’est bien, tu as au moins le mérite de me faire rire ! »

Ondine manqua un battement de cœur. Elle ne nota même pas les insultes de Paul envers Sacha.

« Tu… tu le connais ?

- Malheureusement oui. Visiblement toi aussi. »

La jeune fille rougit légèrement sous le regard circonspect du dresseur.

« En fait ça ne m’étonne pas. Un dresseur pitoyable a des amis pitoyables. »

Mais pour qui se prend-il cet abruti ?

« Je ne vais pas te laisser l’insulter et m’insulter sans rien faire, Paul !

- Oh (il marqua une pause). C’est mignon, dit-il avec un sarcasme satisfait.

- Tu sais où il se trouve ? continua Ondine sans relever l’allusion.

- Non et c’est le dernier de mes soucis. Il doit être en train de courir après son 3ème badge, ou 4ème s’il a eu de la chance. Peut-être à Unionpolis, qui sait, il est tellement lent ! » Paul recommença à rire.

- Dis-donc, j’ai l’impression que tu n’as pas appris non plus à respecter tes adversaires.

- Parce que ce n’est pas un adversaire. C’est juste un pitoyable dresseur qui fait l’imbécile avec ses Pokémon et ses amis ».

Ondine tiqua. Elle croyait Sacha parti seulement avec Pierre à Sinnoh.

« Ses amis ?

-Bah, sa petite amie ridicule et le grand benêt qui l’accompagne. »

Le sang d’Ondine ne fit qu’un tour. Elle se força à déglutir péniblement, pendant que Paul l’observait, rigolard. Sa petite idée pour mettre des bâtons dans les roues de Sacha venait de prendre forme. Il ne lui avait pas fallu bien longtemps pour comprendre que cette « Marie » voulait le retrouver pour d’autres raisons qu’un match Pokémon.

« Sa… petite… amie ?

- Hé bien oui, un brune avec un chapeau, toujours en train de se recoiffer, tout à fait agaçante et qui te tape sur les nerfs en deux minutes. Ah bah, un peu comme toi, il doit toutes les choisir sur le même modèle ! 

- JE TE DEFENDS DE ME COMPARER AVEC CETTE… »

Ondine ne termina pas sa phrase ; elle se leva en reversant sa chaise et en écrasant son plateau et le reste de son jus de fruit sur la tête de Paul, qui resta bouche bée devant cette colère à laquelle il s’attendait si peu venant d’une…fille ! Le temps qu’il se débarrasse de toutes les céréales qui lui dégoulinaient sur les joues, la rouquine avait déjà disparu, laissant grande ouverte la porte du Centre, et lui souriait déjà, ravi d’avoir pu mettre cette fille sur la route de Sacha. La brise légère et chaude qui pénétrait dans la salle semblait porter en elle les traces de la fureur de la championne d’Azuria.

 

***

 

Lorsqu’Ondine sortit du Centre Pokémon, les flammes dansaient dans ses yeux, et elle avait ouvert la porte tellement violemment qu’elle ne s’était pas aperçu d’un grand bruit sourd sur son passage. Derrière la porte, Charles de la Team Rocket était étendu à terre, assommé par la poignée de la porte, sur laquelle il se penchait pour guetter le départ de la rouquine.

Avant de perdre le compte des Roucool qui semblaient tourner au dessus de sa tête, Charles lâcha à une Bolly dépitée sur le bord du chemin « cette petite… a… une sacrée poigne… gaaaah ». Il s’écroula. Sa camarade soupira et l’attrapa par les pieds pour le traîner le long de la route. « Unionpolis est encore loin… »

 

 

 

III

 


 

La tête profondément enfoncée dans son oreiller, Aurore sanglotait dans la pénombre de sa chambre. Lumière éteinte, seul le faible éclat de la lune cachée par les nuages de Sinnoh permettait de distinguer les formes dans la petite pièce. Son sac avait été jeté depuis la porte, par terre, et la jeune fille s’était précipitée sur son lit, sans avoir pris la peine de se changer. Elle avait simplement enlevé son éternel chapeau, qui gisait au pied de la table de nuit, d’où il avait apparemment glissé.

Aurore enfonça une de ses mains sous son oreiller, déjà mouillé par les rares larmes qu’elle parvenait à relâcher. Jamais Sacha ne lui avait parlé de cette manière, Sacha qu’elle idéalisait tant depuis qu’elle l’avait rencontré. Si fort, si courageux, toujours là pour la soutenir, pour l’encourager, pour rire avec elle. Et depuis une semaine, distant, perdu dans ses pensées. Il lui semblait avoir disparu de la circulation. Elle ne pensait pas ressentir une telle frustration, une telle tristesse à l’idée d’être séparée de force du groupe. Car Pierre savait ce qu’il se passait, elle le voyait bien. Ils se connaissent depuis si longtemps tous les deux. Aurore, elle, n’était là que depuis même pas un an. Tant de choses qu’ils ne s’étaient pas dites…

Le regard perdu vers le mur blanc de sa chambre, elle entendit le léger bruit de la poignée de porte qui s’abaisse, et le léger grincement des gonds. Elle se frotta rapidement le visage ; mais l’obscurité ambiante la préservait de toute remarque sur ses yeux rouges. Restait à savoir qui venait de rentrer.

« Aurore, tu es là ? »

Ah. Voilà une visite à laquelle elle ne s’attendait pas. Elle se redressa, appuyée sur son coude, et se retourna.

« Ou… Oui, oui, je suis là. Qu’est-ce que tu veux ? »

Sacha s’approcha du lit, et s’assit à son extrémité. Il retira sa casquette pour libérer sa tignasse brune.

« Je… je voulais m’excuser pour tout à l’heure. Je ne pensais pas ce que je disais. »

Aurore eut une moue dubitative, et se remit dans sa position initiale, face au mur, tournant le dos à l’adolescent.

« Tu as dit que j’étais une mauvaise dresseuse. Et c’est vrai, j’ai perdu plus de concours que je n’en ai gagnés. 

- Non, je n’ai jamais dit ça ! Je… j’étais énervé, je ne sais pas ce qui m’a pris. Tu n’es pas une mauvaise dresseuse, tu es une excellente coordinatrice, on l’a tous vu !

- Non. Zoé est une excellente coordinatrice. Kenny est un excellent coordinateur. Moi, je ne suis que la petite Aurore qui apprend, et qui a PERDU trois concours, cracha-t-elle, un sanglot lui échappant.

Sacha ne répondit rien. Il savait qu’il avait dépassé les limites tout à l’heure, et que c’était typiquement le genre de choses qu’il ne fallait pas dire à Aurore. Aurore n’était pas Ondine. Il sentit une boule dans la gorge se former à cette pensée. Non, Aurore n’était pas Ondine. Et il ne pouvait pas, il ne devait pas se disputer avec sa nouvelle amie comme il le faisait avec sa rouquine, de peur de déraper. Il déglutit et se déplaça au milieu du lit, toujours assis sur le rebord. Il leva doucement la main et, incertain, la posa sur l’épaule de la jeune fille qui sursauta, et se retourna, interloquée.

« Aurore… Je suis tellement désolé… »

Aurore n’en croyait pas ses yeux – ni ses oreilles d’ailleurs. Sacha s’excusant de cette manière, elle avait beau le connaître depuis moins longtemps que Pierre, ce n’était certainement pas dans ses habitudes.

« Oublis ça, Sacha, répondit-elle. »

Doucement, elle lui prit la main, et la reposa sur les genoux du garçon. Il tremblait légèrement. Aurore ne s’expliquait pas cette espèce de nœud à l’estomac qui la saisit alors. Le garçon détourna la tête, les yeux fermés et crispés.

« Sacha ? Qu’est-ce qui t’arrive ? Pourquoi tu ne veux pas me dire ce qu’il se passe ? »

La gorge d’Aurore se noua lorsque Sacha releva la tête vers elle, les yeux tristes et brillants. Elle se noua encore plus lorsqu’elle se rendit compte qu’il allait parler, qu’il allait lui dire, lui avouer…

 

***

 

Le sol de la Route 208 tremblait presque sous les pas déterminés d’une jeune et belle dresseuse de Pokémon aquatiques. Elle ne courait plus – le chemin depuis Joliberges était long – mais marchait encore d’un pas déterminé. Loin au-dessus d’elle, un petit avion silencieux, frappé d’un « R » rouge sur sa carlingue, restait en vol stationnaire.

« Charles, j’en ai maaaaaarre de suivre cette fille. On n’arrête pas depuis trois jours, et hier on a passé QUATRE HEURES à tourner en rond pour retrouver sa trace, vu qu’elle s’est précipitée dans le train entre Joliberges et Charbourg, juste après t’avoir assommé au Centre. Je suis à l’étroit dans cet avion stupide, j’ai BESOIN D’AIR !

- Ca suffit Bolly, ça fait la 4ème crise que tu me fais en trois jours justement, j’en ai ma claque. Alors maintenant tu te calmes ou je te largue avec le siège éjectable. Unionpolis est en vue, on va pouvoir se poser, mais avant, je veux savoir où en est la belle Ondine.

- La belle Ondine, la jolie Ondine, la mignonne petite Ondine et gnagnagna et gnagnagna, fais-moi TOUT DE SUITE descendre de là ! »

La jeune femme, vêtue cette fois-ci de son uniforme bien reconnaissable de la Team Rocket, avait attrapé Charles par le col et le secouait en tout sens, ce qui eut pour conséquence immédiate d’avoir le même effet sur l’avion lui-même, qui dévia de sa course et zigzagua dangereusement vers les arbres. Charles évita à l’extrême limite le crash avec un arbre, non sans avoir au passage dérangé une volée de Nirondelle qui passait par là. Charles se tourna vers Bolly :

« Ne fais plus jamais un truc pareil, tu entends ? On aura l’air fin si on casse le matériel à cause de tes sautes d’humeur pathétiques. Pas la peine de me répondre pour m’engueuler, ça ne marchera pas. On redémarre. De toute façon, Ondine va vers Unionpolis, c’est évident. Elle doit passer par le petit passage du Mont Couronné, ça nous laisse le temps de prendre de l’avance et de retrouver l’unité de Jessie et James. D’après mon radar, ils sont dans le secteur adjacent à celui où nous nous trouvons. Ca ne devrait pas être difficile de les retrouver. Allez, on décolle. »

Bolly ne disait rien, si ce n’est un discret marmonnement. « Et gnagnagna, et gnagnagna… »


 

***

 


Unionpolis, Unionpolis, Unionpolis, elle est encore loin cette MAUDITE VILLE ?

Ondine venait de s’extirper du petit chemin balisé par les marcheurs, qui coupait au plus vite à travers le Mont Couronné, entre Charbourg et Unionpolis. Elle laissait derrière elle une nuée de Nosferapti, les uns affolés, les autres inconscients, à terre, après le passage dévastateur de la championne. Je ne laisserai PERSONNE m’arrêter. Elle ne courait pas, mais marchait d’un pas déterminé, laissant l’empreinte de sa semelle sur l’herbe grasse qu’elle foulait maintenant. Le temps était dégagé. C’était une belle journée de printemps à Sinnoh.

Mais Ondine ne remarquait pas le soleil, ni les gouttes de sueur qui perlaient sur son front. Cela dit, la température ambiante n’était pas assez élevée pour arriver à ce résultat. La seule solution était donc sa température intérieure, anormalement élevée. A vrai dire, Ondine bouillait, et cela faisait bien longtemps que son tempérament volcanique n’avait pas pris un tel pas sur sa face placide qu’elle s’attachait à cultiver. Peu importait, il FALLAIT trouver Sacha. Et elle réfléchirait plus tard à ce qu’elle pourrait bien lui dire.

« Halte ! »

Une voix inconnue l’avait appelée. Elle s’arrêta net. Elle se retourna, la mâchoire crispée et les yeux verts de rage.

« Quoi encore ? »

Elle découvrit un garçon, un peu plus jeune qu’elle, cheveux noirs, en tenue de marche, portant une casquette et un sac à dos. Elle sentit sa rage monter encore.

« Tu as l’air d’être une dresseuse toi. Je me présente, je suis Lucas, et je veux devenir Maître Pokémon ! Et je te défie ! »

Un rictus malsain se dessina sur le visage de la jeune femme.

« Avec… GRAND plaisir ! »

Il allait voir, ce « maître Pokémon » qui l’arrêtait dans sa course.

« Ahah ! Me voici à l’aube d’une nouvelle victoire ! Utilisons deux Pokémons, c’est d’accord ?

- Tout ce que tu voudras mon jeune ami, répondit Ondine froidement.

- Alors, c’est parti ! Keunotor, à l’attaque ! »

La nervure centrale de sa Pokéball s’illumina avant l’ouverture du mécanisme. Dans un éclat de lumière blanche un petit Pokémon castor atterrit sur l’herbe.

« Keunotor ! »

Ondine ne pouvait plus se tenir. Les flammes dansaient dans ses yeux, et lorsque Lucas croisa son regard, une grosse goutte de sueur perla à la base de sa nuque. Il lui semblait que le champ entier devant lui était embrasé.

« LEVIATOR ! A toi de jouer ! s’époumona Ondine. »

Elle lança sa balle de toutes ses forces en hauteur. Celle-ci se disloqua et dans un énorme flash, le gigantesque Pokémon serpent de mer arriva sur le terrain, et regarda, du haut de ses 6 mètres d’envergure, le ridicule petit castor, qui tremblait déjà.

« Mais, mais… balbutia Lucas, c’est… c’est impossible ! 

- Leviator, attaque Danse Draco, tout de suite ! hurla la championne. »

Avec un grognement, le Pokémon jeta un coup d’œil à sa dresseuse, qu’il n’avait jamais entendue crier de cette manière. Il la sentait profondément énervée, ce qui eut pour effet immédiat de décupler sa propre rage. Avec un hurlement terrible, il leva sa gueule, et déversa un torrent de flammes bleues autour de lui, faisant augmenter la circulation de son sang froid, et gonfler les veines de tous les muscles de son corps.

De l’autre côté du terrain, une petite voix se fit entendre.

« Keu… Keunotor ? A… attaque charge ? 

- Keuuuuuuuu, bredouilla le petit Pokémon terrifié. »

La présence intimidante de Léviator, décuplée par la différence de taille, empêchait le castor d’esquisser le moindre mouvement. Il était littéralement pétrifié sur place.

« LEVIATOR ! ATTAQUE ULTRALASER ! cria la jeune femme. »

L’immense Pokémon eut un mouvement de recul, puis il ouvrit sa gueule, et un rayon jaune et dévastateur en sortit, pulvérisant le sol sur son passage. L’Ultralaser atteint de plein fouet le Keunotor incapable de bouger, et aveuglé par les projections de terre qui le précédaient. Son petit pelage complètement carbonisé, il vola à plus de vingt mètres, et alla pitoyablement s’écraser à quelques pas de son dresseur, qui avait déjà les larmes aux yeux.

« Re… Retour Keunotor ! 

- Alors, où est ton deuxième Pokémon ? s’égosilla Ondine.

- Heu, je… heu… »

Lucas leva la tête et regarde le Léviator qui, l’air mauvais, lui montrait les crocs. C’en était trop pour Lucas, qui se retourna et décampa à toutes jambes vers la caverne du Mont Couronné.

« Au secours ! Elle est complètement folle ! Au secours, son monstre va me manger ! Aidez-moi ! »

Les épaules d’Ondine s’affaissèrent alors qu’elle retrouvait progressivement son calme.

« Voilà un Maître Pokémon prétentieux de moins sur ce continent. Mais il y en a encore au moins UN dont je vais m’occuper. Léviator, reviens ! »

Elle rangea sa Pokéball dans son sac, et reprit rapidement le chemin vers Unionpolis, dont les premiers immeubles apparaissaient à l’horizon.

Par Pikercy - Publié dans : S'avouer vaincu
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Jeudi 18 juin 2009 4 18 /06 /Juin /2009 00:30

CHAPITRE 4

 

La nuit porte conseil

 

I

 

Aurore ne disait rien. Dans la pénombre de sa chambre, elle attendait que Sacha réussisse à ouvrir la bouche. Il cligna des yeux, pour dissiper toute tentation de se laisser aller. Jamais il n’avait pleuré devant Aurore – l’inverse n’était pas vrai. La jeune fille l’observait, en essayant de déchiffrer ce qui pouvait bien se tramer derrière ses grands yeux bruns, qu’elle n’avait jamais pris la peine d’observer. Incapable de détacher son regard de ces pupilles qui ne la voyaient pas, elle secoua la tête en rougissant légèrement lorsqu’il bougea enfin, pour répondre à sa question. Les ténèbres empêchaient le garçon de remarquer l’étrange comportement de son amie, et elle s’en félicitait.

Sacha porta la main à l’intérieur de sa chemise, et en sortit l’hameçon à l’effigie de cette fille, dont il avait parlé le jour de la capture de Mustebouée. Comment s’appelait-elle déjà ? Cette attitude bizarre, c’était donc à cause de cet hameçon ? 

« C’est… ton appât c’est ça ?

- Oui. Un des rares souvenirs que je possède.

- Un souvenir de cette fille avec qui tu as voyagé ?

- Ondine. »

Ondine, oui, voilà. On dirait qu’il garde cet hameçon comme une relique. Aurore s’expliquait d’autant moins pourquoi son estomac persistait à se tordre comme une serpillère que l’on cherche à essorer.

« Et… tu as d’autres souvenirs d’elle, à part l’appât ? »

Mieux valait engager la discussion sur une voie détournée, cela amènerait peut-être Sacha à en dire plus. Raté. Il ne répondit pas à la question.

« C’est à cause de ça que je suis sur les nerfs.

- A cause… du hameçon ?

- Mais non… soupira-t-il. Tu n’étais pas encore levée lorsque nous avons vu les infos ce matin-là, à Verchamps, c’est ça ?

- Heu… non, quelles infos ? »

La porte de la chambre grinça, et de petits bruits de pas s'approchèrent. Ils entendirent une petite voix stridente bien connue.

« Tiiii, Tiplouf ! »

Le petit Pokémon pingouin venait de monter les escaliers du Centre, et cherchait sa dresseuse. Il sauta avec joie sur le lit jusque dans les bras d’Aurore qui l’accueillit avec le sourire. Il pépia pendant de longues secondes, jusqu’à ce qu’il se rende compte de l’ambiance qui régnait dans cette chambre.

« Tiiii… »

Il se calma, alors que Sacha s’éclaircit la gorge.

« Elle a disparu, elle est partie de son arène, ça va faire presque deux semaines, et personne n’a aucune nouvelle d’elle.

- Oh, Sacha. »

Il avait prononcé ces mots sur un ton si étranglé. Jamais elle n’avait pensé le voir dans un tel état, et cela l’attristait. Sans vraiment savoir si elle était plus triste pour lui que pour elle.

« Le pire c’est que… cela m’a brutalement fait réaliser que je ne lui ai pas donné de nouvelles depuis mon arrivée à Sinnoh, hormis une carte anodine pour les fêtes. Je suis impardonnable !

- Mais Sacha, elle non plus ne t’a pas écrit ni téléphoné, il me semble. Tu n’as rien de plus à te reprocher qu’elle.

- Nous changeons de ville tout le temps, et elle n’a jamais mis les pieds à Sinnoh ! Je suis certain qu’elle n’est même pas capable de me citer une ville du pays. Comment veux-tu qu’elle sache où je me trouve ?

- Et Pierre ? Peut-être qu’il l’a contactée lui ?

- Il me l’aurait dit. C’est peut-être entièrement de notre faute si elle a disparue !

- Arrête, Sacha. Il y a des milliers de raisons pour qu’elle soit partie ! Peut-être qu’il ne lui est rien arrivé, qu'elle a seulement besoin de s’aérer l’esprit, ou qu'elle est allée rejoindre son petit ami ! »

Elle s’interrompit alors que Sacha était pris d’une violente quinte de toux.

« Tu crois ? »

Voilà que ça la reprenait. Elle tenta de se concentrer sur la conversation.

« Bah, je n’en sais rien, je ne la connais pas cette fille. Qu’est-ce que ça peut te faire à propos ?

- Heu, rien, se dépêcha de dire Sacha. Ca ne me fait rien…

- Je suis désolée de ne rien pouvoir te dire de plus, il faut dire que tu en as tellement peu parlé. »

Sacha ne répondit rien. Ce n’est vraiment pas le Sacha loquace que je connais.

« Pourquoi… reprit Aurore, pourquoi tu ne m’en parlerais pas un peu ? Tu la connais depuis combien de temps ?

- Ca va faire… presque six ans. Dans quatre mois, après la Ligue…

- Vous vous êtes rencontrés comment ? »

Sacha n’avait jamais raconté toute l’histoire à personne d’autre qu’à sa mère. Bien sûr, il avait eu tellement de discussions avec Flora qu’il lui avait parlé en long et en large de sa meilleure amie, mais il n’avait jamais eu l’occasion de reprendre le récit depuis le début, même pas à Jackie ou à Régis… Mais Aurore lui donnait confiance en lui, sans doute parce qu’ils avaient un caractère tellement semblable…

« En fait… elle… m’a pêché… 

- Pardon ? »

Il eut un petit sourire.

 

 

***

 

La nuit était complètement tombée sur Unionpolis, et les quelques passants qui restaient dans les rues se dirigeaient vers leurs domiciles. Pourtant, dans le parc entourant l’immense Centre Pokémon, les buissons bruissaient encore de chuchotements ensommeillés. Un long bâillement se fit entendre.

« Jessie ! soupira un homme aux cheveux bleus, je suis fatigué, quand est-ce qu’on va dormir ?

- Ca suffit James, je veux plus entendre tes jérémiades. Nous allons passer à l’action, alors tiens-toi prêt… dit la femme aux longs cheveux rouges, avec un petit rire. »

Soudain, un énorme ronflement retentit derrière eux.

« MIAOUSS, C’EST PAS LE MOMENT DE DORMIR ! » hurla Jessie sur le Pokémon chat qui se releva toutes griffes dehors et les poils hérissés. 

« Je suis debout je suis debout je suis debout ! répéta le Pokémon parlant.

- J’ai les yeux qui tombent, si on pouvait arrêter de crier… soupira James

- C’est ta tête qui va tomber si tu continues ! s’époumona Jessie.

- Bon alors, que font les morveux, voyons un peu ? se dépêcha de dire son coéquipier sur un ton guilleret. »

Celui-ci prit leurs jumelles infrarouges fournies par la Team Rocket, et les dirigea vers les fenêtres des chambres occupés par le groupe des trois dresseurs.

« Oh, ça alors ! 

- De quoi, de quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? trépigna Miaouss

- Regardez-vous-même : dans une des deux chambres, il y a le grand benêt qui dort, et dans l’autre la fille et le morveux au Pikachu.

- FAIS-VOIR ! Ah les petits… s’amusa le chat en lui ôtant l’objet

- Non mais arrête Miaouss, on dirait qu’ils parlent.

- Ils parlent dans le noir ? Mais ils sont de plus en plus atteints, dit Jessie d’un ton blasé.

- En tout cas, ils ne dorment pas ! remarqua James. Pas possible de capturer Pikachu. Donc, bonne nuit ! »

Il se coucha immédiatement sur l’herbe grasse du parc, avant de se relever dans l’instant suite aux coups de pieds de sa partenaire.

« Hum, hum. »

Les trois agents de la Team Rocket se figèrent en entendant le bruit de quelqu’un qui s’éclaircit la gorge. Ils firent volte-face et se retrouvèrent nez à nez avec un grand gaillard chauve avec un large chapeau, et une fille blonde aux cheveux s’arrêtant aux épaules, au visage fin et au nez légèrement aquilin. Tous deux vêtus du tout nouvel uniforme de la Team Rocket – noir aux bandeaux et à la lettre « R » violette – qui faisait passer leur ancien modèle pour plus que ringard (selon les critères maison).

« Vous nous dites si on vous dérange, dit l’homme de sa voix grave. 

- A… Agents de la Team Rocket ? balbutia Jessie. »

Il faut dire que cela faisait un sacré bout de temps qu’ils n’avaient eu aucun contact avec d’autres membres de leur organisation. Selon Miaouss, c’était parce que le Boss leur faisait une totale confiance, mais bien évidemment, personne n’avait osé évoquer la possibilité que Giovanni eût été satisfait de voir l’unité 24 se faire oublier loin, très loin à Sinnoh.

« Non, vendeurs en Pokémontre ambulants… soupira la femme en se prenant la tête dans ses mains.

- Voici Bolly. Je suis Charles. Unité mobile de terrain n°10. »

Il fallut un certain temps à Jessie et James pour refermer leur mâchoire qui menaçait de se décrocher. Jamais ils n’avaient pu rencontrer de tels gradés auparavant, hormis le Boss lui-même lors de leurs innombrables séances de blâme. En fait, les seuls agents de terrain plus gradés qu’eux qu’ils avaient déjà croisés, c’était l’unité 21, c’est-à-dire Butch et Cassidy (même si Jessie n’était pas encore au courant qu’ils avaient été promus au grade 19 depuis peu, mais il valait mieux ne pas la prévenir). Perdue dans ses réflexions, Jessie avait oublié le protocole, que James lui rappela rapidement en lui écrasant le pied. Ils se redressèrent et saluèrent les deux agents.

« V… Voici Jessica, et Miaouss. Je suis James. Unité mobile de terrain n°24. 

- Vingt-cinq, riposta Charles.

- Pa… pardon ? dit Miaouss.

- Entre autres choses, le Boss m’envoie vous dire que vous avez été rétrogradés d’un rang. »

Instantanément, les trois se regroupèrent, accroupis en cercle, se lamentant sur leur sort pitoyable. Ils n’arriveraient décidément à rien. C’était leur 4ème rétrogradation en presque six ans d’activité. Un record maison.

« Bien, maintenant que les présentations sont faites, on va pouvoir commencer à travailler.

- A travailler ? demanda Jessie.

- Hé bien, oui, vous pensez bien que nous ne sommes pas venus jusqu’à vous pour vous dire bonjour, répondit Bolly en riant, énervant du même coup profondément Jessie.

- Pour commencer, continua Charles, dites-nous un peu où vous en êtes, et ce que vous faites là dans ce parc.

- Hé bien… commença Miaouss. Nous sommes en poste ici afin de… d’établir un plan coordonné d’approche sur la cible ! dit-il d’un air satisfait de son discours professionnel.

- J’ai rien compris, dit Bolly, provoquant la désillusion de Miaouss qui partit bouder.

- On attend que ceux qu’on pourchasse depuis si longtemps s’endorment pour qu’on puisse leur prendre leur Pikachu si rare ! résuma Jessie.

-Mais qui ça ?

- Trois sales gamins qui nous échappent depuis presque six ans !

- Vous courez depuis six ans après les 3 mêmes gamins ?

- Hé bien heu… dit James en se grattant la nuque. En fait, techniquement non. La morveuse n’est là que depuis un an à peu près c’est ça hein ?

- Oui, reprit sa coéquipière. Le morveux au Pikachu a l’habitude de changer de copine ! C’est déjà la troisième qu’il use. »

Bolly et Charles se regardèrent d’un œil satisfait. Au moins ces trois idiots n’avaient pas perdu de vue ceux qui étaient devenus leur cible.

« Et qu’en est-il des deux autres ? »

Charles le savait parfaitement, ou tout du moins en ce qui concernait Ondine, puisque le Boss leur avait communiqué le fichier complet de la Team Rocket la concernant. Mais toutes les occasions étaient bonnes pour juger des compétences de ces trois « agents ».

« Bah… dit James en réfléchissant intensément. Il y a pas longtemps, il y avait cette fille avec son bandeau rouge ridicule dans les cheveux, mais elle, elle est repartie on ne sait pas trop où. Et puis avant, et pendant un bon bout de temps, le morveux était avec la rouquine insupportable, euh, elle s’appelait comment déjà ?

- Endive ! cria Miaouss avant de ressentir une intense douleur au crâne, causée par le coup porté par Jessie à l’aide d’une pelle qui traînait dans le coin.

- Ondine, andouille ! On va passer pour quoi ?

- Oh ne inquiétez pas, vous passez déjà pour ce que vous croyez. Bref, oui, Ondine d’Azuria. Nous savons qu’elle se dirige actuellement vers Unionpolis, vraisemblablement pour retrouver votre groupe.

- Une réunion de morveux ?! crièrent en chœur les trois complices.

- Bon. Voilà l’idée. Le Boss a besoin de savoir pourquoi elle a quitté son Arène.

- Ah bah oui c’est vrai ça pourquoi elle a quitté son arène ? demanda innocemment Miaouss, avant de s’envoler sous une baffe conjuguée de Jessie et James.

- … a quitté son Arène, répéta Bolly en marmonnant. Donc, on la surveille, on écoute ce pourquoi elle est venue trouver ses amis, et une fois qu’on est fixés, on la kidnappe, le Boss en a besoin.

- Mais… et le Pikachu ?

- Hé bien, on n’aura qu’à s’en occuper en même temps, vous verrez, ce n’est pas bien difficile, dit Charles, amusé par les regards interloqués que se jetaient leurs deux collègues.

- Excusez-moi… intervint Jessie, mais pourquoi le Boss aurait besoin de la rouquine ?

- Ca concerne le secteur de Kanto. Il me semble que vous êtes affectés à Sinnoh, alors occupez-vous de vos affaires, on vous demande juste de nous assister. Nous vous retrouverons demain. »

Et ils les plantèrent là. Jessie et James gardèrent la mine sombre. Après réflexion, ils n’aimaient pas beaucoup voir leur quotidien dérangé, même par de tels gradés. Si Miaouss ne gisait pas assommé, quelques buissons plus loin, il aurait sans doute été du même avis.

 

***

 

« Nous devions traverser cette forêt pleine de Pokémon Spectre, mais sans Hoothoot, impossible, on se retrouvait vite submergés par des illusions terrifiantes ! dit Sacha en levant les bras. »

Tiplouf suivait, les yeux écarquillés, les mouvements de bras de Sacha, essayant d’imaginer ces étendues qu’il n’avait jamais vu.

« Heureusement, on est tombés sur… hmm, on est tombés sur Régis, puis… comme il avait peur que je le batte au cours d’un match, il nous a laissés tous seuls. Et là on trouve une vieille femme qui louait des Hoothoot aux voyageurs, mais il ne lui en restait qu’un, qui ne savait rien faire de bon, il avait lui-même peur des spectres, sauf qu’il était, apparemment, sensible aux jolies filles et va savoir pourquoi, il trouvait Ondine à son goût, et elle réussit à lui remonter le moral pour qu’il nous aide, mais il avait toujours autant de mal, et quand les Spectrum sont arrivés, ils nous ont tous terrorisés avec des illusions, Ondine nous a dit après qu’elle croyait avoir vu tout un tas de Pokémon insectes autour d’elle, heureusement Hoothoot… »

La porte de la chambre s’ouvrit alors, inondant la pièce de la lumière du couloir, et interrompant le flot de paroles du garçon. Pierre, en pyjama et les yeux embués de sommeil se tenait dans l’embrasure. Pikachu était à ses pieds. Sacha, toujours assis à l’extrémité du lit d’Aurore, se retourna et plissa les yeux, aveuglé par les néons du Centre Pokémon.

« Pika, pikachu ! dit la petite souris d’un ton agacé.

- Pierre, Pikachu, mais… qu’est-ce que vous faites là ?

- Et toi qu’est-ce que tu fais là ? Tu as vu l’heure ? C’est Pikachu qui m’a réveillé parce qu’il s’inquiétait !

- Quoi, quelle heure est-il ? »

Aurore se pencha, attrapa son sac, et fouilla la poche avant à la recherche de sa Pokémontre. Elle appuya sur le bouton de rétroéclairage, et les chiffres se détachèrent nettement dans la semi-obscurité.

« Heu… il est presque deux heures du matin…

-De quoi ? »

Sacha s’était brusquement relevé.

« Oh, je suis désolé Aurore, je n’ai pas vu le temps passer. Hem… » Il se grattait l’arrière de la tête, rougissant légèrement. « Bon, hé bien… bonne nuit. » Puis il sortit et passa devant Pierre qui, doucement, referma la porte en glissant un « Bonne nuit Aurore. »

Celle-ci s’affala sur son lit, les yeux cloués de sommeil, qu’elle n’arrivait pourtant pas à trouver. Le flot continu, implacable, des paroles de Sacha résonnait encore dans son esprit. Tiplouf s’endormit rapidement, en rêvant aux étendues bleutées des Iles Orange dont il avait pu retracer le tableau presque complet dans les deux heures précédentes. Aurore, quant à elle, tournait et retournait dans son crâne le nom d’Ondine, et toutes les aventures, toutes les anecdotes qui venaient, en cascade, de s’y associer.

 

***

 

Lorsque Pierre et Sacha entrèrent dans la chambre, le plus âgé dit à son meilleur ami, en baillant :

« Dis, quand je t’ai dit d’aller en parler un peu avec Aurore, je ne voulais pas dire ‘en parler toute la nuit’ ».

Sacha se jeta sur son lit et ôta sa casquette, complètement exténué. Devant son absence de réponse, Pierre éteignit la lumière, et se recoucha. « Bonne nuit Sacha ».

« ‘nuit Pierre ».

 

 

 

 

 

 

 

II

 

 

Le soleil était déjà haut dans le ciel, malgré l’heure matinale. Jason, comme il en avait l’habitude, était sorti faire quelques pas à l’extérieur de sa sympathique petite maison dans la banlieue d’Unionpolis. Même si la ville possédait de nombreux immeubles – c’était normal pour une des plus importantes agglomérations de Sinnoh – il appréciait le fait que ses habitants aient su conserver un environnement sain. En effet, la ville se fondait presque parfaitement dans la forêt environnante, et les larges boulevards noirs de voitures n’existaient pas ici. Lui qui avait vécu une bonne partie de sa vie dans l’atmosphère étouffante de Mérouville, carrefour de la région Hoenn, il était ravi d’avoir trouvé un havre de paix ici à Sinnoh, tout en ayant échappé à la réclusion, loin de tout. Vraiment, Unionpolis méritait amplement son nom. Il s’étira longuement en profitant de la chaleur du soleil – les beaux jours, enfin ! Un petit Pokémon électrique vint se frotter à sa jambe en souriant. Jason se pencha et attrapa son Lixy dans ses bras. Il émit un petit bruit de plaisir lorsqu’il lui gratta la tête en souriant. Une belle journée s’annonçait. Peut-être allait-il pouvoir se rendre au célèbre marché d’Unionpolis, où les marchands de toute la région se rendaient pour trois jours de festivités par mois. Cela commençait aujourd’hui, c’était l’occasion d’aller promener un peu Lixy. Il savait bien qu’il commençait à se faire vieux, que quelques zones blanches apparaissaient dans ses cheveux courts, que sa moustache virait inexorablement au gris, et que son Pokémon, malgré tout, avait besoin d’exercice. Oui, le marché était vraiment une bonne idée.

L’air frais du matin le comblait. Lixy toujours dans ses bras, il s’assit sur une des chaises de son petit jardin qui donnait sur la route menant au centre ville. Il aimait voir les premiers passants qui quittaient la ville ou, plus nombreux, qui s’y rendaient. Les habitués de la marche à pied – joggeurs, facteurs ou simplement promeneurs, comme lui – aimaient le voir fidèle au poste, et lui dire bonjour. Mais ce matin-là, parmi les têtes connues, il aperçut une jeune fille, dont la chevelure rousse flottait au vent, qui marchait d’un pas déterminé vers la ville.

« Bonjour jeune demoiselle ! salua Jason d’un ton enjoué. C’est la première fois que vous venez à Unionpolis ?

- Oui, pour mon malheur… grogna la rouquine, ce qui prit totalement au dépourvu la bonhomie de son interlocuteur.

- Heu… peut-être pourrais-je vous aider en quoi que ce soit ?

- Oui, répondit-elle. Je voudrais savoir où sont le Centre Pokémon, et l’Arène officielle. »

Jason lui fournit tous les renseignements demandés. La jeune fille le remercia brièvement, tourna les talons, et s’en alla sans un mot.

« Et, heu… bonne journée ! tenta Jason.

- Ca ne RISQUE PAS ! cria-t-elle sans se retourner. »

Jason se ratatina sur sa chaise avec son Lixy.

« Hmm… Et bienvenue… à Unionpolis… maugréa-t-il. »

 

 

***

 

 

Aurore s’était levée la première, et la première elle était prête à partir. Pierre et Sacha descendirent en même temps de l’étage des chambres, ce dernier en baillant furieusement après sa petite nuit. Il fut d’ailleurs étonnée de voir son amie déjà attablée devant le petit déjeuner, elle qui mettait si longtemps (et c’était un euphémisme) à se préparer tous les matins. A la vue de sa coiffure impeccable, il se dit qu’Aurore s’était déjà préparée, et qu’elle s’était donc réellement levée tôt. Dans le hall du Centre, Pikachu et Tiplouf s’amusaient tranquillement, le second poursuivant le premier, en battant de ses petites ailes bleues. Sacha, les yeux à moitié fermés, s’assit en face d’elle et commença à manger machinalement après avoir marmonné un « Bonjour » presque inaudible. Encore un peu et il se rendormait dans son assiette.

« Alors, dit Pierre, bien dormi Aurore ?

- Peu dormi, surtout… soupira-t-elle en regardant Sacha d’un air insistant. »

Non, en fait j’ai peu ET mal dormi. Mais un je-ne-sais-quoi dans sa tête lui intimait de ne pas le signaler. De fait, en ne dormant que quatre heures, on passe une mauvaise nuit, c’est évident. Mais quand on plus on ne peut s’empêcher de tourner et de retourner dans tous les sens une conversation de la même durée, le tableau n’était forcément pas très reluisant le lendemain. Tiplouf, pourtant, ne semblait pas avoir souffert de son court repos, il était comme d’habitude toujours aussi excité.

« Enfin, bref, quel est le programme aujourd’hui ? dit précipitamment Aurore, qui avait bien vu que Pierre allait lui poser une nouvelle question. »

L’aîné des trois amis sortit son guide officiel de la Ligue Sinnoh.

« Hé bien, je ne suis pas sûr que l’on puisse faire autre chose que de vaincre Kiméra. Nos allers et retours autour d’Unionpolis, entre Voilaroc et Verchamps nous ont fait visiter une bonne partie de l’est de Sinnoh. On ne peut pas aller vers Rivamar car cette ville est l’avant-dernière étape de notre voyage, et si nous partons tout de suite vers Joliberges ou Frimapic, le détour sera trop important pour revenir une nouvelle fois à Unionpolis. Nous sommes un peu coincés ici en fait.

- Et le prochain concours, il est où ? soupira-t-elle.

-Attends que je regarde. Les concours, les concours… répéta-t-il en tournant les pages. Ah, voilà. Le prochain, hé bien c’est à Joliberges, et cette année, il a lieu dans deux semaines et demi. Ca nous fera court mais c’est encore possible. Il faut qu’on ait quitté Unionpolis avant la fin de semaine, et ne pas traîner en route, et tu auras ton concours. De toutes façons, Joliberges possède une arène aussi, Sacha pourra y trouver un badge supplémentaire.

- Mais il va falloir que Sacha s’entraîne d’arrache-pied en deux jours ! Il n’a plus le droit à l’erreur, comment on va faire vu la… euh, vu son match d’hier ?

- Ca, c’est à lui de nous dire. Qu’en penses-tu Sa… »

Pierre fut interrompu par un bruit formidable d’objets qui se fracassent au sol, et de verre qui explose. Sacha venait effectivement de tomber de sa banquette pour avoir un peu trop fermé les yeux, et avait entraîné son plateau avec lui, ce qui le réveilla tout aussi brutalement.

« Non, c’est MOI qui ait attrapé le Kaimi… » avait commencé à crier le jeune dresseur, avant de se rappeler où il était.

Toujours assis par terre, il mit un bras sur la table pour se redresser, et ne remarqua pas tout de suite les tranches de bacon qui égayaient ses cheveux. Il passa la tête au-dessus de la table, se hissa, et se rassit sur la banquette, alors que Pierre et Aurore le regardaient avec des yeux grands comme des soucoupes.

« Bah quoi ? Ca vous arrive jamais peut-être ? »

 

***

 

Il semblerait qu’Unionpolis ne soit pas la ville où l’on dorme le mieux. Aurore et Sacha n’étaient pas les seuls à subir les effets d’une courte et mauvaise nuit. Lorsque Charles et Bolly allèrent chercher leurs trois collègues Jessie, James et Miaouss, ceux-ci portaient encore les stigmates de l’absence de sommeil, de lourdes poches sous les yeux. Dans un des nombreux parcs de la ville, Charles engagea immédiatement la conversation.

« Alors, quel serait votre plan ?

- Notre plan ? dit James en baillant. Pourquoi c’est nous qui devons faire un plan ?

- Hé bien, c’est vous qui connaissez les mieux les cibles non ?

- Oui, c’est logique.

- Habituellement, on fait péter une bombe, on se pose en ballon, on lance nos Pokémon, et d’une manière ou d’une autre on se fait éjecter dans les cinq minutes suivantes ! Aïe ! »

Même mal réveillée, Jessie avait encore assez de vivacité pour faire taire cet idiot de Miaouss.

« Tu exagères, dit James, ça ne se passe pas TOUJOURS comme ça !

- Bon, j’abandonne, répondit Charles. On va faire selon nos plans, et on va tenter une approche un peu subtile, j’espère que vous saurez vous y tenir.

- Une approche subtile ?! hurla Miaouss avant de se faire bâillonner par ses deux compères.

- Oui. Nous avons réfléchi cette nuit, et on pense qu’il ne vaudrait finalement neutraliser le groupe tout entier. Comme cela va faire beaucoup de dresseurs en même temps, il nous faut faire preuve de finesse. Je suggère qu’on se sépare en deux groupes. On attend qu’elle rencontre ses anciens amis. On se débrouille pour savoir ce qu’on a besoin de savoir : pourquoi est-elle partie, quand est-ce qu’elle rentre. Ce sera votre boulot. Ensuite, vous faites en sorte qu’elle se sépare du groupe et vous l’envoyez vers nous, au sud de la ville, si possible avec un de ses camarades. Nous nous chargerons du reste. Vous n’aurez qu’à capturer le reste de la bande. Nous récupérerons leurs Pokémon avant de partir, et vous ferez ce que vous voudrez des autres gamins. Tout est clair ?

- Très clair, Charles. Nous ferons ce que vous avez prévu. Allez, bonne chance. »

Jessie avait parlé avec le sourire, avant de se dépêcher d’emmener ses collègues vers le Centre.

« Mais, Jessie ! intervint James, avec ce plan, on se fait avoir sur toute la ligne, ils auront la morveuse et les Pokémon !

- C’est pour ça que je n’ai pas voulu allonger la discussion. On va suivre son plan, mais on enverra pas la fille au sud ! On se poste au nord, on embarque la rouquine, on tente de prendre Pikachu en guise de cadeau de fidélité, et on ramène le tout au Boss. Comme ça, finies les rétrogradations, et bonjour la sacrée promotion ! Ce Charles et cette pimbêche de Bolly ne feront plus leurs malins avec leur « Unité n°10 » (elle avait prononcé ces derniers mots avec tout le mépris dont elle était capable).

- Voilà une idée qui me plaît, dit Miaouss. Ce n’est pas parce qu’ils sont voleurs comme nous que ça les immunise. »

Les trois tristes compères rirent sous cape de leur plan qu’ils imaginaient machiavélique.

 

***

 

La douche fut salutaire. Aussi réveillé qu’il le pouvait, Sacha, enfin prêt, descendit dans le hall du Centre Pokémon, sac sur le dos, casquette sur la tête, prêt à partir s’entraîner dans la forêt qui borde Unionpolis. Il s’arrêta devant l’accueil du Centre, et récupéra les cinq Pokéballs disposées sur un plateau à son nom. Il les fixa à sa ceinture. Tout était prêt pour une dure journée de préparation à l’arène spectrale de Kiméra. Demain, il aurait en poche son cinquième badge : plus que trois marches avant la Ligue Sinnoh ! La pensée de son rêve si proche avait pratiquement chassé de son esprit les images troubles de la télévision, toujours accaparée par « l’affaire d’Azuria ». On avait appris récemment que l’arène avait rouverte, une nouvelle fois sous la direction de Daisy. Beaucoup s’interrogeaient sur le laxisme de la Ligue Indigo concernant ce contretemps : elle avait tout de même sur les bras encore un bon nombre de plaintes de jeunes dresseurs, soutenus par leurs parents, dépités d’avoir dû faire le pied de grue à Azuria pendant plus d’une semaine. Mais des jeunes dresseurs commençaient aussi leur voyage à Sinnoh. Sacha put le constater lorsqu’il vit entrer un jeune garçon d’une dizaine d’années se précipiter vers l’Infirmière Joëlle, les yeux au bord des larmes.

« Infirmière ! Infirmière ! Vous… devez vous oc… occuper de mon Keunotor ! S’il vous plaît ! Elle a voulu le désintégrer avec son gros monstre !! 

- Allons, allons. C’est fini, dit l’Infirmière sur un ton rassurant. Je suis sûre que dans quelques heures, ton Keunotor gambadera comme s’il ne s’était rien passé ! 

- Hé petit ! dit Sacha. Qu’est-ce qui est arrivé à ton Pokémon ?

- Une dresseuse complètement folle m’a attaqué avec un énorme Pokémon que je n’avais jamais vu ! Et mon pauvre Keunotor a été sauvagement blessé en une seule attaque… (Cette fois-ci, les larmes coulaient bel et bien).

- Tu ne dois pas t’en faire si tu as été battu, le rassura Sacha en lui posant une main sur l’épaule. J’ai cette expérience, moi aussi j’ai subi de sévères défaites, dont une il n’y a pas si longtemps ! Ton Pokémon s’en remettra, et vous progresserez ensemble, c’est avec le soutien de tes amis que tu pourras avancer. J’ai cette expérience aussi, finit-il par un sourire. Allez, courage, je dois te laisser. »

Sacha sortit du Centre, et rejoignit Pierre et Aurore qui l’attendaient devant la porte. Une fois à l’heure hauteur, il les dépassa et lança d’un ton volontairement enjoué :

« Allons-y ! L’entraînement nous attend !

- Et moi je vais en profiter pour réviser mes mouvements en vue du concours de Joliberges, enchaîna Aurore.

- Hé bien, je vais superviser tout ça… conclut Pierre

- SACHA ! »

Les trois amis se regardèrent interloqués. D’où pouvait bien venir ce cri, en plein milieu de la ville ? Le dresseur concerné leva la tête et regarda aux alentours.

« Hé ! dit Pierre en levant un bras, c’est pas cette fille là-bas qui t’appelle ?

- Une fille ? reprit Aurore en plissant les yeux dans la direction indiquée. Tu la connais ?

- Attend un peu, dit Sacha en faisant de même. »

A l’autre bout de la rue, à grandes enjambées, se rapprochait une jeune fille, sans doute du même âge que le natif du Bourg Palette, de longs cheveux roux volant derrière elle, lui tombant largement sur les épaules. Elle était vêtue d’un ensemble bleu-vert, laissant à l’air libre ses fines jambes. Elle portait un petit sac rouge, qui se balançait sur son épaule droite, tenue par sa main. Son poing gauche était serré, au point de faire blanchir ses phalanges.

« Heu… Non je ne la connais pas. Je ne connais qu’une seule rousse, et franchement, dit-il en donnant un coup de coude à Pierre, elle n’est pas aussi jolie ! Je ne l’ai jamais vue, je ne sais pas comment elle connaît mon nom… »

La jeune fille était maintenant arrivée à leur hauteur ; elle avait entendue la réponse de Sacha – la fin, du moins. Son visage se crispa alors encore plus, si cela était possible, et elle hurla.

« Tu ne m’as JAMAIS VUE ? SACHA KETCHUM ! TU ES... TOUJOURS AUSSI... »

Elle se retourna, sortit de sa poche un élastique ; d’un geste alerte elle regroupa sa chevelure, et, avec adresse, refit face au groupe, une queue de cheval attachée sur le côté. Sacha n’eut pas besoin de ce détail pour savoir qui se tenait devant lui en cet instant : il avait réalisé son erreur à partir du moment où elle lui avait crié dessus.

« Impossible… murmura-t-il. »

Par Pikercy - Publié dans : S'avouer vaincu
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