Samedi 4 juillet 2009 6 04 /07 /Juil /2009 01:18

CHAPITRE 5 

 

DésUnionpolis

 

I

 

Aurore et Pierre restaient bouche bée. Est-ce qu’elle voyait bien ce qu’elle était en train de voir ? La fille qui avait été le centre des conversations de toute la nuit se tenait vraiment là, devant elle, ce matin ?

Est-ce qu’il voyait bien ce qu’il était en train de voir ? Ondine, qu’il n’avait pas vue depuis plus de deux ans et cette rocambolesque aventure au Royaume du Mirage, une de ses meilleures amies dont il parlait avec Sacha pas plus tard qu’hier se tenait vraiment là, devant lui, ce matin ?

Ils essayaient d’analyser la situation posément, mais impossible.

Pierre n’en croyait pas ses yeux. Mais, elle a quitté Azuria pour venir ici ? C’est pour ça qu’elle a disparue ? Pour venir nous trouver ? Mais ça n’a aucun sens ! Et qu’est-ce qu’elle a grandie depuis la dernière fois. Wow, elle a toujours son côté garçon manqué mais… Holà, qu’est-ce que je dis, c’est Ondine ! Interdit ! Ah, elle se tourne vers moi, ça y est… Heu, qu’est-ce que je lui dis ?

En détournant son attention d’un Sacha qui essayer de fendiller le ciment du trottoir de son regard perçant, Ondine semblait pouvoir reprendre son souffle.

« Alors, Pierre, on dit plus bonjour ? Je n’ai peut-être plus de nouvelles de vous, mais vous avez apparemment même oublié à quoi je ressemble ! »

Bah, c'est-à-dire que… Le bruit caractéristique d’une Pokéball se fit entendre.

« Cradauuu ! »

Pierre hurla.

« Ah non Cradaupaud ! Tu n’as RIEN à faire hors de ta Pokéball aujourd’hui. RIEN. Retour !

- Cradauuu… répondit l’étrange crapaud en le regardant de son œil torve.

- Un nouveau Pokémon ? demanda la rouquine. Pourquoi il est sorti ?

- Hmm, rien d’important, je t’expliquerai. En tout cas je suis ravi de te voir Ondine ! »

Mais les yeux d’Ondine s’étaient rétrécis, lorsqu’elle aperçut Aurore, dissimulée derrière la grande carrure de Pierre.

La jeune fille aux cheveux tendant vers le bleu se triturait la base de son chapeau. Elle est là, elle est là, elle est là… Elle a l’air énervée… Elle est bien plus grande que moi… Ca y est, elle dit bonjour à Pierre. Il a l’air surpris. Et Sacha qu’est-ce qu’il fabrique ? Ah, il est dans son coin, rouge de honte. Super. Comme il fait pour m’aider là ? Mince, elle m’a vue. Elle est bien plus jolie que son hameçon… Hier c’était pratiquement la première fois que j’en entendais parler, aujourd’hui la première fois que je la vois… Pourquoi j’ai un soudain mal de crâne ? Et pourquoi elle me jette un regard pareil… Peut-être que ma coiffure est de travers ? Oh non, elle repousse Pierre… Elle s’approche… Qu’est-ce que je peux bien dire ? Sacha ! Qu’est-ce que je lui dis ? Je crois qu’en fait elle me fait peur. Allez, je dois bien lui dire un mot. Quelque chose, n’importe quoi.

« Euh… Salut Ondine ! »

Erreur fatale.

« COMMENT TU CONNAIS MON NOM ? »

 

***

 

La seule idée que Sacha avait actuellement en tête était un entretien approfondi avec Ouisticram pour qu’il puisse lui apprendre dans les plus brefs délais l’attaque Tunnel. Comme ça il pourrait s’enterrer profondément, très profondément. Cela lui éviterait d’avoir à endurer l’intense passe d’armes qui se déroulait en ce moment même à quelques pas de lui, entre Aurore et sa meilleure amie, revenue d’il ne savait où, comme d’habitude, en trombe, dévastant tout sur son passage. Il pouvait d’ailleurs difficilement s’expliquer pourquoi il ne tentait pas d’intervenir. La peur sans doute : il n’avait pas senti le désir pressant de s’interposer durant le combat à Cramois’Ile entre Magmar et Dracaufau. Et l’ambiance lui faisait furieusement penser à son ancien match. A vrai dire, il était tétanisé par le retour d’Ondine. Surtout après en avoir parlé toute la nuit dernière avec Aurore. Voilà pourquoi cette dernière connaissait son nom. Il paraissait pourtant évidant qu’il parlerait d’Ondine à ses autres amis. Ce qui était moins évident, c’est qu’Ondine semblait avoir reconnu Aurore, car d’aussi loin qu’il pouvait se souvenir, il ne lui en avait jamais parlé – dans sa lettre pour les fêtes, les seules nouvelles qu’il lui ait envoyées depuis plus d’un an. Il redoutait cela autant que la finale de la Ligue Sinnoh : devoir s’expliquer avec elle sur son absence de nouvelles. Bon, d’accord, autant que les demi-finales. Mais pour l’instant, la rouquine était bien trop occupée à se déchaîner sur la petite brune pour se tourner vers Sacha. Vraiment, c’était bizarre.

« Mais qu’est-ce qui te prend d’arriver comme ça de nulle part à toute allure et de crier sur tout le monde. Tu es tombée sur la tête ou quoi ?

- Je n’ai pas crié sur tout le monde, et on ne t’a jamais dit que c’était malpoli de dévisager les gens comme s’ils étaient des fantômes ! Oh oui, je t’ai bien vue derrière Pierre, ma tête ne te revient pas c’est ça ?

- Mais pas du tout. C’est toi qui est arrivée qui m’a regardée comme si j’allais te braquer tes Pokémons ! Mais tu m’as l’air sacrément bizarre comme fille toi. Sacha ?

- Laisse Sacha EN DEHORS de ça ! hurla la rouquine.

La porte du Centre Pokémon s’ouvrit d’un coup brusque, et une Infirmière Joëlle rouge de colère s’avança, un balai à la main, suivie d’un Leveinard dans la même position.

« C’est pas bientôt fini ce boucan ?! Je vous rappelle que vous êtes devant un HOPITAL et qu’il y a des Pokémon qui aimeraient se REPOSER. Vous allez me faire plaisir de DEGUERPIR !! »

Voir une Infirmière Joëlle en colère éteignit toute l’animosité des deux filles, qui s’arrêtèrent net, se regardèrent interloquées, puis se retournèrent devant Joëlle, et s’inclinèrent.

« Veuillez nous excuser Infirmière, nous partons ».

Elles dépassèrent les garçons qui restaient plantés sur place. Ondine attrapa le T-shirt de Sacha, Aurore la veste de Pierre, et les tirèrent dans le parc, quelques mètres plus loin, au calme, semblait-il.

 

***

 

Assis dans l’herbe, les quatre jeunes gens ne réussirent pas longtemps à garder le silence qui s’installait entre eux. Comme souvent, c’est Pierre qui tenta de dénouer la situation, alors qu’Aurore bouillait encore de l’âpre discussion qu’elle venait d’avoir avec Ondine.

« Alors, dit-il en s’éclaircissant le gorge, si tu nous disais ce que tu fais à Unionpolis Ondine ? »

La jeune fille déglutit difficilement. Tout au long du chemin qui l’a menée de Joliberges à la ville-carrefour de Sinnoh, elle avait volontairement esquivé la question. La rencontre avec Paul, la traversée du Mont Couronné, le duel avec ce ridicule « Maître Pokémon », tous les autres problèmes qu’elle avait retournés dans sa tête : elle avait rejeté à plus tard la justification qu’elle pourrait donner à ses amis. Et une fois arrivée à Unionpolis, la seule chose à laquelle elle avait pensé, c’était trouver Sacha, et trouver cette Aurore. Elle n’avait eu plus que ça en tête, mais pas plus de véritables raisons à avancer. Jusqu’à ce qu’elle reconnaisse de loin la haute stature de Pierre, puis le garçon à l’éternelle casquette à ses côtés. Elle avait marqué un arrêt, elle avait eu un grand sourire, avant de se reprendre bien vite, et d’hurler son nom, avec toute la colère qu’elle était capable de mettre dans sa voix. Mais maintenant qu’on lui posait vraiment la question, c’était trop tard. Elle déglutit difficilement, priant pour qu’on ne la remarque pas.

« Heu… Hé bien… Je me suis rendue à Joliberges pour… euh… compléter une étude sur les Pokémon aquatiques de la région Sinnoh… Vous savez, ajouta-t-elle avec un petit rire, l’arène d’Azuria n’en possède pas encore alors…

- Mais et l’arène justement ? insista – à dessein – Aurore.

- L’arène ? Heu hé bien, répondit la rousse en se grattant la nuque, je l’ai laissée à mes sœurs ! J’espère qu’elles s’en occupent comme il faut…

- Ondine… interrompit Pierre. La fermeture de l’arène d’Azuria tourne en boucle sur toutes les télés de la région.

- Oh… »

Comme rarement dans sa vie, Ondine ne trouvait plus rien à répondre à Pierre. Dos au mur, elle évita son regard interrogateur, de même que celui d’Aurore, et surtout celui de Sacha qui, pour la première fois depuis son arrivée, avait levé les yeux vers elle. Vite, vite, un truc à leur dire. Qu’est-ce que je pourrais bien inventer cette fois-ci ? J’ai pas eu le temps d’y réfléchir… Vite, vite… Et pourquoi pas la vérité aujourd’hui ? Enfin, une partie seulement…

« Je… je ne pouvais pas rester là-bas.

- Pourquoi ? demanda Sacha. Il a la voix plus grave qu’avant.

- Parce que… parce que je ne pouvais plus rester enfermée là-bas. Je voyais tout le temps les mêmes matchs, tout le temps les mêmes jeunes dresseurs. Je sais bien ce qu’on disait sur moi et sur le niveau supposé de l’arène. Je n’en pouvais plus de faire sans cesse les mêmes tours de piscine. J’avais envie de reprendre le voyage. Un soir, je suis partie… Et me voilà à Sinnoh. »

Sa voix se faisait de plus en plus faible. En vérité, bien rares ont été les moments où elle avait avoué sa faiblesse devant ses amis. Cela se comptait sur les doigts d’une main. Leur aventure sur l’Ile Shamouti, le départ de Togétic… Et puis c’était tout. Hormis aujourd’hui. Ondine avait les yeux dans le vague, lorsque Sacha la ramena à la réalité.

« Et comment tu nous as retrouvés ?

- On m’a dit que vous étiez à Unionpolis.

- « On » ? Qui ça, « on » ?

- Il s’appelle Paul. Ca te dit quelque chose ? »

Le regard que lui lança Sacha à cet instant lui confirma que oui, ça lui disait bien quelque chose.

 

***

 

Ondine avait fini par raconter toute l’histoire – enfin, presque toute. Elle restait toujours volontairement floue sur les véritables raisons qui l’avaient poussée à partir d’Azuria, malgré l’instance renouvelée d’Aurore, qui avait le don de l’agacer profondément. Sacha parut très affecté par le comportement de Paul.

« Paul… Je ne laisserai pas faire, je ne le laisserai pas dire…

- Sacha ? dit Ondine d’une voix qu’elle avait voulue plus douce.

- Il n’a rien compris. Je le battrai, et je lui ferai regretter. »

Il se releva d’un coup. Il serrait les poings, ce qu’Ondine ne manqua pas de remarquer.

« Sacha ?

- Où tu vas comme ça ? intervint Aurore.

- A l’arène. Battre Kiméra. Et leur montrer ce que je vaux. »

Aurore, Ondine et Pierre se regardèrent interloqués. Leur... ? pensa la rouquine.  Il ne changera jamais... Qu'est-ce qu'il cherche à prouver, encore ?

Ondine soupira. Au moins l’irruption de Paul dans la conversation a-t-elle eu le mérite de détourner l’attention sur Sacha, et non plus sur elle. Elle suivit le groupe – jusqu’à ce que les questions qui devaient être posées le soient.

 



II

 

 

L’atmosphère tamisée et inquiétante de l’Arène Pokémon d’Unionpolis incita le groupe à immédiatement baisser la voix. Une série de candélabres fixés aux quatre coins de la salle diffusaient une faible lumière. Le plafond, entièrement noir, ne se distinguait pas du sol. Le terrain, sans obstacle, était construit sur une surface réfléchissante, faisant presque croire à un miroir géant. Aurore, Ondine et Pierre se dirigèrent vers les gradins, alors que Sacha s’avança sur la position du challenger. Un arbitre officiel de la Ligue Sinnoh, vêtu d’une chemise verte foncée, arborant le symbole officiel de la Ligue (une Pokéball emprisonnée dans une grande montagne – sans aucun doute le Mont Couronné), vint à sa rencontre.

« Je souhaite à nouveau défier la championne Kiméra.

- Bien. La championne souhaite vous faire part d’un changement dans les règles du match par rapport à votre dernière tentative. Elle vous demande un match à 4 Pokémon chacun.

- Ah ? Euh, hé bien, sans problème.

- Je vais chercher la championne. Votre match commencera bientôt. »

Pendant que l’arbitre se dirigeait les coulisses, Sacha jeta un coup d’œil dans les tribunes désertes, seulement occupées par ses trois amis, ainsi que de Laporeille et Tiplouf qui agitaient déjà leurs éventails du parfait supporter. Aurore, avec ses deux Pokémon, criait de toutes ses forces, comme à son habitude. Ondine observait Sacha, ne le quittait pas des yeux, sans rien dire. Pierre quant à lui, expliquait les particularités de l’arène, ainsi que la tactique habituelle de Kiméra. Sacha tenta d’oublier quelque peu l’agitation d’Aurore et des deux Pokémon, et se concentra sur la porte encore close de l’autre côté de la salle. Ondine allait voir ses progrès, il allait lui prouver qu’il n’avait pas perdu son temps, et qu’il valait largement Paul. Sa détermination était gonflée à bloc.

La porte s’ouvrit ; une grande dresseuse, vêtue d’une longue robe violette, et ses cheveux de la même couleur bizarrement coiffés en trois, fit son entrée. L’arbitre se positionna.

« Welcome à nouveau jeune Sacha. Je vois que tu es à nouveau soutenu par tes amis, dit Kiméra de son accent britannique à couper au couteau. C’est une bonne attitude, ne jamais oublier ses amis, et ils seront toujours là à tes côtés ! »

Sacha eut un regard en biais vers la jeune fille rousse qui le regardait depuis les tribunes. Il était trop loin pour voir son visage précisément, mais il ne doutait pas que la remarque de la championne l’ait fait réagir… Son imagination n’atteignait pas la réalité du regard noir qu’elle lui lançait depuis sa place. Il déglutit, et regarda son Pikachu.

« Le match opposant Kiméra, championne de l’Arène d’Unionpolis, à Sacha Ketchum du Bourg Palette va débuter. Chaque dresseur aura droit à quatre Pokémon. Le match se terminera lorsque les quatre Pokémon d’un des deux dresseurs auront été déclarés hors de combat. Seul le challenger a le droit de changer de Pokémon au cours du match. C’est au champion de choisir son Pokémon le premier. »

L’arbitre se tut. Le match allait pouvoir commencer.

« Baudrive, en avant ! »

Kiméra lança sa Pokéball en l’air et dans un éclair blanc, le Pokémon ballon se matérialisa au-dessus du terrain.

« Hmm, souffla Pierre dans les tribunes. Kiméra réutilise le Pokémon qui a déjà battu Sacha la dernière fois. Elle cherche à le déstabiliser en lui rappelant sa lourde défaite d’avant-hier.

- C’était si dur que ça, interrogea Ondine ?

- Oui. Sacha s’est fait sortir en trois attaques. Ce fut impressionnant de rapidité.

- Mais qu’est-ce qu’il avait pour livrer un match pareil.

- Il était… distrait. Tellement distrait que cela a atteint jusqu’à ses Pokémon.

- Distrait ? Mais distrait par quoi ?

- Je te le dirai plus tard. Ou, qui sait, il te le dira lui-même. »

Ondine regarda Pierre d’un œil dubitatif, puis se reconcentra sur Sacha.

« Allez, Pikachu ! C’est l’heure de montrer ce que tu sais faire !

- Pi-kachu ! approuva la souris jaune en bondissant sur le terrain réfléchissant. »

L’arbitre officiel, d’un mouvement sec, leva les deux drapeaux à la verticale. « Commencez ! »

Pikachu faisait face au Baudrive au centre du terrain et les deux adversaires se jaugeaient.

« C’est une bonne idée, commenta Pierre. Baudrive est aussi un type vol, il sera donc plus vulnérable aux attaques de Pikachu. »

La petite souris jaune s’élança avec vélocité dans la zone de combat.

« Baudrive, attaque Vent Mauvais.

- Pikachu ! Esquive et Vive-Attaque ! »

Le Baudrive de la championne commençait à soulever des volutes de fumée sombre afin d’emprisonner son adversaire, mais ce dernier décrivit un large cercle en évitant l’attaque. Pikachu prit appui sur le mur et se propulsa contre Baudrive qui s’écrasa au sol dans un gémissement.

« Baudrive, relève-toi, attaque Hypnose ! »

Le Pokémon retrouva son appui, et, se tournant vers son opposant, le fixa et projeta ses ondes hypnotiques.

« Pikachu, ne le regarde pas et lance Tonnerre ! »

Pikachu ferma les yeux, chargea son énergie, et lança des éclairs dans toutes les directions, dont l’un toucha Baudrive avant que son attaque ne puisse faire effet. Foudroyé, le Pokémon de la Championne s’effondra inconscient sur le sol.

« Baudrive a été mis hors de combat, Pikachu remporte la manche ! annonça l’arbitre. 

- Bravo Sacha ! cria Aurore depuis les gradins.

- Tu l’as eu ! ajouta Pierre. »

Sacha se retourna, s’attendant à entendre une troisième voix le félicitant. Mais Ondine restait immobile, la mâchoire crispée, les mains agrippées au siège devant elle, les cheveux dressés sur la tête.

« Sacha ! cria-t-elle. Tu n’as… Tu n’arrives toujours pas à maîtriser tes Pokémon ! Je me suis pris un éclair en… en pleine tronche ! parvint-elle à articuler.

- Heu… Désolé Ondine, j’ai pas fait exprès !

- Tu ne fais jamais exprès, Sacha Kechum ! s’époumona la rouquine. »

Aurore se retourna pour dévisager Ondine, qui ne s’en était pas rendue compte. Elle le sentait, presque toutes les phrases d’Ondine avaient un double sens, qu’elle parvenait mal à saisir. Elle préféra oublier ses pressentiments, et reprit ses encouragements pour le dresseur au centre du terrain.

Celui-ci s’était retourné vers Kiméra en grimaçant après la remarque d’Ondine.

« Pikachu, reviens ! Tu as le droit de te reposer.

- Tu as progressé depuis notre dernier match, Sacha. Ou alors tu n’étais vraiment pas en forme. Quoi qu’il en soit, nous allons pouvoir tester tes capacités un peu plus avant. Spectrum, i choose you ! »

Kiméra lança sa Pokéball et dans un éclair blanc, elle libéra un gaz violet qui prit rapidement la forme bien connue du Pokémon fantôme.

« Ouisticram, à toi de jouer ! »

Le petit singe de feu sortit de sa Pokéball avec vigueur et détermination. Ondine appuya sa tête sur ses mains, les coudes sur les genoux, afin de voir à l’œuvre ce Pokémon qu’elle n’avait jamais vu.

« Spectrum, à l’attaque, utilise Ball’Ombre ! »

Avec un rire qui faisait froid dans le dos, le Pokémon invoqua sa sphère de puissance noire et la projeta sur Ousticram, qui l’esquiva de justesse.

« Ouisticram, riposte avec ton Lance-flamme ! »

Il déversa un torrent de feu, que Spectrum n’esquiva pas. Si les flammes lui firent de l’effet, il ne le montra pas et resta stoïque, alors que le feu traversait son corps, jusqu’à ce que Ouisticram ne puisse plus maintenir son flot de flammes. A ce moment, alors qu’il reprenait son souffle, Spectrum lança une nouvelle Ball’Ombre, qui percuta le singe de plein fouet.

 

***

 

Alors que le match battait son plein, trois paires d’yeux se glissèrent derrière le mur du couloir qui menait aux vestiaires de l’arène.

« Le morveux se débrouille mieux que la dernière fois, commenta Miaouss.

- C’est normal, répondit James. Il veut briller devant sa copine rousse. Ah, ça me rappelle le bon temps des Îles Oranges, la plage, le soleil, nos aventures en sous-marin… (Il soupira)

- Ouais, tu oublies de préciser combien de fois on a dû le réparer ton sous-marin. Je ne peux plus voir de Magicarpe en peinture. Bref, le morveux est dans son match, passons à l’action et capturons la rouquine et Pikachu pendant qu’il se repose ! dit Jessie avec un sourire mauvais, en s’engageant dans le chemin menant aux gradins.

- Arrête Jessie ! intervint Miaouss en lui attrapant son uniforme. On ne peut pas y aller maintenant, déjà on interromprait le match et la championne risquerait de s’en prendre à nous. Et si on veut réussir la mission, il faut rester discrets, on doit attendre qu’elle se sépare des autres morveux, sinon ils vont intervenir et rester groupés ! Il faut trouver un moyen de l’éloigner des autres…

- Il a raison Jessie, renchérit James, attendons encore et voyons si on peut tirer profit de la situation. Si on veut doubler Charles et Bolly, il faut faire attention à ce qu’on fait !

- Bon, acquiesça-t-elle d’un air renfrogné. Mais le morveux a intérêt de perdre rapidement, je ne vais pas passer mon temps à attendre son bon plaisir. »

 

***

 

« Tortipouss, vite, utilise la Vive-Attaque pour déstabiliser Spectrum ! »

Après la défaite de Ouisticram, le choix de Sacha s’était porté sur son Tortipouss. Il espérait que sa vitesse qui lui avait déjà si souvent servi pourrait venir à bout de la redoutable attaque Ball’Ombre de son adversaire. Malheureusement, l’Onde Folie qu’avait reçu le Pokémon de Sacha ne lui permettait pas d’avoir les idées bien claires, et pendant que le fantôme le regardait en riant, Tortipouss avait déjà glissé trois fois sur la surface réfléchissante du terrain.

« Tortipouss, on ne doit PAS perdre ce match ! Utilise Tranch’Herbes ! »

Après avoir poussé son petit cri, Tortipouss projeta une volée de feuilles coupantes dans la direction de Spectrum, mais celui-ci avait eu le temps d’anticiper. Il se volatilisa dans un nuage de fumée, et réapparu derrière Tortipouss qui, encore confus, ne réagit pas.

« Tortipouss, sors de là !

- Spectrum, let’s go ! Attaque Ball’Ombre ! »

Comme pour Ouisticram, Tortipouss fut fauché en pleine course, et il ne put esquiver l’attaque. Il fut projeté sur plusieurs mètres avant de s’écraser au sol, inconscient. Spectrum, visiblement essoufflé, se fendit pourtant d’un rire triomphant.

« Tortipouss ne peut plus se battre. C’est Spectrum qui remporte la manche. Puisqu’un des deux dresseurs a perdu 2 Pokémons, nous allons maintenant marquer une courte pause de dix minutes, annonça l’arbitre. »

Ondine se tourna vers Pierre.

« C’est nouveau ça, les pauses dans les matchs officiels ?

- Non, pas vraiment, ça a souvent lieu lorsque le Champion décide de livrer un match à plus de trois Pokémon chacun. On s’arrête un moment lorsqu’arrive à la moitié du match environ. Souviens-toi des matchs de Sacha dans le tableau final de la Ligue Indigo : comme chaque dresseur avait 6 Pokémon, le match s’arrêtait lorsque l’un des deux en perdait trois afin de donner un temps de repos aux dresseurs et de procéder au changement de terrain. Ici c’est pareil, mis à part le changement de terrain. »

Ondine ne répondit pas, car elle avait cessé d’écouter Pierre à peu près au milieu de son explication pour s’intéresser à l’étrange manège qui avait lieu sur le terrain. Sacha avait rappelé son Tortipouss, encore sonné, et après lui avoir glissé quelques mots rassurants, s’était dirigé d’un pas vif vers ses vestiaires, sans un regard vers le groupe dans les gradins. Aurore s’était alors levée et avait sauté par-dessus la rangée de siège devant elle, pour atterrir sur le bord du terrain. Une fois Sacha disparu dans les vestiaires, elle l’y rejoignit. Ondine se dressa brusquement sur ses deux jambes, comme poussée par un irrésistible filin, tendu vers la porte close des vestiaires. Mais elle fut arrêtée par une main fermement posée sur son épaule. Elle se retourna et foudroya Pierre d’un œil noir. Celui-ci, imperturbable, renforça sa prise, et l’obligea à se rasseoir à sa place.

« Mais, Pierre !

- Où tu vas comme ça ?

- Mais, réconforter Sacha et l’encourager pour la deuxième partie, pas toi ?

- Je pense qu’on ferait mieux de le laisser se concentrer sur son match, on le retrouvera à la fin.

- Et elle ?

- Comment ça ?

- Elle, Aurore ! Elle est bien partie le rejoindre ! Laisse-moi y aller !

- Reste là. »

Ondine se figea lorsqu’elle entendit le ton impératif de son ami. Elle se rassit lentement.

« Pourquoi tu ne me laisses pas y aller ?

- La position d’Aurore avec Sacha est assez particulière tu sais. Le début de notre voyage à Sinnoh s’est révélé plus difficile que prévu. Sacha a eu du mal dans certaines arènes, et le parcours de coordinatrice d’Aurore a été bien difficile. Un peu comme Flora à ses débuts, mais elle s’est vite rattrapée. Aurore était encore plus inexpérimentée, et, de plus, elle a joué de malchance. Sans compter que le circuit de Sinnoh semble bien plus disputé que celui d’Hoenn, où Flora s’est facilement imposée, quand on y pense.

- Bref, viens-en au fait ! (Les mains d’Ondine, serrées sur ses genoux, tremblaient légèrement.)

- Ce que je veux dire, c’est que, à Sinnoh, Sacha et Aurore se soutiennent l’un l’autre, et ont l’habitude des mauvaises passes. Le fait qu’elle aille lui donner son ressenti sur sa première partie de match ne pourra que l’aider.

- Qu’est-ce que tu essayes de me dire, Pierre ?

- Ben… dit-il en s’étreignant les bras, car il sentait que son raisonnement resterait bancal sans aller jusqu’au bout. Ce que je veux dire, c’est que si toi tu y vas, hé bien… Tu risques de le déstabiliser, voilà. »

Ondine encaissa le choc. Je le déstabiliserais, moi ? Alors que j’ai joué à l’entraîneur pendant 3 Ligues différentes ? Je ne saurais pas trouver les mots pour l’encourager c’est ça ? Sous prétexte que je suis partie depuis deux ans, je ne pourrais plus soutenir Sacha… Il est simplement en train de me dire que je n’ai plus ma place. Ses yeux s’embuèrent.

Pierre la regarda avec tristesse. J’ai peut-être été trop dur. J’espère qu’elle a compris ce que j’ai voulu lui dire. Vu ses sentiments pour elle, si elle y va, Sacha perdra les pédales, c’est évident. Je préfère qu’elle reste dans les tribunes à l’encourager comme elle sait si bien le faire. Aurore sera plus posée avec lui, enfin j’espère.

Alors qu’ils étaient perdus dans leurs pensées, Aurore avait repris sa place dans les gradins. Déjà ? pensa Pierre, étonné. La jeune fille s’était assise, bras et jambes croisées, regardant le terrain vide. Kiméra n’était pas encore revenue. Pierre se pencha sur son siège, et s’approcha de l’oreille d’Aurore.

« Comment il va ?

- Bien, apparemment, répondit-elle d’un air agacé.

- Tout va bien ?

- Oui, tout va bien. Ne t’inquiète pas. Il ne va pas tarder à revenir, dit Aurore d’un air plus détendu, réalisant le ton de ses dernières paroles. »

Pierre s’enfonça dans son dossier. Est-ce qu’un jour j’arriverai à comprendre quoi que ce soit aux filles ?

 

 

III

 

Kiméra était déjà revenue depuis quelques minutes sur le terrain lorsque la porte des vestiaires du challenger s’ouvrit sur un Sacha plus que jamais déterminé à inverser la tendance. Sa casquette vissée sur la tête, il ne jeta pas un regard vers les tribunes, malgré les cris redoublés d’Aurore et de Tiplouf, les encouragements de Pierre, et le visage plein d’espérance d’Ondine, qui s’attendait à ce qu’il détourne son regard vers elle. Le jeune dresseur se dirigea d’un pas résolu vers son extrémité de terrain, sa poitrine secouée par les chocs irréguliers de son cœur. Je ne dois pas te regarder. Mais toi, j’espère que tu me regardes. Tu verras que Paul t’a raconté n’importe quoi. Je n’ai pas faibli. Je ne m’avouerai pas vaincu devant ce prétentieux imbécile.

L’arbitre officiel fit un pas en avant.

« Le combat pour la Badge Fantôme de l’Arène d’Unionpolis va reprendre. La championne Kiméra mène deux manches à une. Elle va maintenant choisir son Pokémon.

- Je conserve Spectrum. Go ! dit-elle en lançant la Pokéball.

- Allez Mustebouée, dit Sacha entre ses dents. C’est à toi ! »

Sa Pokéball vola à travers la salle, le mécanisme d’ouverture s’actionna et la belette aquatique se matérialisa au centre du terrain. Sacha entendit une exclamation à sa droite.

« Un nouveau Pokémon Eau ! Enfin un bon choix ! »

Il ferma les yeux, résistant à la tentation de se retourner, mi-amusé, mi-énervé par ce sarcasme dont il avait perdu l’habitude. Il parla bas, en direction de son Pokémon.

« Mustebouée, une spécialiste des Pokémon aquatiques te regarde. Alors, montre-lui que tu es le plus fort, pour lui faire rabattre son caquet, d’accord ?

- Muste Mustebouée ! répondit-il avec un sourire malicieux.

- Commencez ! cria l’arbitre en levant ses deux drapeaux à la verticale. »

Mustebouée s’élança à l’assaut de Spectrum, encore mal remis des deux combats qu’il avait précédemment livrés. Sa vitesse de déplacement équivalait presque à celle du fantôme, ce qui lui permettait d’esquiver ses attaques Ball’Ombre. Sa peau humide et constamment recouverte d’une fine pellicule d’eau, Mustebouée était habitué à glisser, la surface du terrain ne le gênait donc pas du tout. A l’aise dans cet environnement, il semblait patiner sur le verre de l’Arène. Spectrum tentait de le suivre, mais il s’épuisa lui-même à force de tourner. Lorsqu’il jugea le moment opportun, Sacha ordonna à son Pokémon d’exécuter un puissant Pistolet à Eau, qui toucha son adversaire entre les deux yeux. Désorienté et épuisé, Spectrum s’effondra.

« Spectrum est incapable de continuer. Mustebouée remporte la manche.

- Bravo Sacha ! cria Aurore.

- Bravo Mustebouée ! cria Ondine. »

Sacha réajusta sa casquette d’un geste sec. Hum, pourquoi j’ai envie d’être vexé là ?

« Oui, bien joué mon jeune ami, dit Kiméra d’un air satisfait. Ton Pokémon a l’air d’être déterminé à gagner. Voyons ce qu’il va faire contre son prochain adversaire. Polichombr, go ! »

Avec un ricanement, le petit Pokémon fit son entrée sur le terrain.

Un Polichombr ? pensa Sacha. Etrange qu’un champion de ce niveau utilise une pré-évolution. Ma main à couper qu’elle possède aussi un Branette. Pourquoi ne l’utilise-t-elle pas ? C’est sans doute un piège, ou alors c’est qu’elle veut me tester. Très bien, voyons ça !

 

***

 

« Alors, qu’est-ce que tu vois ? »

Jessie s’impatientait. Depuis qu’ils avaient changé de point d’observation, elle n’avait plus une vue d’ensemble de l’arène, puisqu’elle se trouvait derrière Miaouss et James, qui s’échangeaient les jumelles. Et s’il y a bien quelque chose dont elle avait horreur, c’était d’être tenue à l’écart de la situation.

« Donne-moi ces jumelles James !

- Chhhht, Jessie, tu vas nous faire tomber, on sera repérés et ce sera foutu pour l’enlèvement ! »

Miaouss marquait un point – chose que jamais Jessie n’avouerait devant qui que ce soit évidemment. Mais leur position précaire, collés à une bouche d’aération en hauteur de l’arène, empêchait les mouvements brusques. Cela dit, c’était la meilleure solution pour échafauder leur plan. Comme le conduit menait directement à l’extérieur du bâtiment, il leur suffisait de jauger la situation, de voir par où sortaient les morveux, de sortir en premier de l’arène, et de passer à l’action par surprise. Avant même qu’ils aient eu le temps de dire un mot, ils utiliseraient l’espèce d’avion miniature donné par Bolly et Charles. Les poils de Miaouss se dressaient encore en se remémorant leurs moqueries concernant leur moyen de transport, la célèbre montgolfière Miaouss, mais il est vrai qu’elle n’était pas très rapide. Enfin, puisqu’on va les doubler comme des amateurs, on peut bien utiliser leur moyen de transport, si ça doit nous assurer le succès.

Miaouss eut un rire mauvais en reportant son attention sur le terrain, donnant au passage un coup de griffe à James qui prenait un peu trop de place. Pendant qu’il gémissait en se couvrant le visage des deux mains, le Pokémon chat suivit des yeux la suite du match. Ce Mustebouée qui leur avait causé tant de soucis ne se débrouillait pas si mal face à Polichombr. Visiblement, il se servait de son flair et de son ouïe pour tenter de repérer les déplacements d’air causés par Polichombr lorsqu’il devenait invisible. C’est lorsque le morveux eut l’idée de faire tournoyer Mustebouée tout en lançant Pistolet à Eau – dans un mouvement que ne renieraient pas certains coordinateurs – que Miaouss dût admettre que leur éternel adversaire avait vraiment progressé. Le mouvement des jumelles suivit la belette aquatique. Polichombr, touché par des gouttelettes de l’attaque précédente, ne parvint pas à maintenir son invisibilité. Lorsqu’il l’eut repéré, Mustebouée enclencha alors son AquaJet, et le percuta de plein fouet.

« Polichombr a été mis hors combat, annonça l’arbitre. Mustebouée remporte la manche ! »

Miaouss se tourna alors ses deux compères.

« Ca fait 3 à 2 pour le morveux maintenant. La fin du match est pour bientôt.

- Alors rends-toi utile : regarde ce que fait la rouquine ou passe-moi ces foutues jumelles ! dit Jessie du fond du conduit d’aération. »

Miaouss l’ignora, mais suivit cependant sa suggestion. Il actionna la molette des jumelles perfectionnées de la Team Rocket et zooma sur Ondine. Il fut étonné du visage inquiet – pour ne pas dire défait – de la morveuse rouquine. Elle semblait nerveuse, tout en étant concentrée sur le match.

« Qu’est-ce qu’il lui prend à celle là ? On dirait que la rouquine va tomber en syncope ! »

 

***

 

« J’ai été très étonnée de la façon par laquelle tu as battu mon Polichombr. C’était very impressive. Tu as su allier à tes techniques de combat d’autres mouvements plus inattendus. Maybe as-tu participé à des concours Pokémon ?

- Non, répondit Sacha d’une voix mal assurée, car il était obligé de sortir de son match. Mais j’en ai vu beaucoup. J’ai eu l’occasion d’apprendre.

- C’était très bien joué en tout cas. Mais pour cette dernière manche, je ne peux plus te laisser l’avantage. Magirêve, en avant ! »

Lorsque l’étrange Pokéball noire et verte – que Pierre identifia rapidement comme étant une Sombreball – s’ouvrit, les rares lumières qui éclairaient l’arène semblèrent à nouveau diminuer de moitié. C’est comme si l’étrange silhouette qui avait fait son apparition sur le terrain absorbait les rayons lumineux. L’atmosphère lugubre du bâtiment se renforça. Seuls quelques points lumineux subsistaient sur les murs, timides échos d’une lumière disparue. Sacha, comme ses trois amis du public, croyait se retrouver seul avec lui-même, seul avec ses doutes. Sans lumière pour le guider et le rassurer, il commença à paniquer.

« Stay cool, Sacha. L’épreuve des ténèbres est réservée à nos concurrents les plus talentueux. Dans le noir, c’est toi qui doit trouver ta propre lumière. Réfléchis, et attaque. »

Réfléchis… Réfléchis… Je sais.

« Mustebouée, reviens ! »

Le rayon rouge rappela la belette dans sa Pokéball.

« Pikachu. »

La souris jaune sauta dans les bras de son dresseur.

« C’est avec toi que ça se joue maintenant. Reste concentré. Nous devons y arriver, tu as compris, n’est-ce pas ? C’est important.

- Pika ! Pikachu-Pi, ajouta la petite souris avec un clin d’œil.

- Mais… Mais pas du tout ! Allez, au combat, ensemble nous y arriverons.

- Pika ! »

Remis de son premier passage sur le terrain, Pikachu s’avança dans la zone enténébrée. Ses joues crépitèrent d’énergie.

« Magirêve, attaque Hypnose !

- Pikachu, utilise Vive-Attaque ! »

Pikachu se précipita dans le noir complet du centre de l’arène. Avec agilité, il ne cessa pas ses mouvements, de sorte que l’Hypnose était inefficace, car il ne prenait pas la peine de regarder son adversaire.

« Magirêve, attaque Vent Mauvais ! »

Oh non. Cette attaque va couvrir tout le terrain et Pikachu ne pourra pas l’éviter. Sauf…

« Pikachu ! Attaque Hâte et arrête toi lorsque tu ne sentiras plus le vent !

- Pikapika ! Pi, pi, pi, pi, pi… »

Chaque pas de Pikachu était marqué par son souffle, alors que le Vent Mauvais lui infligeait de sérieux dégâts. Lorsque, à peu près au centre du terrain, il ne sentit plus les effets du vent, il eut un petit cri de triomphe.

« Pikachu !

- Et maintenant, attaque Tonnerre au-dessus de toi ! 

- Pi-ka-chuuuuuuu ! »

La souris jaune s’était arrêtée juste en-dessous de son adversaire – là où le Vent Mauvais n’avait aucun effet. L’attaque Tonnerre foudroya Magirêve. Mais celui-ci, s’il semblait sérieusement atteint, maintint sa position surélevée, au prix de la fin de son Vent Mauvais, qu’il ne pouvait plus stabiliser.

« Magirêve, attaque avec Ball’Ombre !

- Reprend ta course Pikachu ! Evite ces attaques ! »

Et Pikachu recommença à courir éperdument, à découvert sur ce sombre terrain, alors que Magirêve s’affaiblissait à lancer des boules d’énergie spectrale qui se perdaient dans les ténèbres. 

 

 

***

 

« Tu vas où cette fois ? chuchota Pierre à Ondine, lorsqu’il la sentit se lever dans l’obscurité.

- Le match est sur le point de se terminer. Je vais attendre Sacha à la sortie. Il va gagner, j’en suis sûre. »

Elle avait affiché un sourire de façade, assez éclatant pour que Pierre soit rassuré. Vu l’état de Magirêve, il ne faisait plus aucun doute que Pikachu avait la maîtrise du match. Elle était heureuse de voir les progrès de sa petite souris jaune préférée. Elle le regarda avec tendresse, ressentant la brusque envie de le serrer dans ses bras comme elle le faisait auparavant. Et que personne n’aille lui dire que c’était son moyen à elle d’avoir un contact, même indirect, avec son dresseur. Discrètement, alors que Sacha était encore obnubilé par la fin de son match, elle descendit les marches vers la porte des vestiaires, et attendit.

Qu’est-ce que je peux bien y faire ? Je n’arrive même pas à en vouloir à cette fille. C’est la faute de Daisy. De cette stupide arène où je suis restée. C’est ma faute si j’en suis là.

 

***

 

« Attendez ! La morveuse rouquine se lève ! »

Jessie et James se précipitèrent vers la bouche d’aération pour tenter d’apercevoir ce qui se passe. Miaouss se débattit.

« Bandes d’idiots, vous écrasez Miaaaaaaouss ! Eurk ! »

Le chat fut rejeté dans le conduit, alors que les deux humains se partagèrent les jumelles qu’ils avaient arrachées à leur comparse. Ils suivirent Ondine des yeux, jusqu’à ce qu’elle s’arrête près des vestiaires, et s’adosse à un mur pour guetter la fin du match, jusqu’à ce que l’arrivée de Magirêve empêchât les deux compères de la voir, ayant laissé le modèle infrarouge en sécurité dans leur petit avion. Vu le prix de ces engins, mieux valait ne les utiliser qu’en cas de réel besoin, comme la nuit, qui n’était pas sensée s’inviter dans un match en pleine journée.

« A ton avis, qu’est-ce qu’elle fabrique ?

- Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ? Elle attend que le morveux ait terminé sans doute. Elle a pas l’air très heureuse qu’il gagne en tout cas.

- Oh, oh, de l’eau dans le gaz entre nos deux tourtereaux tu crois ?

- Toi aussi tu te souviens des Iles Orange ? (Ils pouffèrent).

- En tout cas, reprit James, elle est seule, on pourrait peut-être passer à l’action ?

- Oui, depuis le conduit d’aération, tout à fait, et dans le noir en plus. Mon pauvre James, heureusement que je suis là. Non, on attend encore, le match va bien finir par se terminer. Ah, Pikachu va venger la belette débile. Regarde, on peut voir d’ici son Electacle. Il a carbonisé le Magirêve. Attend, il va se relever quand même, oui, non ? »

« Magirêve est incapable de continuer. Pikachu remporte la manche. Le vainqueur du match est Sacha du Bourg Palette ! annonça l’arbitre en levant une dernière fois son drapeau vert. »

Les deux Rocket, lorsque les lumières revinrent, virent Sacha lever les bras au ciel en accueillant un Pikachu sourire aux lèvres. La toute jeune morveuse se précipita sur le terrain pour le féliciter chaleureusement, tandis que le grand dadais était debout et descendait plus tranquillement.

« Attends, James, où est passée la morveuse ?

-Donne-moi ces jumelles, dit-il en lui arrachant l’appareil, qu’il braqua vers la porte des vestiaires. Elle n’est plus là. Attends. »

Il balaya la salle et positionna les deux lunettes assez vite vers la porte d’entrée pour la voir se refermer sur un éclair bleuté fugace, laissé par le passage de la tenue légère de la championne d’Azuria.

« Elle vient de sortir.

- Mais pourquoi ?

- Aucune importance ! cria Miaouss. C’est notre chance, allez, on dégage d’ici ! »

Les deux Rocket se regardèrent et, de concert, opinèrent du chef. Il était temps d’agir.

 

 

***

 

Lorsque l’arbitre annonça que Sacha avait gagné, il eut l’impression qu’un poids immense venait de s’envoler de sa poitrine. Il prit une grande inspiration. Jamais un match d’arène ne lui avait demandé autant d’efforts, et ne lui avait coûté autant de stress. Les larges néons du plafond se rallumèrent immédiatement, inondant la pièce d’une lumière vive. C’était fait. Même s’il ne l’avait pas vu faire, il avait le sentiment d’avoir rabattu le caquet de Paul. Il baissa les yeux, et sourit. Il accueillit avec satisfaction Pikachu qui, une fois de plus, l’avait aidé à gagner. Il se retourna lorsqu’il entendit les pas de course d’Aurore qui venait le féliciter. Comme à leur habitude désormais, ils se tapèrent dans la main, en signe de succès.

« Tu l’as fait Sacha, tu as gagné ! C’était un beau match.

- Merci Aurore.

- Heureusement que nous étions là pour te soutenir avec Tiplouf et Laporeille !

- Oui, Aurore, comme d’habitude. Encore merci, dit-il avec un sourire, avant de se décaler dans la direction de Pierre. »

Son sourire se figea lorsqu’il se retourna enfin vers les tribunes. Où il ne vit que l'aîné du groupe, debout et applaudissant. Ses yeux pivotèrent rapidement à droite et à gauche. Nulle trace d’une quelconque chevelure rousse. J’ai gagné, Ondine. Je n’ai pas faibli, j’ai voulu te montrer quels progrès j’avais faits. Où es-tu passée ?

« Hé oh, ici la Terre ! Sacha, il faut aller chercher ton badge ! dit Aurore en agitant la main devant les yeux de son ami.

-Euh, tu as raison. »

Sacha courut vers Kiméra, qui tenait une petite boîte dans sa main.

« Congratulations, jeune dresseur. Je suis sûre que tu iras loin dans la Ligue Sinnoh. Je suis très heureuse de te remettre le Badge Fantôme, que tu as bien mérité. Voilà bien longtemps que je n’avais pas disputé un tel combat. C’était réjouissant ! A bientôt, Sacha. »

Elle se retourna et quitta les lieux. Pierre avait rejoint le nouveau possesseur du Badge Fantôme.

« Magnifique final Sacha. Ta stratégie avec Magirêve était excellente.

- Où est Ondine ? le coupa-t-il.

- Ondine ? Heu, hé bien elle t’attend à la sortie. Je pense que tu devrais aller la retrouver. Elle avait très envie de te rejoindre à la mi-temps.

- Hé bien ? Pourquoi est-ce qu’elle n’est pas venue ?

- Je… Je pensais que tu aurais besoin de te concentrer… »

Sacha se détourna, n’ayant même pas envie de répondre, et se précipita vers la porte d’entrée de l’Arène d’Unionpolis. Jusqu’ici, et depuis qu’Ondine lui avait raconté sa rencontre avec Paul, il n’avait quasiment plus osé lui adresser la parole. Par crainte d’avoir baissé dans son estime. Par crainte de dire un mot de travers, devant sa meilleure amie qui avait tant changé, et qui avait tout laissé derrière elle pour les rejoindre ici, à Sinnoh. Encore une fois, quel idiot. Et maintenant, elle était partie, parce qu’elle croyait que Sacha préférait être seul à la mi-temps. Je dois la rattraper. Lui dire que si j’ai gagné, c'est parce qu’elle était là.

 

***

 

Ondine avait tourné les talons quelques secondes après la fin de cet interminable match. Sacha avait gagné, comme elle l’avait prévu. Mais elle sentait bien que ce n’était pas grâce à elle. Elle avait blêmi, cachée derrière le coin du mur, en le voyant si heureux de sa victoire, félicité de façon si expansive par Aurore. Elle avait le désagréable sentiment que, contrairement à la ligue Indigo et à la ligue Johto, il n’avait plus besoin d’elle. Bien sûr, il avait passé la ligue Hoenn « tout seul », avec Flora et Max, mais il téléphonait régulièrement, de sorte qu’elle pouvait livrer ses commentaires sur ce qu’elle voyait à la télévision.

Ondine se sentait finalement encore plus seule qu’à Azuria. Mise à l’écart par Pierre. Et Sacha qui ne lui avait quasiment pas adressé la parole depuis son retour. Elle se précipita à l’extérieur de l’arène, refusant de se remettre à pleurer. Ca ne lui ressemblait pas. La gorge nouée, elle courut jusqu’à la rue, où elle fut aveuglée par le soleil. Une fois ses yeux habitués, elle reprit sa route vers le nord. Si Sacha avait gagné, c’était avec les encouragements d’Aurore. Elle avait été trop tétanisée pour ouvrir la bouche pendant tout le match, autrement que pour lui servir ses habituels et injustes reproches. Elle courait, et avait avec elle une étrange impression. Si Sacha a failli perdre, c’est parce que j’étais là.

Par Pikercy - Publié dans : S'avouer vaincu
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Lundi 13 juillet 2009 1 13 /07 /Juil /2009 01:49
 

CHAPITRE 6

 

Afin d’écraser l’amour et la vérité

 

I

 

Elle s’était rarement sentie aussi nerveuse que ce matin. Mais elle le savait très bien, ça ne servait pas à grand-chose de s’inquiéter, ni de se trouver des excuses. Il fallait en passer par là, c’était inévitable. Elle mit la clef dans la serrure, et, avant de tourner et d’abaisser la poignée, elle se retourna, et dévisagea ses sœurs.

« Vous êtes sûres qu’on est prêtes à rouvrir ? demanda Daisy avec inquiétude.

- Bien sûr que non, répondit Lily en haussant les épaules. Mais qu’est-ce que tu veux qu’on fasse d’autre ? Si on ne rouvre pas ce matin, c’en est fini de l’arène d’Azuria ! Il faut qu’on tienne jusqu’à ce qu’on retrouve Ondine, on n’a pas d’autre solution.

- Mais… Mais si l’Inspecteur est là, derrière la porte, et qu’il attend pour combattre contre nous ! On va se faire ridiculiser, on ne pourra garder le titre de championnes, c’est impossible… »

Daisy se lamentait. Bien sûr, c’était elle qui avait reprit en main l’arène lorsqu’Ondine était partie pour son voyage avec Sacha, voilà plus de cinq ans. Mais maintenant, « à cause » de sa petite sœur, Azuria avait acquis une trop grande réputation pour que les trois Sensationnelles puissent tenir la maison. Jamais elle ne l’avouerait – elle avait beau mieux s’entendre avec Ondine, il ne fallait tout de même pas exagérer – mais elle était décidément bien plus forte qu’elles trois réunies. Et maintenant, elles étaient seules toutes les trois, toujours sans nouvelles d’Ondine, et avec une horde de dresseurs impatients d’en découdre à leurs portes. Une dizaine de jours de fermeture en pleine saison du Tournoi, cela ne s’était encore jamais vu. Il doit y avoir une vingtaine d’arènes officielles de la Ligue Indigo dans tout Kanto, mais non, il faut que ce soit ICI que tout le monde se donne rendez-vous. Ils ont besoin de huit badges que je sache, pas de quinze ! Daisy soupira. Si elle voulait pouvoir se consacrer à elle, à ses projets, professionnels et personnels, il fallait en passer par la réouverture de l’arène, prier pour que l’Inspecteur ne se présente pas avant qu’Ondine ne revienne, et espérer le retour de la petite sœur prodige. Pourquoi je ne pourrais pas moi aussi décider, comme ça, de prendre du bon temps sans prévenir personne, hein ? Daisy avait mûri ces derniers mois, au contact d’Ondine. Mais la célébrissime mauvaise foi des Sœurs Sensationnelles ressortait parfois, involontairement. Pourvu qu’elle revienne vite, lorsqu’elle aura fini de batifoler avec son petit copain… Hey ! Attends une minute ! Daisy fit volte-face et s’écria :

« Violette ! Lily ! Vous savez où il est parti Sacha ?

- Sacha ? Le garçon du Bourg Palette ?

- Le petit-mais-pas-vraiment copain de notre petite sœur chérie ? dit Lily en grinçant des dents.

- Oui, Sacha, oui, vous savez où il en est de son voyage ?

- Bah, c’est qu’on ne suit pas vraiment l’actualité des copains d’Ondine tu sais.

- Il était pas à Hoenn à un moment ? Je me souviens qu’Ondine passait son temps devant la télé à ce moment là.

- Oui, mais il l’a perdue la Ligue Hoenn, s’impatienta Daisy. Il a bien dû repartir quelque part ?

- A quoi tu penses, Daisy ? interrogea Violette.

- Je pense, que connaissant un peu notre sœur, pour la faire partir comme ça, sans prévenir, il n’y a pas trente-six solutions. Si elle était partie faire des recherches sur les Pokémon aquatiques, elle nous aurait au moins prévenues. Là, elle se volatilise, et on retrouve en rentrant un tas de lettres raturées adressées à Pikachu et au garçon qui le dresse, à moins que ce soit l’inverse, bref. Là où est Sacha, on trouvera Ondine, j’en suis sûre.

- Elle aurait tout laissé en plan pour le retrouver ? T’es sûre qu’on parle de la même Ondine ? Elle qui nous agresse à chaque fois qu’on fait des sous-entendus quand elle va voir un gars à Azuria ?

- Justement.

- Je pense plutôt qu’Ondine n’est toujours pas assez grande pour s’imaginer dans un vrai rendez-vous.

- Bon, Lily, ça ne coûte rien d’essayer, si ? Ou tu préfères que je te laisse accueillir la quinzaine de dresseurs qui attendent l’ouverture de la porte ce matin ?

- Pfff… soupira sa sœur.

- Attendez. Ondine doit bien avoir le numéro de la mère de Sacha dans ses affaires ? Elle est déjà allée plusieurs fois là-bas non ?

- Oui… Près de trois semaines à attendre patiemment le retour de l’être aimé l’année dernière après la ligue Hoenn, dit Violette en soupirant de lassitude. Comment peut-on être aussi naïve ? Ca me dépasse complètement, rajouta-t-elle pour elle-même en arranger une mèche qui lui dégringolait devant les yeux.

- Bon, il faut qu’on trouve ce numéro. Je vais voir dans sa chambre.

- Mais, et l’arène, on l’ouvre ou pas ?

- Ils ont attendu dix jours, non ? Bah ils pourront bien attendre une demi-heure de plus, dit Daisy d’un ton catégorique. »

Elle retourna la clef dans la porte pour la verrouiller, et se dirigea vers les escaliers qui donnaient dans la zone habitable du bâtiment de l’arène. Elle traversa les couloirs en courant, et arriva devant la porte de la chambre de sa sœur hors d’haleine. Une montée d’adrénaline lui causait un léger mais incontrôlable tremblement. Peut-être ai-je une piste pour retrouver Ondine ! Mais aussi, plus secrètement, et si son hypothèse se révélait juste, la grande sœur qu’elle était se trouvait toute excitée à l’idée que la rouquine puisse enfin tenter quelque chose avec ce garçon imbécile et aveugle dont elle s’était entichée. Elle ouvrit la porte de la chambre toujours entièrement bleue à la volée et ressentit à nouveau la bizarre sensation qu’elle transgressait une loi inviolable. Depuis toutes ces années où elle s’était interdite de pénétrer dans la chambre de sa sœur, voilà qu’elle le faisait pour la deuxième fois en deux jours. Elle se dirigea vers la rangée de documents, placés sur une étagère surplombant le petit bureau. Elle hésita : les feuillets, cahiers et autres dossiers n’étaient pas marqués sur leur tranche. Voilà bien Ondine tiens. Elle tira sur un petit cahier bleu, au hasard, ce qui provoqua la chute de deux autres sur le bureau. Daisy jura une première fois, puis une deuxième lorsqu’elle se rendit compte que ce qu’elle avait dans les mains n’était que des notes sur la manière de nourrir et d’élever correctement les Stari.

Puis elle baissa les yeux sur un des deux cahiers du bureau, qui s’était ouvert dans sa chute sur une page au hasard :

 

que nous sommes arrivés sur le Plateau Indigo, Sacha a l’air nerveux, inquiet, bref, pas dans son état normal. Je t’écris ces quelques lignes sur le bord du lac du plateau. Le soleil perce à peine les quelques nuages. Il doit être quelque chose comme six heures du matin. Peut-être cinq. Je n’arrivais pas à dormir, et puis, ces derniers temps, il est de plus en plus difficile de trouver un moment pour t’écrire. Cette nuit, Sacha s’est levé, et ça m’a réveillé. J’ai le sommeil léger, je ne peux m’empêcher d’être aussi stressée que lui ; je t’ai déjà dit ce que je ressentais…

 

Daisy releva les yeux en plein milieu de la phrase et secoua volontairement la tête de toutes ses forces pour tenter d’effacer ce qu’elle venait de lire. Son premier journal de voyage. La dernière des choses que j’ai le droit de lire ! Elle se faisait honte à elle-même, mais elle semblait contempler son propre corps agir dans un sens contraire à sa volonté. Elle se représenta sa main, comme éthérée, tourner la page du journal, et ses yeux lire les lignes les unes après les autres. Alors qu’elle se répétait et répétait encore qu’elle ne devait pas, elle se rendit compte qu’elle ne comprenait même plus ce qu’elle lisait.

 

… ore une fois je n’ai pas pu faire quoi que ce soit pour l’aider, pour l’encourager. Ce ne devait pourtant pas être si difficile de me lever moi-aussi pour le retrouver au bord du lac ! Il a peur, c’est évident. Je devrais être là pour le rassurer, et la seule chose que j’ai été capable de faire, c’est de détourner les yeux de la porte de notre chambre en train de se fermer. Je ne suis qu’une idiote, une rouquine crétine doublée d’une imbécile… Un jour, je le regretterai et je sais que…

 

« Tu as trouvé les coordonnées de sa mère ? »

Violette, voyant que Daisy tardait à redescendre, avait fait irruption dans la pièce en ouvrant la porte d’un grand geste. Cette dernière eut tellement peur qu’elle fit voler le cahier jusqu’au plafond.

« Mais tu ne peux pas frapper avant d’entrer ?!

- D’entrer où ? Dans la chambre d’Ondine alors que je sais très bien qu’elle n’y est pas ?

- Euh, oui, évidemment, dit comme ça…

- Alors tu as trouvé oui ou non ?

- Oui, oui, j’ai trouvé, grommela la jeune femme blonde en rangeant le journal et en récupérant l’autre document sur la table. »

Elle le prit et sortit de la chambre, suivie de Violette. Elles redescendirent toutes les deux pour retrouver Lily devant le visiophone. Daisy marmonnait en tournant les pages.

« Gnagnagna… Cathy… c’est pas là… Professeur Chen… non plus… Professeur Orme… non plus… JACKY ! Lily, vite, passe-moi une feuille que je note ! »

Elle avait tendu la main sans la regarder. Ne sentant aucune réaction, elle releva les yeux et vit les regards interloqués de ses deux sœurs.

« Hum… Laisse tomber en fait… Heu… Vous vous souvenez comment elle s’appelle la mère de Sacha ?

- Bah, et si tu allais voir directement à « Sacha », il n’a pas de portable que je sache, ça doit donc être le numéro de chez lui.

- Tu as raison. Sacha… Sacha… Ah ! Voil.. »

- Hé ben ? Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Violette. »

Daisy redressa la tête, retenant son rire. Elle baissa le répertoire. Le numéro de Sacha mobilisait une page à lui tout seul. Les chiffres le composant étaient en moyenne 5 fois plus gros que ceux des autres correspondants, étaient stylisés et écrits avec application sur l’ensemble de la page, autour des lettres de son prénom.

« Hé bien, elle risque pas de l’oublier…

- Surtout qu’elle devait sans doute déjà le connaître par cœur lorsqu’elle a réalisé ce… chef-d’œuvre ! »

Lily et Violette éclatèrent de rire.

« Bon, allez, passons l’appel, dit Daisy d’un ton décidé. »

Elle empoigna le combiné du visiophone, composa le numéro et patienta, alors que la mention « Appel Sortant » clignotait sur l’écran. Daisy tapotait l’appareil avec ses doigts en signe d’impatience. Elle n’oubliait pas la horde de dresseurs toujours postée devant l’arène. Soudain, l’écran s’alluma sur le visage d’un Pokémon à tête de clown, ce qui fit sursauter Daisy.

« Mime ? M. Mime ?

- Euh… Bonjour. Serait-il possible de parler à Mme Délia Ketchum s’il vous plaît ?

- Mime ! Mime ! M. Mime ! répondit le Pokémon de son ton enjoué. »

Celui-ci se retourna et poussa son cri une nouvelle fois pour appeler la mère de Sacha.

« Voilà, j’arrive, j’arrive ! »

La voix de Daisy se rapprochait, jusqu’à ce que son visage apparaisse dans le cadre de l’écran.

« Bonjour ! Que puis-je faire pour vous mademoiselle ?

- Bonjour Madame. Hé bien, voilà, je vous appelais pour savoir si vous aviez des informations sur le lieu où se trouverait votre fils Sacha à l’heure actuelle ?

- Sacha ? Mais en quoi est-ce que ça vous concerne ?

- Je m’appelle Daisy, et je suis la grande sœur de son amie Ondine et…

- Oh ! Ondine ! Comment va cette petite chérie ? J’ai appris sa disparition au journal télé, je suis morte d’inquiétude ! Vous avez des nouvelles ?

- Malheureusement non, mais je me disais qu’il y avait une possibilité pour qu’Ondine soit partie retrouver votre fils, mais je ne sais pas où il se trouve actuellement…

- Sacha est à Sinnoh, vous croyez vraiment qu’elle pourrait être allée le rejoindre ?

- A Sinnoh ?! Euh… hé bien, c’est plutôt un long voyage, mais oui, c’est possible, vous savez où exactement ?

- Exactement, non, Sacha ne m’a pas rappelée depuis une semaine, la dernière fois, il était à Verchamps, mais je suis bien incapable de vous dire où il se trouve maintenant.

- Bon, merci tout de même. Au moins on a déjà Sinnoh comme piste... Désolée de vous avoir dérangé Madame.

- Pas de problème. Si vous reprenez contact avec Ondine, dites-lui bien que je suis furieuse qu’elle m’ait autant inquiétée ! Et qu’elle a intérêt à venir me voir lorsqu’elle rentrera à Azuria !

- Oui, Madame, je n’y manquerai pas. Au revoir, termina Daisy dans un sourire, en raccrochant le combiné. »

Une fois l’appareil éteint, elle se retourna vers ses sœurs.

« Hé bien, je ne savais pas qu’Ondine et la mère de Sacha étaient si proches !

- Elle prend ses marques la petite ! s’amusa Violette.

- Quoi qu’il en soit, on a déjà une piste. Il faudra concentrer les recherches sur Sinnoh. Je devrais pouvoir trouver le numéro de Lovis, le champion des Pokémon eau du coin, peut-être qu’il pourra nous aider. En attendant… (elle jeta un coup d’œil à sa montre et son visage se décomposa). Oh là là… Il faut ouvrir l’arène, vite ! »

Les trois Sœurs Sensationnelles se précipitèrent vers la porte, derrière laquelle elles entendaient déjà des cris de protestation. Au moment d’ouvrir en grand les deux battants, elles se regardèrent, et sentirent monter un grand stress, peut-être encore plus grand que dans les loges de leurs spectacles habituellement donnés à guichets fermés.



 

II

 


 

Les bras serrés autour de son sac, Ondine courait sur la rue principale d’Unionpolis, sans prendre garde à ce qui se passait autour d’elle. Elle bouscula trois passants, qui se retournèrent en pestant, peu habitués à voir tant d’impolitesse dans leur paisible ville. Mais elle n’en avait cure. Elle n’avait qu’une seule idée en tête : mettre le plus de distance possible entre elle et cette maudite arène, qui avait vu s’envoler ses espoirs en fumée digne des Pokémon spectres qu’elle abritait. Après la perte de sa propre arène et de ses rêves de gloire, voilà qu’elle venait de réaliser qu’elle devait aussi faire une croix sur… Sur ? Elle eut un petit rire désabusé. Comme Violette te l’a toujours dit. Beaucoup, beaucoup trop naïve… Elle dépassa encore deux pâtés de maison pour retrouver la route principale, qui filait à l’ouest, celle-là même qui l’avait menée dans cette Unionpolis qui portait si mal son nom. Elle revivait en pire ce jour où elle avait compris qu’elle devait rentrer chez elle, et laisser Sacha partir seul à Hoenn. Mais cette fois, elle partait, semble-t-il, définitivement, en laissant sa place à une autre, à la si jolie et si gentille Aurore. Celle qu’elle n’avait pas su être pendant trois ans. Malgré sa volonté de ne pas craquer – je ne le mérite même pas – quelques larmes lui échappèrent, et s’évaporèrent bien vite sur le sol sec des premiers jours d’été.

 

***

 

Jason sirotait paisiblement un jus de fruit, alors que le soleil tapait dur dans le ciel de Sinnoh. Il attendait avec délice que les heures douces du soir arrivent, pour pouvoir se rendre aux fêtes du marché d’Unionpolis avec Lixy, qui dormait paisiblement sous les fraîches frondaisons des arbres bordant sa maison. Quel plaisir que la retraite ! La Sylphe SARL et ses journées harassantes, toujours sur la brèche, étaient bien loin. Il ne pouvait pas imaginer autre attitude qu’un sourire béat devant une telle journée. Il continuait de regarder les passants, son plaisir favori. Son œil fut attiré une nouvelle fois par une belle et éclatante chevelure rousse, qu’il jurait avoir déjà vue plus tôt.

Il plissa les yeux, et reconnut effectivement la jeune fille qui était si énervée ce matin. Mais ses longs cheveux ne lui tombaient plus sur les épaules, elle les avait attachés en une queue de cheval qui pendait malicieusement sur le côté. Sa tête était basse, et ses mèches rousses lui couvraient les yeux. Sa démarche était lasse, et elle refusait de relever la tête pour regarder devant elle. Visiblement, son séjour à Unionpolis ne fut pas très heureux. Jason eut une pensée triste, en agitant dans son verre le liquide couleur pêche. Personne ne devrait faire de peine à une jeune fille comme elle.

Alors qu’il rêvassait en la regardant s’éloigner, il s’étrangla dans son jus de fruit, saisi par l’impression soudaine qu’il n’avait pas vu cette jeune fille seulement le matin même. Il ne prit pas le temps d’essuyer les gouttes qui s’agrippaient dans sa barbe, et se précipita à l’intérieur de sa maison. Lixy, ayant entendu son dresseur se lever précipitamment, ouvrit un œil, s’étira et le rejoignit.

Si le vieil homme avait attendu quelques minutes de plus pour se ruer chez lui, il aurait sans doute remarqué l’étrange manège de deux groupes qui suivaient, à quelques dizaines de mètres de distance, la trace de la demoiselle aux cheveux de feu.

 

 

***

 

Jessie, James, et Miaouss, s’efforçaient de rester discrets, alors que la morveuse se dirigeait, sans s’arrêter ni se retourner, vers le Mont Couronné. Voilà quelques dix minutes qu’ils avaient dépassé les faubourgs d’Unionpolis.

« Jessie, qu’est-ce qu’on attend pour passer à l’action ? lança James.

-Quelle soit seule sur la route ! Qu’on ait vraiment quitté les environs de cette ville pour éviter de se faire pincer par ces idiots de Bolly et Charles. Et tais-toi donc, tu vas finir par nous faire repérer !

-Détends-toi Jessie, intervint Miaouss, j’ai l’impression qu’on pourrait hurler à tue-tête qu’elle ne nous entendrait pas. Je ne sais pas à quoi elle pense ni ce qu’il s’est vraiment passé dans l’arène, mais elle a l’air d’être sacrément secouée la petite !

-Même si j’en ai absolument rien à carrer, il faut avouer que sa petite baisse de moral peut nous aider à la capturer ! se réjouit Jessie. Allons, on arrive là on a posé notre avion. Passons le chercher et on pourra l’intercepter sur le chemin.

-Voilà quelque chose qui me plaît, approuva Miaouss ! »

Et les trois tristes compères disparurent dans les fourrés, ravis de pouvoir à nouveau entrer en scène.

 

***

« Alors, tu les vois ?

-Une seconde Bolly, tu ne vas pas me poser la question tous les dix pas… »

Bolly leva – une énième fois – les yeux au ciel devant l’air mi-blasé, mi-agacé de son partenaire, qui commençait sérieusement à lui courir sur les nerfs. Charles gardait les yeux rivés sur l’écran de sa montre ultra-perfectionnée, aux couleurs de la Team Rocket, le genre d’instruments uniquement réservé aux quinze premières unités de terrain. Le genre de ceux que Jessie, James et Miaouss ne pourront jamais voir qu’en vitrine. L’écran de l’appareil faisait figurer un radar, qui affichait le déplacement précis de leurs trois « collègues », qui voulaient de toute évidence les doubler, en ne suivant pas le plan initial. Une erreur grossière – une de plus – qui allait cette fois leur coûter cher. Evidemment, ces trois imbéciles avaient oublié que leurs uniformes, comme tous ceux des agents de terrain de la Team Rocket, étaient pourvus d’émetteurs. Il avait suffi à Charles de configurer son radar selon les anciennes fréquences de localisation (Jessie et James portaient encore l’uniforme ringard d’il y a six ans déjà) pour pouvoir découvrir qu’ils ne se dirigeaient pas du tout vers le sud, où il devait les attendre avec sa coéquipière pour récupérer la cargaison.

Il semblerait donc qu’il y ait quelques changements dans le déroulement de la mission. Ce n’était pas pour lui déplaire.

 

***

 

Jason cherchait frénétiquement dans la pile de journaux qui s’entassaient dans son salon. Plus il y repensait, plus il était certain d’avoir vu cette fille quelque part. D’avoir vu cette queue de cheval quelque part. L’image lui tournait encore et encore dans la tête sans qu’il puisse parvenir à la fixer définitivement avec un nom, et avec un contexte précis qui lui échappait. C’était important, il en était convaincu. Il jetait les journaux déjà datés les uns après les autres derrière lui, notamment les nombreux exemplaires du Sinnoh du Jour, le quotidien populaire de la région. Daté d’hier – « Soupçons de malversations autour du casino de Voilaroc » ; daté d’avant-hier – « ‘Oui, je crois au Grand Festival’ : Kenny de Bonaugure face aux lecteurs » ; daté d’il y a trois jours – « La réfection de l’arène de Verchamps en bonne voie : Lovis en chef de chantier ! ».

« Non, non, non, ce n’est pas ça, mais où ai-je bien pu voir cette fille ? »

Il envoya en l’air encore quatre journaux, avant de changer de pile. Visiblement, ce n’était pas dans les quotidiens. Sa retraite lui permettait enfin de s’informer à sa guise, et il ne comptait plus ses abonnements aux différents journaux de la région. Il empoigna un exemplaire du SinnoHebdo, et, à la vue de la couverture, son cœur fit un bond dans sa poitrine. « Kanto : La Ligue Indigo suspend l’arène d’Azuria à titre provisoire. »

« Voilà ! C’est elle ! Ondine d’Azuria ! »

Sous le gros titre était placée une large photo de la jeune fille souriante, reconnaissable à sa coiffure si particulière, et portée disparue depuis presque deux semaines. Jason parcourut à nouveau rapidement l’article des yeux, qu’il avait distraitement mis dans un coin de sa tête à la première lecture. Maintenant qu’il était établi à Unionpolis, les affaires de Kanto ou des autres régions ne le concernaient plus. Dans le corps de l’article, un encadré attira son attention : « Sa sœur Daisy lance un appel à témoins ». Daisy, revenue s’occuper de l’arène, attendait visiblement avec impatience des nouvelles de sa sœur. Et, si habitué à déchiffrer les humeurs des passants, Jason était convaincu qu’Ondine avait des problèmes. Elle doit n’avoir qu’une envie, c’est retrouver sa sœur. Sans compter qu’elle doit être morte d’inquiétude là-bas à Azuria. Il descendit à la fin de l’article, et trouva ce qu’il espérait trouver : le numéro de téléphone de l’arène. Sans attendre plus longtemps, il empoigna son téléphone et composa le numéro, en n’oubliant pas l’indicatif de Kanto. Peu importe de payer un peu plus le téléphone, quand quelqu’un loin de chez lui a visiblement besoin d’aide !

 

***

 

Ondine restait perdue dans ses pensées. Lorsqu’elle était rentrée à Azuria la première fois, après ses premiers adieux à Sacha, elle avait mis près de trois semaines à pouvoir mettre le nez hors de sa chambre. Heureusement que la saison de la Ligue Indigo venait de se terminer, et que toutes les arènes étaient alors fermées pour un mois. Mais les nuages sombres de la solitude menaçaient à nouveau sa tête. Elle serrait les bras autour de son ventre, regrettant amèrement son Togepi. Toute l’affection qu’elle avait perdue lui arracha – contre son gré – des sanglots. Et elle n’avait plus son Azurill, avec qui elle aurait pu partager sa peine, depuis que…

Ses pensées furent interrompues par une explosion sur la route devant elle, alors qu’elle s’enfonçait dans la forêt, avant de revenir au passage aménagé sous le Mont Couronné. Une épaisse fumée grisâtre montait du lieu de l’explosion, dont le souffle l’avait projetée à terre. Elle toussait, cherchant à reprendre son souffle, et surtout à comprendre ce qu’il venait de se passer. Loin dans sa tête, un sourd et familier pressentiment commençait à poindre. Il se confirma rapidement lorsqu’elle entendit trois rires déments percer le rideau grisâtre. Et alors que trois silhouettes se dessinaient à travers les volutes, la fumée sembla se déchirer sur une part de son passé qu’elle aurait préféré oublier.

« Sont-ce les pleurs d’une ancienne morveuse que j’entends ? commença Jessie.

-Bien sûr, c’est elle ! Et ça faisait longtemps ! reprit James.

-Dans le vent !

-Sur l’océan !

-C’est délirant ! intervint Miaouss

-Partout où nous allons nous semons le chaos !

-Comme dans ma chambre, ou dans mon bureau ! (James s’interrompit et chuchota à Jessie :) Je me demande si je n’ai pas fait une erreur en choisissant cette réplique ?

-Grr… Il est vrai que nous sommes beaux et charmants, reprit-elle en donnant un grand coup sur la tête de son partenaire.

-Hem… Mais tout comme les roses, nous avons des piquants ! dit celui-ci en se relevant.

-Jessie !

-James !

-Et Miaouss, nous sommes toujours trois !

-Quant à ceux qui pensent pouvoir faire face…

-La Team Rocket les terrasse ! finirent-ils en chœur. »

La fumée s’était maintenant totalement dissipée, et Ondine pouvait clairement voir que les trois voleurs n’avaient pas du tout changé depuis qu’elle avait abandonné son voyage. Même tenue ridicule, mêmes rires arrogants, même suffisance hautaine. Elle redressa la tête.

« Vous n’avez pas encore été virés vous trois ?

-Hahaha, dit Jessie avec un rire aigu. Je ne suis pas sûr que tu sois en position pour faire des sarcasmes, morveuse !

-Et quand nous t’aurons ramenée à Kanto, bien ficelée pour le Boss, nous allons plutôt avoir une jolie promotion ! se réjouit James.

-Me ramener ? Moi ? Mais… pourquoi ?

-Tu poses trop de questions, morveuse ! cria Miaouss, toutes griffes dehors, s’efforçant de se donner un air menaçant.

-Et tu n’as plus ton petit copain avec toi pour te protéger ! dit Jessie d’un air triomphant. »

Ondine serra les dents à se faire mal. La veine de son cou avait triplé de volume.

« Redis ça encore une fois, la mocheté ?

-La mocheté ?! hurla Jessie. Comment oses-tu, espèce d’avorton rouquine ? »

Jessie était sur le point de se précipiter au contact, avant d’être retenue par James et Miaouss.

« Allez, Jessie, garde ton calme !

-Elle va voir cette sale morveuse ! Seviper, en avant ! »

Elle jeta de toutes ses forces sa Pokéball qui s’ouvrit en rencontrant le sol. Le mystérieux serpent se matérialisa sur le sol, ouvrant grand la gueule pour découvrir ses deux longs crocs luisant de poison.

« Vortente, à l’attaque ! »

James fit de même avec sa propre Pokéball, et, comme d’habitude, se dépêtra de son Pokémon qui s’était retourné pour lui démontrer son affection. Ondine soupira. Toujours aussi pathétiques…

« Vous semblez oublier que vous n’affrontez plus la petite Ondine de Kanto ou de Johto, mais la championne d’arène d’Azuria ! Marill, je compte sur toi ! »

Elle alla chercher sa Pokéball dans son sac, et la lança, pour faire intervenir son nouveau Pokémon. Voilà pourquoi elle ne pouvait plus porter Azurill dans ses bras. Contrairement à Togepi, il avait évolué très rapidement, elle avait dû lui trouver un Pokéball : il n’aurait pas pu se percher sur ses épaules continuellement surtout, elle l’espérait, s’il devait bientôt devenir un Azumarill. La petite souris bleue se positionna sur le terrain, volontaire pour le combat.

« Maaaaaaaarill ! »

Jessie partit d’un rire tonitruant, qu’elle affectionnait pour impressionner ses adversaires.

« Parce que tu crois que c’est avec cette bestiole ridicule que tu vas pouvoir nous battre ? T’es sûre que tu n’es pas plutôt une championne de l’humour ?

-Cause toujours, ma grande, répondit Ondine avec un petit sourire, qui eut le don d’énerver encore plus Jessie.

-Grr… Seviper, apprends-lui la politesse ! Attaque Queue-Poison ! »

Le serpent se précipita sur Marill, sa queue acérée luisant d’une aura violacée. Marill esquiva facilement, d’un petit saut sur le côté. Ondine avait un air satisfait et un sourire féroce.

« Marill, riposte avec Bulles d’Eau ! »

Son Pokémon poussa un cri, inspira et relâcha une multitude de bulles en suspension qui éclatèrent au contact de Seviper, qui gémit, aveuglé.

« Vortente ! Va l’aider avec Ball’Graines ! commanda James. »

Le grand Pokémon Plante ouvrit sa large gueule et largua une série de graines qui explosèrent au sol tout autour de Marill, qui ne put esquiver l’attaque.

« Marill ! Projette-toi sur Vortente avec l’aide de ta queue ! Attaque Koud’Krane ! »

Le Pokémon aquatique obéit au doigt et à l’œil à sa dresseuse. Sa queue en ressort lui permit de prendre une large impulsion au sol, et de se lancer à la vitesse de l’éclair sur la grande plante dégingandée. Vortente fut frappé de plein fouet, et tituba en direction des trois Rocket.

« Marill, je te propose de conclure avec ton plus beau Pistolet à Eau !

-Maaarill, maaarill ! »

Un puissant jet d’eau frappa Seviper encore sonné, et celui-ci fut entraîné avec Vortente. Les deux Pokémon, comme ils en avaient l’habitude, finirent assommés contre un arbre adjacent. Catastrophé, James rappela Vortente.

« Encore perdu… chuchota-t-il avec dépit. »

Jessie rappela elle aussi son Pokémon, mais contrairement à son coéquipier, son regard flamboyant de rage. A elle toute seule, la morveuse prétentieuse avait réussi à les battre, et aboutir au même résultat que les trois autres imbéciles réunis. Cela ne pouvait se passer comme ça. Leur plan allait marcher, même si elle devait user de toutes les possibilités, même si elle devait envoyer Miaouss au combat ! Cette fois, ils ne seraient pas mis à l’écart. Pas avant d’avoir usé toutes leurs cartes.

Jessie fit passer sa main dans son dos, à la recherche de sa discrète ceinture de Pokéball. Lorsqu’elle mit la main sur celle qu’elle cherchait, elle la mit devant ses yeux, et la regarda d’un air mauvais. Cette fois, tu vas voir, sale morveuse. Je te réserve une petite surprise spéciale de la Team Rocket.

« Tu crois peut-être que tu as gagné, la rouquine ? Mais le combat n’est pas fini ! Yanmega, à l’attaque ! cria-t-elle. »

Ondine s’arrêta, interloquée par le nom de ce Pokémon qu’elle ne connaissait pas. Elle suivit des yeux le trajet de la Pokéball que Jessie avait lancée bien en hauteur. Arrivée en haut de sa trajectoire en parabole, le mécanisme de l’objet se déclencha et, dans un éclair blanc, le Pokémon se matérialisa près des branches des arbres secouées par le vent.

Lorsqu’elle vit cette immonde et gigantesque libellule, Ondine en eut le souffle coupé. Ses yeux émeraude s’agrandirent d’horreur. Une douleur lancinante lui vrillait le dos. Ce fut comme si sa colonne vertébrale s’était brisée en plusieurs endroits, en partant du bas pour remonter jusqu’à sa nuque, où la base de ses cheveux se hérissait déjà de terreur. Puis, un frisson glacé lui parcourut l’échine en sens inverse, depuis sa nuque jusqu’à ses pieds. Secouée par ce premier frisson, elle ne put réprimer ses tremblements. Ses dents blanches s’entrechoquaient maintenant. Seule sa main droite ne tremblait pas, crispée sur la Pokéball de Marill, ses jointures blanches sous la pression. Sur le moment, elle oublia tout. La Team Rocket, l’arène, ses sœurs, ses Pokémon, Aurore, Pierre, Sacha, les arbres, le vent, Unionpolis. Il n’y eut plus qu’elle et ces deux yeux globuleux qui la fixaient. Ces quatre ailes qui s’agitaient frénétiquement pour maintenir le corps de l’insecte géant en suspension, provoquant un vrombissement qui la pénétrait par tous les pores de sa peau et lui retournait, lui pressurait l’estomac. Elle s’oublia elle-même, fascinée et terrorisée par la vue de ce Pokémon qu’elle aurait préféré ne jamais connaître.

Sa peur viscérale des insectes envahissait tout, oblitérait complètement la réalité du monde. Elle ne pouvait pas bouger, elle ne pouvait pas courir en tous sens en agitant les bras pour se protéger, comme elle avait l’habitude de faire chaque fois qu’elle s’imaginait avoir entendu un bruissement d’ailes de Dardargnan. Elle ne s’était pas évanouie, mais c’était tout comme. Elle semblait déconnectée de la réalité. Toujours éveillée, elle était passée dans un état de semi-léthargie, incapable de lutter contre la peur qui lui dévorait les boyaux. Elle n’entendait plus les cris de triomphe de Jessie qui imaginait déjà trôner aux côtés du Boss lors des réunions plénières de la Team Rocket, elle n’entendait plus les rires de Miaouss, elle n’entendait plus les petits cris de Marill se demandant quoi faire alors que Yanmega volait, menaçant, autour de lui. Sa bouche entr’ouverte dans un « Oh… » qu’elle ne prononça pas, elle ne se rendit pas compte qu’elle était tombée à genoux. Seul restaient présents dans son esprit les deux yeux immenses de la libellule, et le vrombissement de ses ailes. Ses yeux restaient ouverts, mais elle ne vit pas Marill être percuté par une Vive-Attaque de son adversaire. Elle ne l’entendit pas crier en attente d’un ordre, avant d’être interrompu, soufflé par un Vent Argenté dévastateur.

C’est lorsqu’elle sentit qu’on la soulevait du sol que le barrage intérieur qui avait contenu l’expression physique de sa terreur lâcha. Ce fut comme des digues fragiles qui cédèrent sous la pression d’une mer implacable. Toutes ses résistances furent vaincues. Elle ferma les yeux et sombra dans le néant, entendant toujours, au loin, le bruit sourd du battement de quatre ailes terrifiantes.

 

 

III

 

« Le combat pour l’obtention du Badge Cascade d’Azuria va pouvoir commencer. Il opposera Peter de Céladopole à la championne Daisy. Chaque dresseur a droit à deux Pokémon. Seul le challenger peut changer de Pokémon au cours du match, et c’est à la championne de commencer. Vous êtes prêts ? Commencez ! »

L’arbitre officiel de la Ligue Indigo leva à la verticale ses deux drapeaux, et Daisy lança pour la septième fois aujourd’hui la Pokéball d’Hypotrempe dans l’eau de l’immense bassin de l’Arène d’Azuria. Son adversaire appela sur le terrain un Boustiflor. Vu l’état de fatigue d’Hypotrempe, Daisy voyait ce combat mal engagé. Elle n’avait eu que le temps de passer au Centre Pokémon pour qu’il bénéficie d’une remise en forme rapide, à l’heure du déjeuner. Heureusement, Poissoroy et Ptitard étaient en meilleure forme, mais elle préférait les utiliser à fond pendant la session de l’après-midi, qui venait de commencer. Promis Hypotrempe, c’est le dernier match pour toi aujourd’hui !

Dans les tribunes, remplies comme rarement pour des matchs d’arène (près du tiers des sièges étaient occupés), les autres dresseurs attendaient leur tour. Violette et Lily étaient assises sur une rangée près du bassin, mais elles ne regardaient pas le match. Elles étaient bien trop occupées à scruter attentivement les visages de toutes les personnes présentes dans le public, en essayant de trouver qui pourrait ressembler le plus à un Inspecteur de la Ligue Pokémon. Même si, pour le coup, elles étaient distraites par le challenger actuel. Il vient de Céladopole ! pensait Violette affolée. Tout comme l’inspectrice Jenny qui est venue hier. Si ça se trouve, c’est lui l’inspecteur, et on ne s’en est même pas rendues compte. Oh là là… Lily tournait et retournait le problème dans sa tête. Non, ce n’est pas possible, il est trop jeune pour un inspecteur. A quel âge c’est le recrutement ? Les Inspecteurs ont tous plus de trente ans non ? Lui il a quoi ? Vingt ? Vingt-deux ? Oh, je ne sais pas…

Le problème restait insoluble, et Hypotrempe venait d’être contraint de déclarer forfait, abattu par une attaque Tranch’Herbes fulgurante. Ce sera une nouvelle défaite pour Daisy, qui devait en être à 4 sur ses sept matchs. Plutôt un bon score pour quelqu’un qui vient de reprendre la compétition. Il ne restait plus qu’à espérer que parmi celles-ci ne se trouvait pas l’Inspecteur de la Ligue Indigo…

 

***

 

Pour une fois, la Team Rocket était fière. Jessie rayonnait en ouvrant la marche, la Pokéball de Marill dans la main. La ridicule souris bleue, apeurée et affaiblie, n’avait fait aucune difficulté pour la réintégrer. James portait Ondine, toujours évanouie, sur son dos. Il avait éternué plus d’une fois, les longues mèches rousses lui chatouillant le nez régulièrement. Miaouss l’aidait, à sa façon, en soutenant les pieds de la morveuse, tout en trottinant derrière. Jessie partit de son rire désormais célèbre.

« Quand je repense à cette idiote lorsqu’elle a vu Yanmega ! Elle est devenue plus blanche que le Boss lorsqu’on lui a donné notre dernière facture d’équipement ! Si j’avais su que Yanmega pouvait faire cet effet là, je l’aurais utilisé plus souvent. (Elle embrassa la Pokéball du concerné.) Aah, tu es le meilleur, mon petit Yanmega !

-Euh Jessie, tu ne crois pas que c’est tout simplement que la morveuse à la trouille des insectes ?

-Pardon ?

-Mais oui, tu ne te souviens pas quand on les a rencontrés dans la Forêt de Jade, déjà elle hurlait quand un Chenipan s’approchait d’elle.

-Peut-être. Mais c’est surtout grâce à mon incroyable talent de dresseuse et de chef de groupe que nous avons enfin réussi une mission ! A moi l’augmentation !

-C’est beau de rêver… souffla Miaouss dans ses moustaches. »

Le groupe continuait de progresser dans la forêt, jusqu’à atteindre leur avion miniature, qui leur servirait à rejoindre la première base de la Team Rocket à Kanto, une fois qu’ils auraient traversé la Mer Septentrionale, qui séparait Sinnoh de leur continent de départ. A sa vue, ils coururent. Ondine, ballottée en tous sens sur le dos de James, ne réagit pas.

Ils arrivèrent au pied de l’appareil. Ils se regardèrent et, sous le relâchement de la tension, ils éclatèrent de rire. Enfin une mission accomplie ! Le Boss allait les couvrir de félicitations ! Et cette fois, ce n’était pas seulement dans leurs rêves avant de passer à l’action : la mission était terminée, et il ne leur restait plus qu’à rentrer tranquillement !

« Bon, ne perdons plus de temps, annonça Miaouss. Sortez la corde, il faut attacher la rouquine histoire qu’elle ne nous gêne pas quand elle se réveillera. Et j’ai aucune envie de la voir gémir le nom de son petit copain en s’imaginant qu’il viendra la sauver, on n’est pas à Lovdisc, mon amour ici ! »

Les deux humains suivirent le conseil de leur Pokémon d’ami. James déposa Ondine sur le sol herbeux de la forêt d’Unionpolis, tandis que Jessie sortait la corde de la soute de l’avion. Ils ligotèrent Ondine solidement, et la bâillonnèrent : ils avaient déjà eu assez affaire à son caractère tempétueux pour prendre désormais leurs précautions.

« Dis-donc, elle a pas grandi depuis la dernière fois ? dit James en essayant de faire un nœud correct autour des fins poignets de la dresseuse.

-On se passera de tes commentaires, James, répondit Jessie entre ses dents, alors qu’elle attachait le bâillon autour du coup de la rouquine. »

Le travail était terminé. Ils se redressèrent, satisfaits. Ondine n’avait toujours pas émergé. Le choc était plus rude que ne le pensaient les Rocket, qui oublièrent bien vite ce menu problème.

« Quand je pense à la tête que vous faire ces idiots de Bolly et Charles quand ils verront qu’on les a grillés ! dit Jessie, ravie.

-Ca vous dirait pas d’échanger votre numéro 25 contre un numéro 10 ? dit Miaouss, mort de rire.

-Comme quoi, on a beau se penser plus intelligent que les autres… renchérit James.

-… on reste tout de même parmi les cons, c’est ça ? intervint une voix grave, derrière eux. »

Jessie, James, et Miaouss glapirent, et se retournèrent. Charles et Bolly, les bras croisés, les regardaient d’un air dépitié. Celui-ci releva son chapeau du pouce et balaya la scène d’un œil las.

« En fait, vous êtes bien plus pathétiques que ce qu’on dit…

-Ca veut dire quoi ça, Monsieur je-sais-tout ? cracha Jessie.

-Mais, mais… Comment vous nous avez retrouvés ?

-Vous êtes sûrs que la seule chose que vous avez été capables de voler dans votre carrière, c’est pas votre qualification d’agents de la Team Rocket ? demanda Bolly. On le sait tous, sauf vous apparemment : toutes les combinaisons sont équipés d’émetteurs devant permettre à vos coéquipiers de vous retrouver. Après il suffit d’être un peu plus doués que la moyenne pour pouvoir retrouver aussi les autres membres…

-Sans parler de l’avion, ajouta Charles. Vous pensez bien qu’on ne le laisserait pas derrière nous sans un minimum d’assurances, tout de même ?

-On se doutait bien que vous alliez nous faire un coup dans ce genre. Ca vous ressemblait trop en fait.

-Donc maintenant, reprit Charles, vous allez bien gentiment nous laisser repartir avec l’avion, la jeune fille, ses Pokémon. Et nous, nous ne parlerons pas de votre insubordination à la hiérarchie, ça vous convient ?

-Tu vas voir, ce qui nous convient ! cria Jessie. Je vais te faire bouffer ton chapeau ! Yanmega, à l’attaque ! 

-Jessie… gémit James, qui se prenait la tête dans les mains. »

Mais elle avait déjà lancé sa Pokéball, qui avait libéré la libellule géante, fraîche et dispose, puisqu’elle n’avait presque pas eu à combattre. Charles retira son chapeau, laissa apparaître son crâne parfaitement lisse. Ses deux yeux bleus fixèrent Jessie.

« Qu’il est regrettable d’en arriver à des extrémités pareilles… Tartard, j’ai besoin de toi !

-Démolosse, sort de ton trou ! cria Bolly. »

Les deux Pokémon firent leur apparition pour faire face au Yanmega de Jessie. Cette dernière, survoltée, se tourna vers James.

« Qu’est-ce que tu attends ? Viens m’aider et vite, qu’on leur flanque une bonne leçon !

-Mais Jessie… On va se faire atomiser, tu le sais bien…

-Arrête de jouer les pisseurs James ! »

Jessie était dans une rage folle, elle semblait avoir perdu complètement ses nerfs. Charles haussa un sourcil en regardant sa partenaire.

« Je suggère que nous ne prenions pas plus de notre temps pour régler cette affaire.

-Tu as raison, Charles. Démolosse ? »

Le chien de ténèbres grogna son approbation.

« Tartard ?

-Tartard ! répondit-il. »

Dans un même mouvement, et sans que leurs dresseurs n’aient eu besoin de leur donner un ordre oral, deux attaques Déflagration et Hydrocanon furent lancées sur Yanmega, qui, malgré sa vitesse, ne put esquiver. Projeté contre Jessie, ils culbutèrent contre leurs partenaires James et Miaouss, avant de décoller au-delà des arbres. Ils eurent tout de même le réflexe de crier :

« Une fois de plus la Team Rocket s’env… »

Avant d’être interrompus par une branche qui stoppa net leur course. Ils s’affalèrent au sol, quelque part dans la forêt, ne désirant qu’une chose : rester là, couverts de honte, et se faire oublier, si cela était encore possible.

 

***

 

« Tiens, tu as gagné le Badge Cascade. Félicitations. »

Daisy avait terminé sa phrase dans un souffle, totalement épuisée. Le jeune dresseur récupéra le précieux sésame bleu et, le visage rayonnant, il sortit en courant de l’enceinte de l’arène. Violette se tourna vers le groupe d’une dizaine de personnes qui attendaient leur tour.

« Nous sommes désolées. Mais il est l’heure de fermer l’arène pour aujourd’hui. Nous vous demandons de bien vouloir revenir demain matin. Nous allons vous donner des certificats de présence, afin que vous soyez prioritaires. Bonne soirée. »

Une fois les billets remis aux dresseurs, ceux-ci quittèrent les lieux en maugréant. Lily ferma la porta en soupirant de soulagement, tandis que Daisy s’effondrait sur la première chaise qu’elle put trouver.

« Lily, il faudrait que tu ailles porter tous les Pokémon au Centre ce soir. Ils ont besoin d’un long repos avant demain, et moi aussi je crois… dit-elle en basculant sa tête en arrière. »

Une vingtaine de matchs dans la même journée, c’était un rythme inhumain, autant pour elle que pour ses Pokémon – si le qualificatif d’inhumain pouvait s’appliquer à ces derniers.

« Je crois que je vais aller me coucher tout de suite. J’ai besoin de repos. »

Elle se leva péniblement, et prit l’escalier qui menait à l’aile habitable du bâtiment. Lorsqu’elle arriva dans le couloir, son regard fut attiré par le clignotant rouge du visiophone, signalant des messages en attente. Avec un bâillement, elle appuya sur le bouton de lecture. Une voix pré-enregistrée lui répondit.

« Vous avez deux nouveaux messages… Message 1, aujourd’hui à 10h23 :

            Bonjour Mademoiselle Williams. C’est David Léonard à l’appareil, de l’administration de la Ligue Indigo. Je viens d’apprendre que l’arène d’Azuria était ouverte ce matin. Vous m’en voyez ravi. Je vous remercie de votre rapidité, je ne doute pas que de nombreux dresseurs seront heureux d’apprendre cette réouverture. Quant à vous et à l’arène, je pense que nos petites affaires administratives seront réglées dans les prochains jours. Au revoir Mademoiselle. Biiiip. »

Daisy était dépitée. Super… Ca veut dire que la venue de l’inspecteur est pour dans quelques jours. Après-demain en gros. Trois jours avec de la chance… Encore trois jours de stress en somme…

« Message 2, aujourd’hui à 12h57 :

            Heu… Bonjour Mademoiselle. Je vous appelle car j’ai eu votre numéro dans un journal. J’espère que je suis au bon endroit, je cherche à joindre une des sœurs de la prénommée Ondine d’Azuria, celle qui a disparue. Je suis persuadé l’avoir vue pas plus tard qu’il y a cinq minutes passer devant chez moi. J’espérais vous avoir directement au téléphone, mais visiblement, ce n’est pas le cas. Je me nomme Jason, et je réside à Unionpolis, dans la région Sinnoh. Mes coordonnées sont le 2244-570912-07. Je suis à votre disposition. Biiiip. »

Daisy s’était déjà précipitée à la recherche d’un papier pour noter le numéro du vieil homme qui avait laissé ce message. Elle n’avait plus du tout envie de dormir.

 

***

 

Charles remit son chapeau sur sa tête, et l’ajusta des deux mains.

« Bon débarras. »

Maintenant que la pitoyable unité 25 n’était plus dans ses pattes, il allait pouvoir continuer sa mission en paix. Il s’agenouilla aux côtés d’Ondine, qui avait basculé sur le côté, toujours fermement attachée par la corde, et toujours inconsciente. Il saisit son sac, le fouilla et, visiblement déçu, le jeta négligemment un peu plus loin. Il ne contenait que les Pokéball de la fille et rien d’autre d’intéressant. Il reporta son attention sur le visage de la jeune fille, toujours crispé de terreur. Il lui prit la main, et tâta son pouls. Sa respiration et ses battements de cœur semblaient s’apaiser. Elle n’allait sans doute pas tarder à reprendre conscience. Il reposa doucement sa main légère, en imprimant une légère carasse à la base de son poignet, profitant au passage de sa peau douce. Il examina son visage juvénile, et lui dégagea avec douceur une mèche de ses cheveux qui passait devant ses yeux.

« Charles ! cria Bolly, qui s’affairait auprès de l’avion. Je peux savoir ce que tu fabriques ? »

Il retira précipitamment sa main.

« Je réfléchis, Bolly, je réfléchis. »

Par Pikercy - Publié dans : S'avouer vaincu
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Mercredi 15 juillet 2009 3 15 /07 /Juil /2009 18:03
Dès à présent, vous pouvez retrouver les fanfics du blog (ou plutôt "la" en ce moment !) sur l'excellent Pokébip, où j'ai eu la bonne surprise d'être accepté !

Mais pour ce qui est de l'ordre de diffusion, je laisserai la priorité à ce petit espace pour la publication des chapitres, qui seront donc d'abord publiés ici, puis dans un second temps, sur Pokébip. Tout ça pour dire que s'il n'y a actuellement que deux chapitres de postés, c'est normal.

A bientôt pour le chapitre 7 même si je ne vous ferai aucune prévision de sortie car il s'annonce assez long si je veux terminer en 8 chapitres (j'ai d'ailleurs comme un pressentiment que je ne pourrai pas...).

Gardez la pêche !

Par Pikercy
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Vendredi 31 juillet 2009 5 31 /07 /Juil /2009 20:48
[NDA : Le chapitre 7 est enfin prêt ! J'espère qu'il vous plaira. J'en profite aussi pour signaler comme je l'ai fait sur la page d'accueil qu'il n'y aura finalement pas 8 mais 9 chapitres, pas plus, pas moins. Et la fic sera terminée au chapitre 9, vous êtes d'avance prévenus. Bonne lecture et merci d'avance pour vos remarques !]


CHAPITRE 7

 

Sous les frondaisons grasses

 

 

I

 

Elle joue dans le parc municipal d’Azuria. Elle aime se retrouver là, lorsqu’elle ne peut plus supporter ses trois sœurs. Le léger bruit de la fontaine agrémente ses moments de paix, qu’elle apprécie particulièrement. Avec ses petites jambes, elle se hisse difficilement sur le rebord de la fontaine. Elle aime sentir la fraîcheur de l’eau sur ses pieds. Un des Poissirène de la fontaine vient barboter autour d’elle. Sa nageoire dorsale, souple et gracieuse, vient lui chatouiller les mollets. Elle rit, d’un petit rire cristallin. Le jet d’eau, en retombant, éclabousse légèrement ses cheveux roux, coupés courts. Elle regarde fascinée le Poissirène qui maintenant saute hors de l’eau, pour marquer son contentement. Les Pokémon Eau sont si gentils avec elle, alors que ses grandes sœurs viennent de lui demander de les laisser jouer entre elles. Elle regarde encore une fois le Poissirène sauter hors de l’eau. Elle rit. Elle est heureuse, dans la fraîcheur de l’eau baignée des rayons du soleil d’Azuria. C’est décidé : elle sait qu’elle ne sera vraiment heureuse qu’avec des amis Pokémon aquatiques. Elle essaye d’amorcer le dialogue avec le Pokémon, même si elle ne sait pas encore bien parler.

« Poi… Poi… Poissrne ! Poissnère ! Poissirne ! »

Poissirène réagit, lui sourit, saute au-dessus de sa tête, en l’éclaboussant encore plus. Elle rit. Elle est heureuse.

 

***

 

Sacha, Pierre et Aurore marchaient d’un pas vif vers le Centre Pokémon d’Unionpolis. La tension était palpable et bon nombre de passants de retournaient en croisant ces trois jeunes gens qui étaient au bord de l’explosion.

« Tu ne savais pas, tu ne savais pas, c’est facile aussi, maintenant tu peux me dire où elle est passée ?

-Mais, Sacha, évidemment que je ne peux pas te le dire, elle a quitté l’arène alors qu’on y voyait comme à travers une pelle ! Et elle m’a dit qu’elle t’attendait à la sortie, au bout d’un moment, j’avais pas tellement de raisons de la retenir…

-Et ça t’as pas paru bizarre qu’elle décide ça alors qu’elle pouvait très bien venir me rejoindre avec vous à la fin du match non ?

-Pikachu-Pi, Pika… commenta la petite souris jaune d’un ton désabusé.

-Mais, si elle avait envie de partir, pourquoi on ne la laisserait pas tranquille ? demanda Aurore.

-Parce que je la connais mieux que toi et que ça ne lui ressemble pas, répondit-il sèchement. »

Aurore se renfrogna et suivit la marche les mains dans les poches, alors qu’ils passaient les portes du Centre, qui s’ouvrirent automatiquement sur leur passage.

« Inf… »

Pierre était entré en trombe, mais avant d’avoir pu prononcer le nom de sa bien-aimée, il fut tiré en arrière par Sacha qui lui agrippa la veste, et le projeta contre la porte d’entrée, contre laquelle il s’écrasa, avant même qu’elle ait pu se rouvrir.

« Infirmière, j’ai besoin de savoir si vous avez vu une fille aux cheveux roux il y a environ une dizaine de minutes. Elle a peut-être retenu une chambre ? Ou déposé ses Pokémon ici en attendant de les récupérer ? Elle s’appelle Ondine.

-Ondine ? Ondine d’Azuria ? La championne qui a disparue ? Elle est à Unionpolis ? Si elle avait dû s’arrêter au Centre, j’aurais au moins remarqué son nom, malheureusement, elle n’est pas venue, encore moins il y a dix minutes… Désolée… »

Les épaules de Sacha s’affaissèrent. Etait-elle définitivement partie ? Sans laisser de mot, sans aucun moyen de la contacter ? Il frappa le bureau de l’accueil du Centre du poing. Pierre le tira vers lui, autant pour lui éviter de faire une bêtise que pour protéger les beaux yeux de l’Infirmière Joëlle.

« On va la retrouver Sacha, on n’a qu’à partir à sa recherche.

-Tu m’expliques par où passer ? Elle a pu partir de n’importe quel côté, et Unionpolis est encerclée par la forêt, pas moyen d’envoyer Etourvol en reconnaissance !

-On peut peut-être se séparer ? tenta Aurore.

-Ah, je t’en prie, pas la peine d’essayer de te rattraper, Aurore ! Mais pourquoi tu t’es disputée avec elle aussi ? Tu la connais à peine et déjà tu lui parles comme si elle était une rivale personnelle pour les concours, pire encore puisque tu n’as jamais parlé comme ça à Kenny ou à un autre. Tout ça c’est de ta faute ! »

Le visage d’Aurore vira du vert au blanc avant de s’arrêter sur un teint rouge violacé du pire des effets.

« Puisque c’est comme ça, tu n’as qu’à aller la chercher tout seul ta copine ! Et puisque ça te viendra pas à l’idée de te demander où moi je suis passée, je serai dans ma chambre en attendant votre bon plaisir. »

Elle tourna les talons, excédée, et monta les étages du Centre, alors que Sacha quittait le bâtiment à toutes jambes. Pierre était seul au milieu du hall.

« Heu… Infirmière Joëlle ? »

 

***

 

Elle est sur le bord de la fontaine depuis deux heures maintenant. Le ciel venait de prendre la couleur mordorée de la tombée du jour. Elle a l’impression de vraiment pouvoir parler avec Poissirène maintenant. Depuis quelques minutes, elle est tombée dans la fontaine, et se retrouve assise à patauger sur le bord. L’eau claire s’est faufilée sous ses vêtements, qui collent à sa peau. Elle rit de cette sensation de fraîcheur. Elle aime l’eau, elle le sent. Poissirène fait maintenant des ronds autour d’elle dans l’espace restreint de la fontaine. Soudain, le poisson se met à s’agiter, à nager en des mouvements désordonnés. Elle perd son sourire, et se demande pourquoi son nouvel ami ne s’amuse plus avec elle. Un drôle de bruit lui fait lever les yeux. Deux Dardargnan survolent la fontaine, et s’apprêtent à attaquer le Poissirène. Celui-ci s’échappe dans le conduit d’alimentation. Elle est seule maintenant. Le jeu est terminé. Elle pleure.

 

***

 

Ondine était toujours inconsciente, adossée à un arbre proche de la petite clairière où Charles et Bolly avaient décidé de s’arrêter avant de prendre la route des airs vers Kanto. Tandis qu’ils mangeaient leur maigre ration, Charles agitait les morceaux de viande de sa gamelle avec ses petites baguettes de voyage, sans pour autant les avaler. Bolly, qui avait déjà fini depuis longtemps, jeter son récipient sur le sol et regarda son partenaire.

« Alors ?

-Alors quoi ?

-Qu’est-ce qu’on fait ? On y va ou pas ?

-On attend qu’elle se réveille, peut-être. On va pas revenir la bouche en cœur à la base sans avoir les infos qui nous intéressent, si ?

-Oh, mon pauvre Charles, ce n’est pas moi qui ais la bouche en cœur ici, répliqua-t-elle dans un sarcasme satisfait.

-Je ne trouve pas ça drôle.

-Ce que je ne trouve pas drôle moi, c’est comment tu as réussi à te retrouver aussi gradé en te débrouillant pour tenter de séduire toutes tes prises féminines. Ce n’est pas toléré Charles. D’autant plus que tu te plantes une fois sur deux, je dois te rappeler comment on a foiré notre mission à Vestigion quand tu t’es fait repéré deux jours avant par Flo ?

-Ma pauvre Bolly, ce que tu n’as jamais toléré toi, c’est bien que j’ai toujours eu des meilleurs résultats que toi, et surtout que ce soit toi que je n’ai jamais tenté de séduire, non ?

-Toi ? (Elle éclata d’un rire sonore). Plutôt embrasser un Spoïnk !

-Comme tu voudras, alors tu ne verras pas d’objection à ce que j’use de la méthode douce avec notre invitée. Ce n’est pas parce que nous sommes les méchants qu’il faut forcément se comporter comme des malotrus, non ? »

Sur ces mots, il repositionna son chapeau sur son crâne lisse et tourna le dos sa partenaire qui fulminait. Il se dirigea vers la jeune fille inconsciente et lui bougea sa jambe gauche avec son pied.

« Allez ma jolie, on se réveille maintenant ! »

Ondine gémit et se repositionna, les yeux toujours clos.

 

 

***

 

Elle le suit depuis Jadielle. Cet imbécile a détruit son vélo, qu’elle s’est payé voilà deux semaines avec ses économies ! Ce Pikachu l’a complètement carbonisé ; mais bon, il est si mignon, qui pourrait résister ? Une chance pareille de quitter cette ville et cette vie de brimade avec ses sœurs, ça ne se manque pas, non ? Alors elle le suit. Lui ou un autre, qu’importe au fond ? Tout vaut mieux que ses sœurs.

Quoique, après cette première journée et cette première nuit, elle a quelques doutes. Il est inconscient, il ne sait pas ce qu’il fait. Il capture des Pokémon n’importe comment. Et surtout, il a capturé un Chenipan ! Un immonde Pokémon insecte. Elle le sentait se faufiler près d’elle, près de son sac de couchage. Elle dort crispée, serrant une serviette de toutes ses forces pour essayer de se calmer. Il est là, il se faufile, avec ses deux gros yeux et ses pattes gluantes. Elle hurle. Elle se relève. Il n’y a rien.

Il se redresse sur son coude, les yeux pleins de sommeil, et la regarde. Il se moque. Il n’y a pas de quoi rire. Elle a horreur des insectes, et alors ?

Voilà que le lendemain, après s’être débarrassés des deux idiots de Jadielle, il essaye de la réconcilier avec l’immonde chenille. Elle hésite, dégoûtée. Elle regarde la chenille. Elle le regarde, lui et sa casquette, et ses grands yeux qui ne veulent pas lâcher le morceau. Elle esquisse un geste pour caresser la chenille. Un contact parfaitement horrible. Et la voilà qui évolue. Il saute de joie, l’emmène danser avec lui. Elle se remet, mais il est déjà parti en courant vers Argenta. Elle en a déjà marre, et lui hurle de l’attendre, ce qu’il ne fait pas. Elle court derrière lui. Elle sait qu’il ne lui rendra pas son vélo de sitôt. Mais il est si mignon, qui pourrait résister ?

 

***

 

Ondine grimaça et replia ses fines jambes contre elle. La bouche pâteuse, elle ouvrit les yeux et tenta de s’étirer. Elle se rendit rapidement compte qu’elle ne pouvait plus faire le moindre mouvement, ses bras étant entravés derrière son dos. Elle s’était maintenant tout à fait extirpée de ses rêves indistincts. Elle leva les yeux pour découvrir un jeune homme de haute taille, plus âgé que lui, devant sans doute avoir dans les 26 ou 27 ans. Il avait de grands yeux clairs sous un large chapeau, qu’il avait relevé sur son crâne, laissant apparaître qu’il était chauve. Une drôle d’allure, mais l’ensemble ne déparait pas, si ce n’était son uniforme sombre qu’Ondine, même si elle ne l’avait jamais vu, reconnu tout de suite à son large « R » rouge se détachant du fond violet.

« Bonjour Ondine, tu as bien dormi ? »

L’homme avait pris une voix suave et chaude. Elle ne répondit pas, intimidée par cet inconnu de la Team Rocket. Elle n’a pas eu l’habitude de fréquenter d’autres sbires que les rigolos de Jessie et James. Elle sentait d’instinct que celui-ci était expert dans son domaine. La preuve : il connaissait déjà son nom.

« N’aie pas peur, je ne te veux aucun mal, tu peux me croire, dit-il en enlevant son couvre-chef.

-Ah oui ? répondit-elle en tentant de maîtriser sa voix. Et pourquoi je suis attachée alors ?

-Simple précaution pour que tu ne t’échappes pas pendant ton sommeil. Je me trompe où tu as quelques accès de somnambulisme depuis quelques temps ? »

Ondine avait le souffle coupé. Comment pouvait-il avoir une information pareille ?

« Allons, tu vois que nous ne sommes pas en terrain inconnu toi et moi, continua l’homme avec un sourire. Tu n’as même pas besoin de te présenter. Moi, par contre, je contreviens à toutes les règles de politesse. Je m’appelle Charles, pour te servir ma jolie. La blonde derrière moi s’appelle Bolly. Si elle te cherche, ajouta-t-il en baissant d’un ton, appelle-moi et je réglerai le problème. » Il termina sa phrase avec un clin d’œil charmeur. Elle ne répondit pas, trop interloquée pour réagir.

« Tu te demandes comment je sais tout ça sur toi ? Simple précaution rassure-toi, je ne sais que ce que j’ai besoin de savoir. Et pour le somnambulisme, il m’a suffit « d’interroger » l’ordinateur de ton médecin à Azuria : et j’ai eu raison, juste avant que tu ne te réveilles, tu t’es tellement agitée que j’ai cru que tu allais te lever en emportant l’arbre avec toi. Je ne sais pas à quoi tu rêvais, mais ça devait être intense ! Peut-être notre premier rendez-vous, va savoir ! » Il partit d’un rire sonore, qu’Ondine, bien évidemment, ne suivit pas. Il se retourna vers elle.

« Trêve de plaisanterie ! Avant de te détacher, je vais juste t’expliquer ce que nous attendons de toi. Tu verras, rien de bien exceptionnel. Nous allons juste te raccompagner chez toi. Tu es loin de Kanto et un petit voyage en avion sera bien plus rapide que de retourner à Joliberges prendre le bateau, tu ne crois pas ? D’accord, ce sera moins romantique que le ferry, mais nous aurons tout notre temps pour ça plus tard ! Une fois à Azuria, nous aurons besoin de quelques renseignements qui dorment dans ton arène, je suis sûr que tu n’en as même pas eu besoin jusqu’ici. Et surtout, nous ne te volerons rien, nous te rendrons tout ça immédiatement. Cependant, nous t’amenons car cela reste assez urgent… »

Sa voix mélodieuse était douce comme une musique aux oreilles d’Ondine qui avait du mal à enregistrer toutes les menues informations que Charles voulait bien lui délivrer.

« Mais… qu’est-ce que vous me voulez ?

-Rien d’important pour toi, ne t’inquiète pas. Maintenant je suis sûr qu’une jolie fille comme toi n’aime pas vraiment être attachée. Je vais te libérer… (Il marqua une pause et la regarda attentivement). J’ai toujours mal au cœur quand je vois une aussi belle créature attachée et sans défenses. »

Il s’accroupit à ses côtés. Entravée par ses liens, elle se recula autant que possible contre l’arbre à laquelle elle était attachée. Son visage était crispé en une moue dégoûtée. Pourtant, elle ne pouvait pas nier que ce garçon avait un côté séduisant. Il n’était pas ce qu’Ondine aurait appelé « beau », et il était plus âgé qu’elle. Bon, d’un côté, elle ne trouvait pas que Sacha soit un véritable canon de beauté, et puis elle avait toujours eu un petit faible pour les aînés – ah ! le bon temps des Iles Orange. Mais elle fut vite rappelée à la réalité. Sous cet élégant chapeau et derrière ses énigmatiques yeux bleus, il y a avait un agent de la Team Rocket. Ca devait être l’uniforme qui la faisait se reculer autant que possible. Ou alors le regard inhumain de la grande blonde qui regardait la scène depuis le petit feu de camp. Si elle pouvait me tuer sur place, je suis sûr qu’elle le ferait. Ce ne sont pas des Jessie et James bis... Pourtant, elle ne leur avait rien demandé, et n’avait rien fait de particulier à cette blonde dégingandée. Enfin, si je suis encore en vie et capturée, c’est sans doute qu’ils n’ont pas l’intention de me tuer, hein ? La tuer, peut-être pas, mais il restait toujours le problème de ce jeune homme qui la dévisageait, et qui se rapprochait d’elle inexorablement. D’ici elle pouvait sentir son souffle léger et doux, se mêlant au vent qui lui faisait s’égayer une mèche rousse qui lui tombait devant les yeux. Tout à coup, il sembla hésiter. Il soupira, puis leva une main en direction du visage de la jeune fille. La lèvre inférieure d’Ondine tremblait, alors que la main du Rocket s’approchait de son front, dans un geste faisait mine de remettre sa mèche en place. A son contact, Ondine tressaillit et dans un réflexe fulgurant, elle balança de toutes ses forces sa jambe droit devant elle.

Charles étouffa un juron, et donna un grand coup de pied dans le sac rouge de la championne qui alla s’écraser sur un arbre voisin, et s’ouvrit en libérant ses affaires, et notamment ses Pokéball qui roulèrent sur le sol. Le visage rouge et contracté par la douleur, il s’éloigna, plié en deux, jusqu’à rejoindre sa partenaire, totalement hilare. Ondine, quant à elle, tenta de reprendre le contrôle de sa respiration. Les veines de son cou palpitaient, et la sueur collait ses mèches rebelles à son front.

 

***

 

Charles maugréait derrière le petit avion, pestant contre son entrejambes douloureux, tandis que Bolly empaquetait leurs affaires en prévision de leur départ imminent. Ondine balayait la petite clairière des yeux, constatant que l’attention de ses deux ravisseurs était occupée à autre chose pour le moment. En même temps, cela était logique, vu comme elle était attachée par terre à son arbre, elle n’avait pas vraiment besoin d’être surveillée. Le frottement de la corde sur ses poignets commençait d’ailleurs à lui faire mal, elle s’imaginait déjà la rude marque rouge qui allait lui rester pour quelques jours. Non mais c’est pas normal, d’habitude la Team Rocket ne fait jamais les liens correctement… Elle soupira, ne voyant pas bien ce qu’elle pourrait faire : hors de question de crier à l’aide, voilà un bon moyen pour accaparer l’intention des deux imbéciles… Son regard s’arrêta sur son sac qui gisait quelques mètres plus loin. Impossible de l’atteindre de là où elle était, mais elle vit qu’une Pokéball avait roulé jusqu’à elle. Elle jeta un coup d’œil à Charles, qui, assis sur un rocher, se tenait la tête entre les jambes, et ne bougeait pas. Maintenant ou jamais. Ondine se glissa autant qu’il lui était possible contre le sol pour allonger ses jambes jusqu’à la balle. La corde lui imprimait maintenant une douleur atroce. Le frottement se faisait insupportable ; elle avait l’impression que chaque fibre de corde qui passait sur sa peau était une nouvelle aiguille plantée dans ses poignets. Elle gagnait du terrain, centimètre après centimètre, brin d’herbe après brin d’herbe. En grimaçant et en donnant une ultime impulsion à sa jambe, elle arriva à atteindre du bout du pied le mécanisme central d’activation de la Pokéball.

Il restait le problème du Pokémon qui allait sortir de là. Depuis qu’elle avait commencé à avancer sa jambe, elle récitait un mantra silencieux dans sa tête. Stari, pas Léviator… Stari, pas Léviator… Stari, pas Léviator… S’il te plaît… Stari, pas Léviator… Si l’immense serpent de mer débarquait dans la forêt, finie la discrétion. Certes, vu sa force, il pourrait résister un moment aux deux Rockets, mais eux ne se priveraient certainement pas d’utiliser tous leurs Pokémon contre lui...

La moitié rouge de sa Pokéball s’ouvrit, libérant un jet de lumière blanche. Stari, pas Léviator… Charles, les yeux fixant toujours le sol, ne remarqua pas le petit manège de sa prisonnière. L’éclat lumineux ne semblait pas devoir prendre une forme de six mètres de haut. Stari, Stari, Stari ! Le Pokémon apparut enfin devant les yeux médusés de la jeune championne.

« Psy ? »

C’est pas vrai…


 

II

 

 

 

Sacha tournait en rond à la lisière ouest d’Unionpolis. Il n’avait aucune idée d’où pouvait bien être partie Ondine. Ca ne lui ressemblait pas de partir comme ça. Oh si, ça lui ressemble bien en fait. Et ce fameux et triste jour où elle avait dû le quitter pour rentrer à Azuria de lui revenir soudainement à l’esprit. Là aussi elle était partie en trombe du Centre Pokémon de Jadielle et les avaient plantés là, suite à une remarque déplacée de Sacha. Oui, mais là, qu’est-ce que j’ai bien pu lui dire pour qu’elle prenne la mouche ? Il avait beau repasser et repasser encore le fil des événements dans sa tête, il ne voyait pas la raison pour laquelle la rouquine leur avait faussé compagnie en plein match – un des plus beaux matchs qu’il avait pu livrer, à son humble avis ! D’accord, le courant n’avait pas eu l’air de bien passer entre sa meilleure amie et Aurore, mais bon, il n’avait aucun doute que cela se serait arrangé avec le temps. Tous ses amis se sont toujours très bien entendus les uns avec les autres, il n’y a qu’à voir comment Flora et Ondine s’adoraient depuis qu’elles s’étaient rencontrées à Hoenn. Pourquoi ce ne serait pas la même chose à Sinnoh ?

« Pika ? interrogea son compagnon de toujours.

-Je ne sais pas où elle a bien pu partir Pikachu, ni pourquoi… Mais il faut la retrouver, elle ne peut pas nous laisser comme ça.

-Pika, Pikachu ! approuva son Pokémon.

-Tu as une idée de par où on commence ?

-Pikapi, Kapi ? demanda la souris en désignant le centre-ville.

-Retrouver Aurore et Pierre ? Ca nous ferait perdre du temps. Et puis Aurore est enfermée dans sa chambre. Pierre lui se débrouille toujours pour nous retrouver.

-Kachu ! Pikachu-Pi !

-La forêt ? Tu crois qu’elle a pu partir par là ? Ah mais, ajouta le dresseur avec une lueur dans les yeux, il y a la route de retour par là, vers le Mont Couronné ! Tu as raison, elle est sans doute partie dans cette direction, allons-y. »

Il partit à toute jambe sur le sentier qui menait à la forêt, toujours en proie à ses questions et à ses doutes. Il y avait quand même une innombrable foule de choses pour lesquelles il n’avait pas plus de jugeote qu’un Etourmi. Heureusement, il lui restait l’instinct.

 

***

 

« Re-trou-ver Sa-cha. Sacha ! Avec la casquette ! Tu te souviens, dis ? »

Psykokwak se tenait là, debout, la tête dans ses pattes, en plein milieu de la clairière. Sa peau jaune et lisse reflétait le soleil déclinant de cette fin d’après-midi, autant dire qu’un simple coup d’œil dans leur direction et Ondine et son Pokémon seraient immédiatement repérés par Charles ou Bolly et adieu à la solution de secours. Solution de secours qui, en la personne de Psykokwak, s’avérait plutôt être un problème, tout bien considéré… Le canard balançait sa tête de droite à gauche, n’ayant pas l’air de comprendre les ordres de sa dresseuse – pas plus de d’habitude en fait.

« Allez, va-t-en Psykokwak, s’il te plaît, va trouver Sacha, va lui dire que la Team Rocket est là, j’ai besoin de lui ! Psykokwak… Je t’en prie…

-Psaïaïe… gémit le Pokémon en s’approchant. »

Ondine serra les dents et ferma les yeux. Sa colère bouillait devant l’incompétence de son Pokémon.

« Espèce d’abruti… marmonna-t-elle entre ses dents. »

Elle inspira une grande goulée d’air, replia sa jambe droite et décocha un fantastique coup de pied à Psykokwak qui vola dans les fourrés en battant des bras pour essayer de retrouver son équilibre – ou peut-être était-ce une tentative pour s’envoler ? Ondine ne le sut pas, car il fut rapidement dissimulé dans les buissons où il s’était écrasé la tête la première, en n’oubliant pas de crier de terreur pendant son vol plané. Charles releva alors la tête du sol, mais, de là où il était, ne constatant pas de changement puisqu’Ondine avait rapidement repris sa position, se dit qu’il avait probablement entendu des voix avec la douleur de son bas-ventre.

 

***

 

Sacha marchait au beau milieu de la forêt depuis presque une demi-heure. Il balayait des yeux les fourrés, les arbres, les petits sentiers. Mais toujours pas de trace d’Ondine. Il avait l’impression d’errer dans un labyrinthe de verdure, sans issue. Il commençait à s’impatienter. Si Ondine avait déjà pénétré dans le Mont Couronné, pas la peine d’envoyer Etourvol. Si elle était encore dans la forêt, inutile là encore. Il était coincé et avait l’impression de ne rien pouvoir faire, tout seul au milieu de la végétation. Si encore Aurore et Pierre étaient là, ils pourraient se séparer. Mais elle était encore partie, inexplicablement vexée, et visiblement lui n’avait pas jugé utile le suivre. Qu’est-ce qu’il leur fallait ! Ondine avait disparu ! Pierre la connaissait aussi bien que lui et il ne venait pas ! Aurore ne la connaissait pas, mais la rouquine était sa meilleure amie, elle pourrait venir aider. Il n’aurait pas hésité une seule seconde si Kenny avait eu un problème ; mais visiblement la réciprocité ne se vérifiait pas.

Sacha fulminait. S’il y avait bien une chose qu’il ne supportait pas, c’était de rester là, à rien faire. Mais en même temps, en tournant en rond autour de cet arbre, il se demandait ce qu’il venait réellement faire ici. Si Ondine avait décidé de repartir, elle était bien assez grande pour prendre sa décision toute seule. Il était bien fini le temps où ils n’allaient jamais quelque part sans l’autre, en se demandant où l’autre était passé, s’ils se retrouvaient séparés plus de dix minutes sans l’avoir décidé. Ondine avait sa vie ! Elle n’était pas restée enfermée dans son arène depuis un an sans en sortir ! Déjà tant de temps lui et la rouquine ne réglaient plus leurs journées ensemble. Est-ce qu’il le regrettait ? Mais enfin, à quoi est-ce que je pense ?

Lors de leurs adieux, il avait de justesse réussi ne pas montrer sa faiblesse devant elle. Et devant Pierre ; il était là lui aussi. Seul Pikachu l’avait jamais vu dévasté de cette façon. Ce n’était pas pour recommencer, là, à côté d’une des plus grandes villes du pays, où n’importe qui pourrait surgir et le voir. A cette pensée, il entendit le bruit d’une cavalcade qui venait dans sa direction. Il se ressaisit, prêt à tout. Un gros buisson s’agitait en tous sens, jusqu’à ce qu’une masse jaune en sorte à toute vitesse.

« Psaïaïaïaïaïaïaïaïaïe ! »

Un Psykokwak, les larmes aux yeux, se tenant la tête à deux mains, sortit du buisson, agitant frénétiquement ses petites pattes pour courir. Il se réceptionna au sol tant bien que mal et reprit sa course, tandis qu’une masse de poils blancs et rouges émergeait à sa suite des profondeurs de la forêt. Un Mangriff ! pensa Sacha, qui avait déjà eu à faire à ces redoutables traqueurs des bois. Celui-ci en avait vraisemblablement après le petit canard apeuré. Le sang de Sacha ne fit qu’un tour.

« Pikachu, attaque Tonnerre, vite ! »

Son compagnon de toujours sauta de son épaule pour s’interposer entre Psykokwak et Mangriff. Il se chargea en électricité et expédia un éclair dévastateur au prédateur. Secoué et affaibli par la longue course à travers les fourrés, il s’effondra, le poil hérissé par l’électricité statique qui parcourait son corps. Psykokwak, cependant, continuait de courir en tout sens. Sacha vint à sa rencontre pour essayer de le calmer.

« Hé, calme-toi, tu n’as plus rien à craindre maintenant ! »

Mais le canard continuait encore de se lamenter, tant et tant que ces cris devinrent familiers au dresseur. Mais je le connais ce Psykokwak ! Les yeux de Sacha doublèrent de volume quand il réalisa qu’il avait devant lui le plus crétin de tous les Psykokwak, mais aussi celui qu’il préférait au monde, celui de la championne d’Azuria. Il l’agrippa des deux mains et le souleva du sol.

« Psykokwak ! C’est moi, Sacha, calme-toi ! Qu’est-ce que tu fais hors de ta Pokéball ? Où est Ondine ? Psykokwak ? »

Rien à faire, le canard agitait des pattes palmées comme s’il était encore au sol. La panique irrationnelle de Psykokwak commençait à gagner Sacha qui ne cessait maintenant de lui reposer encore et encore les mêmes questions. Face au vacarme engendré par les cris du canard et les hurlements du dresseur qui tentait de passer par-dessus, les Keunotor et Fouinette sauvages s’éloignèrent des lieux de l’agitation. Soudain, entre les mains de Sacha, Psykokwak s’immobilisa, une aura bleutée flottant dans ses yeux encore plus vitreux que d’habitude. Les cris du jeune garçon avaient fait monter sa migraine au point critique, déclenchant ainsi ses pouvoirs psychiques. Sacha ne pouvait détacher ses yeux de ce regard bleutés et alors qu’il était dans une inquiète expectative, se demandant comment Psykokwak allait cette fois-ci traduire ses mystérieux pouvoirs, son esprit fut traversé d’une plainte suppliante, comme si on lui avait chuchoté dans le creux de son oreille. « Va retrouver Sacha, j’ai besoin de lui. Psykokwak, je t’en prie ! ».

Les yeux du canard jaune retrouvèrent alors leur aspect habituel, après avoir déliré cette version bien particulière de son Choc Mental. Sacha se redressa, le Pokémon sous son bras et s’enfonça dans la forêt d’Unionpolis. Ondine avait des ennuis.

 

***

 

Bolly avait apparemment terminé les préparatifs du départ et Charles s’était remis de l’accès de révolte de la jeune championne. Il n’avait pas eu de réaction violente à son égard, comme elle l’avait craint un moment. Mais tout était empaqueté dans le petit avion et venait sans doute le temps du départ. Charles s’approcha d’Ondine.

« Si tu recommences, j’ai prévenu Bolly de ne pas rester les bras croisés cette fois-ci. Après, c’est à toi de choisir le confort de ton voyage ma mignonne.

-Vous croyez vraiment pouvoir arriver à Kanto comme ça ?

-Oh, et qu’est-ce qui pourrait nous en empêcher, hein ? dit Bolly en s’avançant. Tes pauvres sœurs ? Elles sont bien trop occupées à essayer de sauver l’arène que tu as laissée tomber ! Ou bien ton petit copain dresseur ? Mais j’ai cru comprendre qu’il était plus intéressé par une autre demoiselle en ce moment, c’est pas ça ? »

Ondine s’efforça de paraître imperturbable.

« Remarque, je le comprends, tout vaut mieux qu’une rousse non ? »

Bolly fit volte-face avec un éclat de rire.

« Allez, grommela Charles, je te détache, mais pas de bêtise. Et, lui glissa-t-il à l’oreille, pour les rousses, je ne suis pas d’accord avec elle. »

Il se pencha derrière la jeune fille, en prenant bien garde de ne pas la frôler. Il ne risquait pas d’ailleurs, Ondine faisant un effort de contorsion pour ne pas toucher son ravisseur au détour d’un mouvement. Une fois ses liens défaits, Charles la saisit sous les bras pour l’aider à se relever, mais la jeune fille se dégagea d’un mouvement du bras.

« Je sais encore marcher ! 

-Comme tu voudras, murmura-t-il. »

D’un geste, il l’invita à prendre sa place à l’arrière du petit avion, lorsque des bruits de pas précipités lui firent tourner la tête.

« Attaque Charge ! »

Une masse sortie des fougères percuta Charles en plein ventre, ce qui lui fit se tordre de douleur, une nouvelle fois.

Ondine n’avait pas eu besoin de se retourner pour reconnaître sa voix.

« Sacha ! »

Le dresseur sortit de la lisière de la forêt et déboucha en trombe sur la clairière. Tortipouss vint se repositionner devant lui.

« Ondine ! Je suis là. »

Elle courut le rejoindre, laissant derrière elle le Rocket massant son ventre douloureux et ramassant son chapeau tombé à terre. Lorsqu’ils furent à la hauteur l’un de l’autre, Ondine arrêta sa course lentement. Ils semblaient tous les deux hésiter. Jamais ils ne s’étaient sautés dans les bras, pourquoi commencer aujourd’hui ? Après tout, ils ne s’étaient quittés qu’il n’y a que deux heures de ça. Ils ne sauront jamais que c’était précisément ce dont ils avaient le plus envie l’un et l’autre. Ondine sourit, leva sa main, et lui serra le bras gauche.

« Merci d’être venu… chuchota-t-elle.

-Remercie Psykokwak qui a parfaitement délivré ton message ! répondit-il avec un sourire en lui présentant le canard devant les yeux.

-Kokwak ? dit le Pokémon en inclinant la tête.

-Merci Psykokwak… »

Elle serra son Pokémon dans ses bras, si fière qu’il ait réussi enfin quelque chose. Sacha avait préféré passer sous silence l’épisode du Mangriff. Il y avait mieux à faire.

Il s’était avancé devant Ondine avec Tortipouss, prêt à se battre. La jeune fille rappela Psykokwak, frotta ses poignets endoloris, avant de saisir une Pokéball dans son sac et de faire trois pas devant elle.

« Je me bats avec toi, Sacha.

-Comme au bon vieux temps ! dit-il avec un sourire, qu’elle lui rendit. »

Charles se fendit d’un petit rire. Il était remis de l’attaque de Tortipouss

« Comme c’est touchant. En même temps ma belle, tu me brises le cœur ! Mais tu sais, j’ai souvent des histoires de cœur désespérées et même quand ça se passe mal, je n’arrive pas à en vouloir à mes Dulcinées. Je ne pourrais jamais te faire le moindre mal ! Et si tu tiens tellement à ce garçon, je ne pourrais pas lever sa main sur lui non plus ! (Il feignit un sanglot). Ca me désole de voir que vous vouliez encore vous battre, alors que je ne le pourrais pas ! Bolly, s’il te plaît, sortons-nous de ce mauvais pas en évitant le combat !

-Je suis obligée d’être d’accord avec toi ? soupira sa partenaire devant la pantomime de Charles. »

Les deux Rockets s’avancèrent face aux deux jeunes dresseurs, qui s’étaient crispés devant les allusions qui avaient parsemé le petit discours du bandit. Bolly et Charles, sourire aux lèvres, avaient une Pokéball dans leur main.

 

 

 

III

 

 

 

Tortipouss lâcha un petit cri, signifiant à son dresseur qu’il était prêt au combat qui s’annonçait. Qu’importaient les discours des deux bandits, ils avaient chacun une Pokéball en main, c’est donc que le combat allait s’engager. Avant que l’un des deux esquisse un mouvement, Sacha eut le temps de les étudier un peu et se rendit vite compte qu’il ne les avait jamais vus ces deux-là.

« On peut savoir qui vous êtes tous les deux ?

-Oh, nous ne nous sommes pas présentés au nouvel arrivant, quel manque de tact, dit Charles avec une mimique outragée. Hé bien, voici Bolly et moi je suis Charles, simple agent itinérant et le cœur prêt à être emporté par toute jolie jeune fille qui aurait la bonté de le ramasser, continua-t-il en faisant une révérence avec son chapeau, destinée visiblement à Ondine. »

Sacha jeta un coup d’œil interloqué son amie, qui fit un geste de dénégation.

« Il est complètement marteau ! dit-elle à Sacha, sentant une barre rouge lui monter au visage.

-Oh, j’aurais au moins réussi à provoquer une once de jalousie. Une timide éclaircie sur mon humble carrière. »

Sacha fit volte-face, furieux et lui aussi ronge de honte.

« Je n’aime pas tes grands airs. Tu es de la Team Rocket !

-Hé oui que veux-tu, je l’admets, concéda-t-il avec un large mouvement du chapeau, en s’inclinant et présentant son crâne chauve. Il faut bien vivre !

-Comment se fait-il que vous n’ayez pas de ritournelle comme vos copains ?

-Mais de qui parles-tu donc ? Jessica et James ? Voyons, nous sommes un peu plus distingués que ces Rocket de troisième zone ! Voilà des années que les agents n’ont plus à se présenter par une chansonnette stupide. Nous préférons faire ça dans la simplicité, c’est bien mieux, non ?

-Bien mieux en effet, ajouta Bolly d’un air mauvais en faisant un pas dans la direction de Sacha et d’Ondine. »

Tortipouss grogna et serra les dents.

« Maintenant, ma chère, ma tendre Ondine, reprit Charles. Nous pouvons éviter tous les ennuis si tu avais la gentillesse de m’accompagner. Oh, j’en serais tellement ravi. Allons, je te promets de te ramener à Sinnoh si tu souhaites le retrouver. Ne vous fiez pas à cet uniforme, après tout, je suis comme vous, un défenseur de l’amour et de la vérité ! J’admets que je n’ai pas la moindre chance contre ce jeune homme, je m’en voudrais tellement que vous ne soyez pas réunis tous les deux…

-Mais vas-tu te taire au bout d’un moment ? hurla la championne. Tu m’énerves, et quand on m’énerve, ça se passe mal ! Corayon, à l’attaque ! »

Ondine jeta sa Pokéball qui libéra un de ses combattants favoris. Le Pokémon Corail se positionna à côté de Tortipouss, qui lui fit un signe de tête en guise de présentation, tandis que Charles éclatait de rire.

« Quel teint ! Quel teint ! Ondine, tu es encore plus belle lorsque tu te mets en colère ! Dis-moi, ça lui arrive souvent ? demanda-t-il à Sacha.

-Heu, hé bien… (Sacha mit sa main derrière la tête et rit d’un air gêné)

-Fais attention à ce que tu vas dire si tu veux pas y passer toi aussi !! se déchaîna la rouquine. »

Charles regarda Bolly d’un air satisfait.

« Qu’est-ce que vous attendez pour sortir votre Pokémon, espèce de lâche ? cracha Ondine, furieuse. »

Charles obéit et lança la Pokéball qu’il avait à la main. Celle-ci heurta le sol et libéra son Tartard, qui banda ses muscles devant Tortipouss et Corayon. Son dresseur avait un large sourire. Sacha et Ondine se regardèrent. Ils se demandaient ce qu’attendait Bolly pour intervenir. Charles retira son chapeau et le présenta à nouveau aux deux jeunes dresseurs.

« Si vous désirez forcément en passer par là, honneur aux demoiselles ! »

Il n’en fallait pas plus pour décider Ondine, et Sacha qui fut bien obligé de suivre, pour lancer l’attaque.

« Corayon, utilise Picanon !

-Tortipouss, attaque Tranch’Herbes ! »

Les deux Pokémon ne se connaissaient pas. Mais toutes les recherches du Professeur Chen avaient montré depuis longtemps que l’entente des Pokémon lors des matchs en double dépendait pour l’essentiel à l’entente qui régnait entre les deux dresseurs. Tortipouss et Corayon semblaient se connaître par cœur. Les deux attaques se combinèrent et les feuilles tranchantes comme les éclats de corail se précipitaient vers Tartard qui n’avait pas l’air décidé à esquiver. Ce fut à cet instant que Bolly décida d’intervenir en lançant sa Pokéball juste devant le Pokémon aquatique.

« Xatu ! Utilise Abri ! »

La Pokéball, posée au sol, s’ouvrit. L’éclair blanc prit la forme d’un étrange oiseau, tourné de profil, aux couleurs noire et verte. Il écarta les ailes ; ses yeux, autour de son fin bec jaune, brillèrent d’une aura rose. Un large bouclier réflecteur aux tons bleus-verts apparut devant lui, bloquant facilement les deux attaques combinées. Une fine poussière se dégagea. Ni Tartard, ni Xatu, n’étaient touchés.

« Lâches ! C’est bien ce que je disais, dit Ondine.

-Oh, non ! répondit un Charles dépité. Ce n’est pas très fair-play de traiter ses adversaires de lâches. Une championne comme toi devrait le savoir ! C’est ainsi que tu traites des challengers à l’arène d’Azuria ? Et toi, mon jeune ami, avec tes trois Ligues différentes, tu n’as pas appris le savoir-vivre à ta copine ?

-Comment vous…

-Ne lui réponds pas ! jeta Ondine.

-Lâches, lâches… reprit Charles. Non, vraiment, je ne me reconnais pas dans cette accusation. Nous décidons juste de changer quelque peu les règles ! »

Il termina sa phrase d’un sourire et jeta un regard entendu à Bolly qui inclina la tête. Sans dire un mot, elle claqua des doigts. A ce signal, Xatu s’envola en silence et se percha sur un arbre. 

« Attention ! cria Sacha à leurs deux Pokémon. »

Cette étrange manœuvre d’esquive était pour le moins inattendue.

« Amusons-nous un peu maintenant, déclara Charles. Tartard, attaque Brume ! »

Le Pokémon aquatique ferma les yeux, banda ses muscles, les poings serrés. La spirale au centre de son corps commençait à rayonner. Concentré, il libéra son énergie et réchauffa son corps froid, ce qui eut pour effet immédiat de faire s’évaporer les fines gouttelettes d’eau qui le recouvraient. Par ses étranges pouvoirs, la vapeur se densifia et sembla se multiplier en un épais manteau de brouillard qui envahissait la forêt.

« Tortipouss ! Arrête-le avec Tranch’Herbes !

-Xatu, utilise Protection ! »

Perché en haut de son arbre et grâce à ses pouvoirs psychiques, Xatu fit apparaître un nouveau mur invisible devant Tartard qui arrêta l’attaque Tranch’Herbes, lui permettant finir son attaque Brume. Désormais, Sacha et Ondine, pourtant l’un à côté de l’autre, ne se voyaient plus que difficilement.

« Sacha, prends ma main ! cria Ondine. »

Leurs paumes se cherchèrent dans le brouillard et se trouvèrent. Ondine ne put s’empêcher de tressaillir à ce contact, lorsqu’elle entendit un nouvel ordre de Bolly.

« Attaque Tornade ! »

Xatu s’envola une nouvelle fois et ne battit vigoureusement des ailes que trois fois. La densité de la brume provoquée par Tartard était telle que la Tornade ne dégagea pas la vue. Cependant, l’oiseau avait visé exactement le couple de dresseurs et la précision redoutable de son attaque eut pour effet de les arracher l’un à l’autre, la pression étant trop forte pour que Sacha puisse garder la main d’Ondine dans la sienne. Désormais ils ne se voyaient plus à travers le rideau de brume.

« Ondine !

-Je suis là Sacha, je t’entends. »

Tortipouss s’était reculé aux pieds de son dresseur, Corayon avait rejoint Ondine. Ils ne se voyaient plus, mais ne voyaient plus non plus leurs adversaires ; les arbres entourant la clairière où ils se trouvaient emprisonnaient le manteau de brume qui persistait. A nouveau, la voix tranchante de Bolly retentit à leurs oreilles.

« Xatu, attaque Distorsion ! »

Ondine crut que ses yeux lui jouaient des tours. Derrière elle, les arbres semblaient se tordre, les feuilles se renverser ; la brume dansait devant ses yeux. Là où il n’y avait qu’un chemin qui s’enfonçait dans la forêt, il lui semblait y en avoir trois.

« Sacha ! cria-t-elle, apeurée.

-Je suis là ! lui répondit-il. »

Ondine perdait décidément la tête. Elle savait que Sacha était à sa droite depuis le début de l’affrontement. Mais elle avait la certitude d’avoir entendu sa voix à sa gauche et derrière elle qui plus est. Elle ne s’était jamais trompée, elle aurait pu reconnaître sa voix entre mille. Pourquoi avait-il changé de position ? Elle se retourna et vit, à travers les volutes de brouillard, l’oiseau Psy volait tranquillement au-dessus d’elle, la perçant de son regard vif.

« Corayon, Picanon sur Xatu, vite ! »

Le petit Pokémon se retourna, resserra ses cornes et envoya une flopée d’éclats de corail sur l’oiseau. Ondine suivit les projectiles des yeux mais vit que l’attaque de son Pokémon bifurqua juste avant d’atteindre sa cible pour se perdre dans les arbres proches. Impossible ! Corayon a une précision à toute épreuve !

« Xatu, utilise Reflet ! »

Cette fois, Ondine ne put absolument pas déterminer d’où venait la voix de Bolly. A gauche ? Derrière elle ? Devant elle ? A droite ? L’écho de sa voix semblait être répercuté par les buissons qui s’entêtaient dans un mouvement de va-et-vient qui finit par lui faire tourner la tête. Elle ferma les yeux quelques secondes pour éviter de perdre l’équilibre. Lorsqu’elle les rouvrit, Xatu avait disparu, mais pas ses yeux perçant, d’un jaune d’or. Mais ils n’étaient pas seuls. Sous les branches des vieux chênes, des dizaines de paires d’yeux, tous identiques, semblaient la fixer, la sonder.

« Ondine ! »

La voix de Sacha, encore, mais cette fois beaucoup plus loin.

« Sacha… murmura-t-elle. Corayon, revient ! »

Le rayon rouge de la Pokéball fut une des seules lumières qui perça le rideau de brouillard. Elle rangea sa balle à sa ceinture, avant de se précipiter dans les fourrés, là où Sacha criait son nom.

Quelque part dans la forêt d’Unionpolis, Charles releva son chapeau, un sourire carnassier lui barrant le visage.

« Que la partie commence."

Par Pikercy - Publié dans : S'avouer vaincu
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Mercredi 5 août 2009 3 05 /08 /Août /2009 22:17
NDA : Ouf, le voilà, le beau le grand le gros chapitre 8. Toutes mes excuses pour le retard. J'espère que ce que vous lirez vous permettra de me pardonner de mon rythme. Beaucoup de passages délicats à écrire, ce qui explique la longueur du tout d'ailleurs. Ainsi, j'attends toutes les remarques que vous pourrez me faire. Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture.

CHAPITRE 8

 

A travers la brume

 

I

 

Les yeux rougis, elle agrippa la rampe de l’escalier. Les lumières sèches des néons lui donnaient un sacré mal de crâne – ou peut-être étaient-ce les trois heures qu’elle avait passé sur son lit, à se tourner, se retourner et se frotter les yeux pour retenir ses larmes. D’un pas lent, elle avala les marches, une à une, jusqu’au rez-de-chaussée. Elle s’arrêta, hésita. Elle resserra la sangle de son sac à dos, réajusta son chapeau, s’arrangea les cheveux. A ses pieds, Tiplouf l’interrogea en lui pressant légèrement sa jambe. Elle inspira, expira. Sa décision était prise, elle se dirigea vers la porte lorsque la voix de l’Infirmière Joëlle l’interrompit.

« Excuse-moi jeune fille ? »

Aurore se retourna et, avec un soupir, se dirigea vers l’accueil où l’Infirmière lui faisait signe. D’ailleurs, elle profita de l’occasion pour lui demander d’un ton las :

« Bonjour Infirmière Joëlle. Dites-moi, avez-vous mon ami Pierre qui est arrivé avec moi ?

- Non, répondit-elle d’un air renfrogné. Il est parti après m’avoir pourri la vie pendant un quart d’heure, jusqu’à qu’un de ses Pokémon intervienne. Je ne sais pas où il est maintenant.

- Bon, ce n’est pas grave.

- Par contre, j’ai besoin de savoir où est ton autre ami, Sacha.

- Je ne sais pas où il est, répondit Aurore à toute vitesse.

- Ah, tu n’en as vraiment aucune idée ? C’est embêtant, poursuivit Joëlle en voyant la jeune fille secouer vigoureusement la tête, parce que je viens de recevoir un message pour lui, qui semble urgent. Il vient d’Azuria et…

- Vous lui donnerez quand il rentrera ! interrompit Aurore, avant de tourner les talons. »

L’Infirmière Joëlle était très surprise du ton employé par cette jeune fille, avant de se rappeler ce qu’il s’était passé avec elle et son groupe plus tôt dans la journée. Un groupe bien sur les dents on dirait… soupira-t-elle pour elle-même. Aurore, quant à elle, avait déjà quitté les lieux, la porte du Centre venant de se refermer sur le corps bleu du Tiplouf qui trottinait à ses côtés.

 

***

 

A Azuria, une nouvelle journée commençait et l’arène officielle était cette fois-ci ouverte normalement, dès le début de la journée. Violette était allée au Centre chercher les Pokémon, complètement remis de leur harassante journée de la veille, prêts à retrouver le même régime. Une dizaine de dresseurs attendaient patiemment l’ouverture des portes, chacun ayant leur petit papier leur certifiant de passer en priorité devant la Championne, quelle qu’elle soit. Alors que Lily s’apprêtait à ouvrir les portes en compagnie de Daisy, sa courte et lourde nuit de sommeil persistant dans son regard, elle demanda à sa sœur :

« Tu as reçu une réponse d’Unionpolis ?

- Non, toujours pas, quand j’ai appelé, c’était la fin d’après-midi et ni Sacha ni Ondine ne s’y trouvaient. L’Infirmière m’a dit qu’elle préviendrait leurs amis si elle les voyait dans le Centre. On a de la chance qu’il y ait d’autres personnes qui les connaissent, là-bas, à Sinnoh, déjà.

- Oui, sans doute, répliqua Lily.

- C’est vraiment pas de chance que l’homme qui nous a laissé le message hier n’ait pas plus d’informations à nous fournir… Il l’a simplement vue quitter la ville et il ne l’a même pas arrêtée.

- Comment elle était à son avis ?

- Mal. Il m’a dit qu’elle semblait triste, perdue dans ses pensées sur le chemin.

- Tu crois qu’elle se serait disputée avec son Sacha ? dit Lily d’un air amusé.

- J’en mettrais ma main à couper. Et encore pour des broutilles je suis sûre, comme elle peut prendre la mouche pour rien, tu la connais. »

Lily approuva de la tête. Pour sûr, elle était capable de gâcher la moindre chance qu’elle pourrait trouver pour débloquer la situation avec son ahuri de petit ami.

« Le problème, c’est qu’il l’a vue partir et c’est tout. Impossible de savoir dans quelle direction – parce qu’elle pu quitter le chemin, changer de direction ou je ne sais quoi ! Je suis sûr qu’après nous avoir appelées, il s’est rendormi : si ça se trouve elle est revenue en ville… Il n’y a plus qu’à espérer que Sacha rentre vite au Centre pour qu’il puisse commencer les recherches avant qu’il ne soit trop tard et qu’elle ait complètement disparue de la circulation ! »

Les deux sœurs soupirèrent lorsqu’elles entendirent la porte de service s’ouvrir. Violette était revenue discrètement, quatre Pokéball dans les bras.

« Hypotrempe, Ptitard, Poissoroy, Lamantine, tous frais et dispos Daisy.

- Merci Violette, répondit sa sœur en plaçant les ball réduites à sa ceinture. Espérons qu’ils vont tenir le rythme.

- Tu crois que l’Inspection c’est pour aujourd’hui ? interrogea Violette, les mains jointes dans un mouvement d’inquiétude perceptible.

- Comment veux-tu que je le sache ? D’après mes calculs, l’Inspecteur ne devrait arriver que demain ou après-demain. Mais dans ce genre de chose, il ne vaut mieux pas faire de prévisions. Il peut arriver n’importe quand, voilà la vérité. »

Daisy ne laissa pas le temps à sa sœur de répliquer. Elle enleva le loquet et, avec l’aide de Lily, elle ouvrit grand les portes de l’arène d’Azuria. A l’extérieur, elle retrouva le groupe de jeunes dresseurs qui étaient déjà là la veille. Elle les accueillit avec un sourire. Derrière eux, une groupe de quatre personnes, plus âgées, discutaient et semblaient patienter. Ils entrèrent et les deux hommes et les deux femmes saluèrent la Championne. Ils ne semblaient pas se connaître, mais avaient bien évidemment discuté en attendant l’ouverture des portes. Daisy les dévisagea tous les quatre, en tentant de lire sur les traits de l’un d’entre eux une attention particulière à la tenue de l’arène, qui pourrait trahir l’œil aiguisé d’un Inspecteur Pokémon. Un des hommes, en particulier, semblait regarder attentivement les quatre coins du bâtiment et s’arrêta sur le bord de la piscine, où il trempa une des mains. Il se tourna vers Daisy.

« Elle est magnifique, votre arène !

- Oui, merci… répondit-elle avec un sourire faux, persuadée que l’inspection allait avoir lieu plus tôt que prévu… »

Elle soupira et partit s’occuper de ses Pokémon, en attendant que le public prenne sa place dans les gradins, lorsqu’une main lui tapota l’épaule. Elle sursauta, prise de panique.

« Bonjour Daisy !

- Ca ne va pas la… oh ! Bonjour Josh… »

L’arbitre officiel venait d’arriver pour sa journée. Il avait déjà revêtu son maillot et avait ses deux drapeaux en main.

« Vous m’avez fait peur !

- Pardonnez-moi, s’excusa le jeune homme brun. Vous avez peur de l’Inspection, c’est ça ?

- Quoi ? Quelle inspection ? Comment vous savez ça, vous ?

- Allons, je fais partie de la Ligue Indigo, vous pensez bien que j’en ai entendu parler…

- Oh, oui, je… j’imagine.

- Détendez-vous Daisy, répondit Josh. Je suis sûr que tout se passera bien, il vous suffit de vous battre comme vous avez l’habitude de le faire, voilà tout. Ondine n’est pas tellement plus forte que vous, n’est-ce pas ?

- Bien sûr que oui elle est bien plus forte que moi ! Vous avez hiberné ces dernières semaines ou quoi ?

- Oh… Pardonnez-moi.

- Mais c’est vrai que ça fait un bon bout de temps que je ne vous ai pas vu ici vous ? Où étiez-vous passé ?

- Je… J’avais demandé à être affecté à Carmin-sur-mer voilà quelques semaines. Je suis là en remplacement, mon collègue devait prendre quelques jours de vacances.

- Pourquoi vous êtes parti à Carmin ? Vous ne vous plaisiez pas à Azuria ?

- Si mais… (Josh rougit furieusement).

- Ah mais oui, ça me revient ! Vous avez dû être éconduit par Ondine vous ! (Josh ne répondit pas, acquiesçant silencieusement. Daisy éclata de rire). Allons, ne vous en faites pas, vous n’êtes pas le premier et vous ne serez sans doute pas le dernier ! Et puis franchement, de la part d’un arbitre… Sortir avec la championne ! Vous avez bien fait d’aller voir le Major Bob tiens ! En attendant, reconcentrez-vous mon vieux, je ne voudrais pas avoir un arbitre inattentif pendant mon Inspection.

- Rassurez-vous, je serai impitoyable, répondit-il avec un sourire. »

Josh quitta Daisy et rejoignit ses vestiaires avant que le premier match ne commence. Dans les tribunes, les dresseurs s’étaient installés, attendant leur tour. Les quatre dresseurs plus âgés, chacun ayant environ une trentaine d’années, s’étaient assis dans les hauteurs, afin d’avoir une bonne vue sur l’ensemble de l’arène. L’homme que Daisy avait repéré était en pleine palabre avec deux des autres membres du groupe. Il semblait parler de l’arène avec de grands gestes, que Daisy ne parvint pas à déchiffrer du bord de la piscine. Elle secoua la tête et tenta de l’oublier. On allait bien voir lorsque ce sera à son tour de se battre.

Un petit groupe de trois jeunes enfants, deux garçons et une fille, patientaient avec leurs petits papiers au pied d’un des escaliers menant aux gradins. Daisy vint à leur rencontre.

« Alors, j’imagine que vous êtes les premiers ? Qui sera mon tout premier adversaire ?

- Euh… Moi mademoiselle Daisy, dit le garçon qui semblait le plus timide des trois.

- Et comment t’appelles-tu ?

- Ivan. Je viens du Bourg Palette.

- Ah ! La nouvelle génération sur les rails, répondit-elle en riant, alors qu’Ivan ne comprenait pas l’allusion. Suis-moi, nous allons livrer notre match. »

Elle pria son jeune adversaire de se positionner sur l’estrade verte, sur l’un des bords du bassin. Avant d’aller se placer sur l’estrade rouge, Daisy actionna le bouton d’un interphone.

« Josh ? Nous pouvons y aller.

- J’arrive immédiatement. »

Quelques secondes plus tard, l’arbitre s’était positionné sur son estrade dédié, après s’être informé du nom du challenger.

« Ptitard, go ! »

Le petit Pokémon sortit de sa balle et se réceptionna sur un des îlots artificiels du bassin. Il sautillait de joie, prêt à combattre.

« Paras, à l’attaque ! répliqua Ivan ».

Les deux dresseurs étaient prêts. Le public se tut pour laisser le match se dérouler dans de bonnes conditions. L’arbitre leva ses drapeaux.

« Le match pour l’obtention du Badge Cascade d’Azuria va pouvoir commencer ! »

 

 

II

 

 

« Ondine ! Ondine ! 

- Pikachu-Pi ! »

Sacha et Pikachu commençaient sérieusement à paniquer. Ils n’avaient pas bougé de la petite clairière où ils avaient retrouvé Ondine prisonnière de la Team Rocket et pourtant il n’entendait déjà plus personne autour de lui, il n’entendait plus les sarcasmes des deux ravisseurs, et il n’entendait plus Ondine. Un étrange sentiment lui tordit l’estomac. Ce n’était pas la première fois qu’un membre de leur groupe était capturé par cette fichue organisation. Mais inexplicablement, manquant de s’étoffer, une bouffée d’angoisse lui oppressa la poitrine. C’est le Xatu qui te fait paniquer, ressaisis-toi ! Mais il ne sentait aucune influence extérieure. C’était son propre désarroi.

Autour de lui, les arbres semblaient danser de plus en plus vite. Il vit une branche qui semblait se précipiter dans sa direction, il esquiva d’un bon, le cœur battant à tout rompre. L’épais manteau de brouillard empêchait de voir à plus de cinq mètres devant soi.

« Alors Sacha, on est perdu ? »

Devant lui, à travers la végétation, émergea l’homme qui se faisait appeler Charles, qui marchait tranquillement dans sa direction les mains dans les poches de son uniforme violacé, suivi de près par son Tartard, responsable du brouillard qui enveloppait la forêt.

« Belle soirée n’est-ce pas ? 

- Arrêtez immédiatement ! Où est passé l’autre ?

- Qui ça ? Bolly ? Oh, elle va, elle vient. Nous sommes libres d’aller où nous voulons tu sais. Nous nous arrangeons seulement pour nous retrouver au bon moment. »

Sacha était sur ses gardes. Il avait l’impression d’être passé dans un rêve étrange et brumeux. Les contours de sa vision étaient flous, incertains. A l’extrémité de la clairière, la lisière des arbres se confondait avec le ciel en une opaque paroi naturelle.

« Et toi ? Où est donc passée ta partenaire ?

- C’est à vous de me le dire, qu’est-ce que vous en avez fait ? Pourquoi n’est-elle pas avec vous ? C’est l’autre fille qui la poursuit c’est ça ?

- Mais non, pourquoi veux-tu que nous la poursuivions ? Nous allons simplement la convaincre tout en douceur de nous accompagner, nous n’obtenons rien par la force tu le sais. Il suffira juste qu’elle accepte de quitter ce pays. Je m’étonne de la voir si attachée à toi. »

Le jeune dresseur eut un mouvement de recul.

« Qu’est-ce que vous insinuez ?

- Que pour deux jeunes tourtereaux, vous me paraissez bien éloignés l’un de l’autre – je ne parle pas bien sûr de cette forêt, tu m’as compris.

- N’importe quoi ! répliqua immédiatement Sacha ; elle est ma meilleure amie, c’est tout, rien de plus, jamais rien de plus !

- Tu me rassures… Ce qui m’attriste c’est que c’est elle que tu devrais « rassurer ».

- Que ? »

Sacha s’interrompit en voyant son adversaire faire volte-face et s’enfoncer dans les bois.

« Attendez ! »

Il se lança à sa poursuite avant qu’il ne devienne complètement invisible dans la brume.

« Pikachu ! Attaque Tonnerre ! »

La petite souris jaune s’élança, chargea ses joues électrifiées et envoya une décharge sur les traces de Charles.

« Tartard, esquive et Pistolet à Eau ! »

Le puissant jet d’eau déchira le brouillard, entraînant avec lui Pikachu qui, contrairement à Tartard, n’était pas habitué à évoluer dans de telles conditions. Sacha réceptionna son compagnon de toujours, ainsi que de belles trombes d’eau.

« Ne cherche pas à me suivre, je te le déconseille. Tu l’as oubliée ! Comment crois-tu qu’elle a réagi à ton avis, lorsqu’elle t’a vu avec ta nouvelle copine ? Pourquoi crois-tu qu’elle s’est retrouvée ici dans cette forêt avec moi pour seule compagnie ? Où crois-tu que tu puisses te réfugier pour ne pas reconnaître tes responsabilités ? Si tu es là, si elle est là, c’est ta faute. Laisse-là, elle ne mérite que cela de ta part. »

Sacha arrêta sa course, ne parvenant pas à croire ce qu’il entendait. Il s’imaginait Charles muni d’un scalpel aiguisé, qui charcutait méthodiquement sa poitrine pour en extirper les filaments des doutes qui l’avaient assailli depuis le début de cette longue journée. Des lambeaux de vérité dont il ne voulait qu’une chose : les raccommoder et les enfouir profondément, pour ne plus les voir.

Charles réajusta son chapeau d’un petit geste de la main et sauta dans les fourrés, qui se tordirent immédiatement en une volute aux reflets verts et gris. Sacha s’y précipita, mais il ne trouva là que le vide, les profondeurs luxuriantes d’une forêt labyrinthique.

 

***

 

Ondine courait à perdre haleine à travers la forêt. Elle ne se fiait pas à sa vue, elle n’était guidée que par les cris de Sacha qui l’appelait, au loin. Désorientée, elle tournait à gauche, à droite, elle revenait sur ses pas, à mesure que la voix du jeune dresseur changeait de direction. Elle manqua de trébucher à plusieurs reprises, mais elle se rattrapait in extremis aux arbres qui continuaient de danser autour d’elle. Ecorchés par l’écorce, ses mains étaient dans un triste état. Souvent, les branches qu’elle était incapable de voir dans le manteau de brume lui fouettaient le visage, mais elle n’en avait cure.

Ses heures d’entraînement dans le bassin de l’arène portaient néanmoins leurs fruits. Agile, rapide et sportive, elle maintenait la cadence et accélérait à travers la brume. Tout en courant, elle se disait au fond d’elle-même que le pétrin dans laquelle elle s’était fourrée ressemblait étrangement à sa situation. Le labyrinthe qu'était la forêt d’Unionpolis où elle était perdue, enveloppée dans ce rideau de brouillard semblait l’exact reflet de son cœur. Où aller ? Quel chemin emprunter à la prochaine bifurcation ? Elle avait l’impression que ce faux sentier, cet arbre trompeur, étaient comparable aux faux-fuyants d’Azuria, aux interviews avec la presse, aux dîners en ville avec ces garçons tous plus insipides les uns que les autres, plus intéressés par la star de la Ligue Indigo que par Ondine Williams. Pourquoi avait-elle mené ce train de vie pendant deux ans ? Encore une question à laquelle elle ne voulait pas répondre. Au détour d’un fourré, elle croyait voir le visage de Daisy, inquiète pour elle, et qu’elle avait laissé tomber avec toute l’arène sur les bras. Derrière cet arbre, elle revoyait l’écran noir du visiophone où ses sœurs venaient de lui annoncer leur voyage autour du monde. Au bout de ce sentier – encore un cul-de-sac – voilà qu’elle croyait voir le Trophée des Tourb’Iles qu’elle n’avait pas réussi à obtenir, mais où elle avait été en compétition avec Sacha pour l’un de leurs plus grands moments de complicité malgré leur rivalité d’alors. Elle rebroussa chemin, fermant les yeux pour dissiper l’illusion créée par ce Xatu maudit.

Une branche trop basse accrocha ses cheveux. Elle s’arrêta et cria sous la douleur. Elle leva la main pour démêler sa chevelure rousse complètement emberlificotée. Agacée, elle déchira son maigre élastique ; ses cheveux maintenant libérés pouvaient plus facilement se libérer de l’emprise végétale. Une fois dégagée, elle se retourna, croyant avoir entendu derrière elle – encore une fois – sa voix.

« Sacha ? Où es-tu ? »

Pas de réponse.

Mais elle avait bien entendu bouger derrière elle. Du bas-côté du sentier, elle vit avec horreur émerger de la brume le chapeau qu’elle avait déjà trop vu.

« Tu m’avais manqué ! »

Elle frissonna en entendant cette voix feutrée à travers la brume. Les branches des arbres semblèrent s’écarter pour laisser passer Charles qui fit une nouvelle révérence extravagante. Ondine serrait son sac de toutes ses forces pour ne pas céder à la panique. Pour fixer son attention, elle tenta une réponse.

« Pas vous. »

Charles émit un petit rire.

« Oh, je sais que tu préfères être avec ton dresseur… Mais, où est-il d’ailleurs ? Il t’a laissée tomber ?

- Fermez-la, vous avez fait exprès de nous séparer. Qu’est-ce qui est arrivé à Sacha ?

- Oh, mais tu sais je n’en sais rien ! Je ne suis pas un démon machiavélique qui essaye de tout contrôler. Sacha peut bien faire ce qu’il veut dans cette forêt. Si j’ai fait lever la brume, c’est ce que je trouve ça tellement plus… (Il chercha son mot) exotique ?

- Il faut revoir votre définition de l’exotisme, répondit-elle les bras croisés.

- Oui, je sais. J’aurais tellement aimé t’emmener en croisière au soleil. Malheureusement tu as fait ta difficile et du coup nous voilà tous perdus dans cette forêt ; et pour quel résultat ? »

Ondine ne répondit rien. Elle n’y voyait pas à dix mètres devant elle. Pierre était elle ne savait où, ses sœurs étaient peut-être en train de devoir fermer l’arène à cette heure-ci, et elle avait perdu Sacha. Une brillante réussite pour sa petite escapade. Si elle n’avait pas lancé Psykokwak dans la forêt, peut-être aurait-elle pu revenir à temps à l’arène, peut-être aurait-elle pu au moins sauver son quotidien morne d’Azuria. Peu de choses, mais c’était au moins ça. Maintenant…

« Tout ce chemin pour Sacha ? continua Charles, désormais accroupi à quelques mètres d’elle. Sans savoir comment il allait te retrouver ? C’est diablement risqué comme pari… Tu étais sûre qu’il allait t’accueillir à bras ouverts ?

- No… non…

- Et l’a-t-il fait ? »

Ondine avait les yeux dans le vague du manteau de brouillard.

« Non… souffla-t-elle.

- Allons, tout ceci n’a finalement aucun sens tu ne crois pas ? Autant rentrer chez toi...

- Non ! Qu’est-ce que vous en savez ? Je ne vous connais pas, vous ne savez rien !

- Ma pauvre chérie. Il suffit juste de savoir lire… Tu es claire comme de l’eau de roche, personne ne t’a dit que tu portais si bien ton nom ?

- Taisez-vous. Sacha est venu me sauver. Je sais ce qu’il ressent pour moi.

- Mais lui as-tu déjà demandé ?... Pas de réponse hein ? Si tu es si sûre, qu’attends-tu ?

- Pourquoi je parle de ça avec vous ? Je n’ai aucun compte à vous rendre ! Stari, go ! »

Ondine avait rapidement saisi la Pokéball du meilleur de ses Pokémon. L’étoile de mer surgit à toute vitesse de l’éclair blanc.

« Stari, attaque Pistolet à Eau ! »

Le puissant jet d’eau de Stari rencontra inexplicablement une étrange force autour de Charles, à tel point qu’il dévia de sa course pour se perdre dans les buissons. Cette satanée Distorsion est toujours active…

« Tu te mets souvent en colère pour ne pas affronter la vérité en face ? Mais je le répète, j’ai beau être de la Team Rocket, je me bats pour la vérité, parole d’honneur ! »

Il s’était relevé et marchait lentement vers elle. Ondine, à chaque pas du bandit, reculait d’autant.

« Stari, Météores !

- Tartard, Mitra-Poing ! »

Le Pokémon de la championne envoya une kyrielle d’étoiles sur son adversaire, que Tartard dévia facilement avec sa force. Les Météores illuminèrent la forêt, transperçant le brouillard.

« Ondine ! »

Sa voix, encore. Malgré la distorsion, il avait dû apercevoir un des Météores perdus de Stari.

« Sacha, suis la lumière, pas ma voix ! Sacha ! »

Charles se renfrogna et réajusta son chapeau.

« Ma jolie, tu commences à m’agacer. A cause de ça, tu vas devoir patienter… Tartard, attaque Entrave ! »

La spirale centrale de Tartard s’illumina une nouvelle fois, de telle sorte qu’Ondine ne pouvait pas en détacher ses yeux. A vrai dire, plus elle fixa la ligne courbe qui s’incurvait et s’incurvait encore, qu’elle croyait voir le visage de Sacha en son centre. Elle ferma les yeux et voulut secouer la tête pour détacher son regard de cette obsédante spirale. Mais son corps ne répondait plus à sa volonté. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, le visage de Sacha avait disparu. Charles et Tartard aussi. Au milieu d’un chemin inconnu, perdue dans la forêt d’Unionpolis, Ondine était figée, immobile.

 

***

 

Bolly gardait un contact radio permanent avec Charles. Non pas que ses discours dont elle avait soupé depuis longtemps la passionnaient, mais savoir où était l’autre était indispensable dans une situation comme celle-ci. Seule Bolly, dont le Pokémon contrôlait la Distorsion, était capable de passer à travers l’illusion provoquée par Xatu. Quant à Charles, il n’avait pas son pareil pour se retrouver dans la Brume provoquée par tartard. Elle était perchée sur un arbre, quelques branches plus loin que celle réquisitionnée par Xatu. Le Pokémon Psy, concentré, gardait les yeux fermés pour maintenant le tissu illusoire de la Distorsion spatiale, tandis que sa dresseuse guettait le sol, en attente du moindre mouvement. Charles n’avait qu’à forcer Ondine à passer sous elle pour qu’elle lui tombe dessus et que cette mission interminable soit enfin terminée. Autant dire qu’elle s’impatientait.

« Où en es-tu ? demanda séchement Bolly.

- Ils sont presque à point, répondit la voix réjouie de Charles, perturbée par les interférences provoquées par la Brume.

- Ne perdons pas plus notre temps, embarquons Ondine. Ramène-la par ici et qu’on en finisse.

- Oh, quelle rabat-joie tu fais. Laisse-moi m’amuser encore un peu, je… »

La voix de Charles fut interrompue, l’oreillette de Bolly étant devenue défaillante. En effet, des trombes d’eau venaient de s’abattre sur elle, la glaçant jusqu’aux os, rendant du même coup toute l’électronique de son uniforme hors-service. Bolly n’avait pas vu d’où venait l’attaque, ce qui est sûr, c’est qu’elle l’avait reçue de plein fouet : elle était littéralement trempée jusqu’aux os. Elle releva les mèches de cheveux blonds collés à son front, se cramponna à la branche où elle était montée et fit volte-face pour voir d’où venait l’attaque. La tornade du siphon avait dissipé la brume sur son passage. Au sol, une jeune fille, le visage fermé, encadré par ses cheveux bruns-bleus, fixés par son chapeau, les poings serrés. Un petit pingouin bleu sautillait à ses pieds, de toute évidence l’auteur de sa douche forcée.

« Maintenant descendez. »

 

***

 

Ses expirations haletantes lui faisaient mal. Il avait l’impression que chaque fois que ses poumons expulsaient l’air, celui-ci charriait quantité d’oursins qui lui râpaient la gorge. La brume lui piquait les yeux, aux bords des larmes. « C’est elle que tu devrais… ‘rassurer’ ! » La voix de Charles résonnait dans son crâne ; chacun de ses pas, retombant lourdement sur l’herbe grasse, faisaient s’entrechoquer les paroles intolérables.

« Tu l’as oubliée ! Comment crois-tu qu’elle a réagi à ton avis ? Pourquoi crois-tu qu’elle s’est retrouvée ici dans cette forêt avec moi pour seule compagnie ? Où crois-tu que tu puisses te réfugier pour ne pas reconnaître tes responsabilités ? Si tu es là, si elle est là, c’est ta faute. »

Des gouttes de sueur perlaient sur son front, sur sa nuque. Il se passa la main sur le visage pour se remettre les idées en place. Il pensa bifurquer à gauche, mais après quelques secondes de vertige, il lui sembla se diriger vers la droite. Il tournait la tête dans tous les sens. Sous la protection si misérable des branches, il croyait avoir des visions. Ce carré de lumière à travers les feuilles de frêne, n’était-ce pas l’embrasure de la fenêtre de sa chambre, où Ondine regardait le ciel sombre, lors du premier tour du Tournoi Tourbillon ? Ce bosquet d’arbustes, n’était-ce pas les barreaux du dirigeable de Jessie et James, où ces idiots avaient raconté n’importe quoi ? Ce gros buisson, n’était-ce pas la conque géante qui reposait au fond du bassin d’Azuria, lors du spectacle organisé par ses trois sœurs ? Ces éclats lumineux au loin, n’était-ce pas les lampions de la fête de la fin de l’été ? Et cette voix, n’était-ce pas… ?

« Sacha ! Suis la lumière ! Pas ma voix ! » Les volutes de brume, tourbillonnant sous les effets de la brise, faisaient trembloter ces visions, qu’il n’expliquait pas autrement qu’à cause de l’attaque de Xatu. Il agita les mains devant lui, pour dissiper les illusions du brouillard. C’est sa voix ! « Ondine ! » Son appel se répercuta contre les arbres, dont l’écorce se tordait en plusieurs rictus narquois. Il se retourna, ignorant l’ordre, essayant vainement de se rappeler d’où provenait cette voix cristalline, à travers les ténèbres luxuriantes de la végétation. Il regarda Pikachu, qui lui indiqua une direction après avoir fait pivoter ses longues oreilles. Par là… Il enclencha à nouveau sa course, ne se croyant pas capable d’être encore plus essoufflé. Il n’entendait plus sa voix, il l’avait à nouveau perdue. Pas question de perdre cette partie. Il avait quasiment proféré cette pensée entre ses dents. Au milieu des arbres, il était engagé dans un jeu à double détente. Il ne perdrait pas face à la Team Rocket. Mais bien plus, il ne devait pas perdre à nouveau devant elle.

« Tu cours encore ? »

De peur, son cœur manqua un battement. Il tourna la tête deux fois pour trouver d’où venait la voix. En hauteur, il vit Charles, assis nonchalamment sur la branche robuste d’un chêne. Il jouait avec son chapeau, se le passant d’une main à l’autre. D’un air mauvais, Sacha se retourna, une Pokéball dans la main.

« Sais-tu faire autre chose, à part courir ? »

Charles avait laissé sa jambe droite se balancer dans le vide, d’avant en arrière, tandis que sa gauche était repliée sur la branche, lui permettant d’appuyer son coude. Il avait un air parfaitement détaché, trop détaché, comme si le danger de cette forêt n’existait pas, comme si la brume n’existait pas. Comme si Ondine n’existait pas.

« Tu ne prends donc jamais le temps de t’arrêter ? »

Sacha déglutit. Le faire taire, une idée fixe depuis maintenant des heures. Le faire taire et ne plus jamais entendre sa voix.

« Tu sais, je connais certaines personnes qui aimeraient que tu t’arrêtes un peu, parfois. 

- Où est-elle ?

- Elle ?

- OU est-elle ? 

- Ne joue pas au plus malin avec moi. Que t’importe ? Laisse-moi l’emmener, je saurais la comprendre, rester à ses côtés. Tu l’as abandonnée, laisse-lui au moins une chance de t’oublier.

- Je ne l’ai pas abandonnée. Vous mentez !

- Une accusation qui me blesse profondément, mon jeune ami.

- Vous respirez le mensonge ! Où est-elle ?

- As-tu l’habitude de poser des questions aux personnes qui mentent ?

- Répondez-moi ! hurla-t-il.

- Bien. Mais alors ne me qualifie pas de menteur, s’il te plaît, je n’aime pas les fausses vérités. »

Disant cela, il se pencha et montra la direction derrière lui, se retournant, quasiment la tête à l’envers, sous la branche. Sacha plissa les yeux. Au travers des reflets verts, l’éclair roux le foudroya. Il n’était pas en train de courir. Mais il marchait, le plus vite possible. A chacun de ses pas il lui semblait s’extirper de sables mouvants. Charles le suivait, au-dessus de lui, sautant avec agilité sur le circuit de branches, étrange arche végétale, basse et lourde, surplombant le chemin interminable qu’empruntait Sacha. Et toujours, d’un ton guilleret, il l’interrogeait.

« Dans quelle Ligue iras-tu, la prochaine fois ? Crois-tu pouvoir trouver une compétition qui t’amène encore plus loin d’Azuria ? »

Les fibres de tissus des gants de Sacha craquaient sous la pression de ses poings serrés.

« As-tu déjà trouvé un prétexte pour te justifier, si tu arrives à l’atteindre ? »

Il accéléra.

« As-tu déjà trouvé un prétexte pour la prochaine fois que tu la laisseras derrière toi ? »

Il ne voulait plus l’entendre, il courait à nouveau. Charles avait quitté les hauteurs des arbres. Il avait sauté derrière lui, laissant Sacha prendre de l’avance.

« Où coures-tu à nouveau ? lui lança-t-il. C’est seulement comme ça que tu veux lui montrer que tu ne l’as pas oubliée ? 

- Je ne l’ai pas oubliée ! finit-il par crier, bien qu’il se fût promis de ne pas lui répondre. Je n’ai pas cessé de penser à elle ! »

Le rideau de feuilles s’écarta sur la tenue bleu marine que portait Ondine. Sacha grimaça avant d’arriver sur le chemin. Il avait répondu à Charles, il avait répondu trop fort. Un aveu de faiblesse. Ondine avait forcément entendu. La sueur lui glaçait le dos.

Mais elle ne bougeait pas. Il ne comprenait pas ; à cette distance, elle l’avait forcément entendu. Il écarta sauvagement les branches qui poursuivaient leur mouvement perpétuel. De là où il était, il découvrit la rouquine, immobilisée dans une position improbable, sur le point de reculer, un bras devant elle dans un geste de défense qu’elle persistait à ne pas vouloir terminer. Seuls ses yeux s’agitaient. Paralysée. Sacha se précipita à sa rencontre, lorsque la voix de Charles fusa derrière lui.

« Tartard, Entrave ! »

Il sentit tout d’un coup ses jambes devenir lourdes, beaucoup trop lourdes pour lui. Ses bras semblaient être déconnectés de son cerveau. Mais il courait. Et dans son élan, il s’immobilisa en l’air, fit encore deux pas, avant de s’écraser dans un dernier mouvement contre Ondine. Ils basculèrent sur le bas côté. Pikachu, lui, était immobilisé un peu plus loin. Charles s’approcha des deux dresseurs paralysés avec un petit rire.

A l’intérieur de leur prison corporelle, ils se rendaient compte que leurs visages n’avaient jamais été aussi près l’un de l’autre, même pendant leurs sempiternelles disputes. Au milieu de leur agitation, leurs yeux se rencontrèrent un bref instant. En cet instant où ils ne pouvaient plus se contrôler, ils réussirent à lire ce qu’ils voulaient y voir. Ondine crut comprendre le regret de l’abandon commis par Sacha et sa joie de la voir enfin près de lui après ces années d’éloignement. Son cœur voulait exploser, détruire ce coffre rigide où il était enfermé. Un instant, un bref instant de ce qu’elle avait toujours rêvé, mais de ce qu’elle n’avait jamais osé accomplir, le serrer dans ses bras ; et voilà qu’elle ne contrôlait même pas son propre corps. Collé contre elle, il ne sentit pas les coups sourds de révolte qui martelaient sa poitrine. Un moment inespéré. Une torture.

Sacha, à travers les longs cheveux roux, tellement plus séduisants lorsqu'ils étaient détachés, vit le scintillement des spores et des premières lueurs nocturnes se refléter dans les yeux émeraude qui lui faisaient face. Il eut peur de ce qu’il croyait y voir. Son cœur lui aussi battait la chamade, tout aussi révolté de ne pouvoir lui faire comprendre. Mais enfermé en lui, il se demandait déjà si lui-même comprenait.

Leurs visages, les traits saisis au vol par un photographe invisible, ne pouvaient pas rougir.

Charles s’accroupit et se pencha contre l’oreille de Sacha.

« Prends le temps de t’arrêter… »

Puis il s’échappa.

 

 

 

 

III

 

 

 

Lily et Violette serraient les poings, les dents, les bras, bref, tout ce qu’elles pouvaient serrer. Autour du bassin, la tension était à son comble entre Daisy et son adversaire, le grand gaillard qu’elle avait repéré au début de la journée. Corpulente, sûr de lui, il menait une manche à zéro et le Poissoroy de la championne était en grande difficulté face au Phyllali adverse. Il faut dire que l’arène d’Azuria n’avait pas pour habitude de voir dans ses murs des Pokémon aussi rares. Souple, agile et élégant par-dessus le marché, le Pokémon Plante évitait gracieusement tous les coups portés par son adversaire. Daisy elle-même, face à ce redoutable adversaire, commençait à paniquer.

« Poissoroy, Empal’Korne ! »

Le gigantesque Pokémon Poisson sauta hors de l’eau, sa corne tendue vers son adversaire. Mais les mouvements nécessités par l’Empal’Korne étaient tels que Phyllali n’eut aucun mal à voir le coup venir. Il plongea sur le côté et rejoint rapidement un îlot proche, où il se secoua pour faire sécher ses poils.

« Phyllali, attaque Feuillemagik, maintenant ! »

Le Phyllali hurla et de multiples feuilles scintillèrent autour de ses longues oreilles, avant de se précipiter sur Poissoroy qui fut sur le coup mis hors de combat.

« Poissoroy ne peut plus se battre ! déclara Josh en levant son drapeau vert. Le vainqueur du match et du Badge Cascade est Daniel de Féli-Cité ! »

Le challenger rappela son Pokémon dans sa balle et revint sur le bord du bassin. Il s’approcha de Daisy, récupéra son badge sans lui serrer la main.

« Je suis venu de loin pour me battre dans cette arène dont on parle tant en ce moment, je dois vous avouer que je suis déçu. »

Puis, sans laisser le temps à la championne, bouchée bée, de pouvoir répondre, il tourna les talons et sortit. Lily et Violette s’approchèrent immédiatement de leur sœur.

« C’était un désastre… murmura Daisy.

- Les Inspecteurs de la Ligue Indigo peuvent être originaires de Sinnoh à votre avis ? demanda Violette.

- Il ne s’agit que de leur ville de naissance. Rien n’indique que son métier ne soit pas à Kanto… soupira Lily.

- Allez Daisy, reprit Violette, rien ne prouve non plus que c’était bien lui l’Inspecteur, tu as encore des matchs à livrer.

- Tu as raison, soupira-t-elle. Qui est le prochain sur la liste ?

- Moi ! déclara une jeune femme, souriante et bien mise, qui se présenta main tendue. Ravie de vous connaître, je m’appelle Rose et je viens des Cramois’Iles.

- Enchantée, répliqua Daisy, heureuse de voir enfin quelqu’un d’aimable aujourd’hui. Nous allons livrer un combat à deux Pokémon chacune. Vous êtes prête ?

- Absolument.

- Josh ? On y retourne, annonça Daisy. »

 

 

***

 

 

Bolly se secoua, essora ses cheveux et sauta à terre.

« Comment oses-tu ? »

La jeune fille ne répondit pas. Elle avait les poings serrés, le visage ravagé par les pleurs.

« Laissez-les partir, dit Aurore, détachant chaque syllabe.

- Ah, je vois, le sauvetage de dernière minute. Nous aurions dû le prévoir, celui-là ! Xatu ! »

Plus loin dans la forêt, elle n'entendait plus les cris et les appels qui résonnaient encore à ses oreilles. « Sacha ! Ondine ! » Bolly appela une nouvelle fois son Pokémon, mais il n’y avait pas de trace de l’oiseau. « Xatu ! Ramène-toi immédiatement ! ». Une fois cet ordre donné, une masse indistincte surgit des branches d’un arbre et s’écrasa quelques pas devant Bolly. Lorsque la poussière retomba, la Rocket vit avec incrédulité son Xatu, les pattes en l’air, les ailes écartées, complètement inconscient, un petit lapin lui sautillant tout autour.

« Lapo ! Laporeille ! »

Un bref rictus se forma sur le visage ravagé d’Aurore.

« Bien joué Laporeille.

- Laporeille ! »

Bolly fulminait. Comment diable son Xatu avait pu se faire surprendre, puisqu’il utilisait l’attaque Reflet ? Si ce misérable Pokémon n’était pas pris dans la Brume depuis le début, il a pu prendre le temps de repérer le vrai, sans parler de la fatigue. Quel incapable !

« Tu vas vite regretter de t’en être mêlée ma mignonne. Démolosse, à toi de jouer ! »

La jeune femme blonde avait appelé son deuxième Pokémon et un grand chien noir pourvu de cornes se matérialisa devant Tiplouf et Laporeille. Aurore n’avait jamais vu de monstre de ce type, mais elle n’en avait cure. Elle ne sortit même pas son Pokédex pour en savoir plus, elle n’était plus que volonté froide d’en finir avec son adversaire. Elle préférait ne pas penser à ce qu’elle était en train de faire, à ceux pour qui elle était en train de combattre, seul comptait pour l’heure le résultat.

Mais Bolly eut un instant de distraction, lorsqu’elle se rendit compte que les arbres ne « dansaient » plus autour d’eux, que les chemins et les sentiers reprenaient leur aspect normal. Et merde ! Bien évidemment, Xatu au pays des rêves, il n’y avait plus personne pour maintenir la distorsion de la zone, qui peu à peu reprenait son aspect normal. Les deux adversaires tournèrent la tête en même temps lorsque quelqu’un émergea des fourrés à leur gauche. Aurore vit un homme en tenue sombre, arborant le même « R » que la femme blonde ainsi qu’un large chapeau, arriver assez essoufflé, suivi par un Tartard.

« Bolly que… »

Il s’arrêta lorsqu’il vit la situation.

« Oh. Je vois. Qu’avons-nous là ? Bonjour vous, vous venez à la rescousse de nos deux tourtereaux, c’est cela ? »

Aurore déglutit difficilement. Elle se frotta les yeux, qui la piquaient effroyablement.

« Ou peut-être que non ? continua Charles en relevant son chapeau. 

- Taisez-vous et laissez-les partir ! cracha Aurore. »

Charles croisa les bras en considérant la jeune fille qu’il avait devant les yeux.

« Oh, nous aimerions tellement, tu sais. Mais en fin de compte, même si tu le demandes avant tant d’insistance, cette idée n’a pas l’air de te faire un plaisir fou, si ? »

Aurore serra les dents, alors que la femme blonde la regardait d’un air mauvais.

« Ca suffit Charles, celle-ci, on s’en occupe selon ma méthode !

- Arrête immédiatement Bolly ! On ne va pas s’attaquer à quelqu’un qui ne nous a rien fait et qui en plus fait preuve d’un tel dévouement pour des amis qui l’ignorent superbement en ce moment ! »

Aurore eut un glapissement.

« Tiiiii, Tiplouf, Tiplouf ! tenta son Pokémon, qui battait des ailes en essayant d’attirer son attention. »

Mais sa dresseuse ne le regarda même pas.

« Qu’est-ce que vous voulez dire ?

- Oh, ma pauvre amie, dit Charles avec un grand geste de son chapeau. Tu venais pour Sacha et Ondine, n’est-ce pas ? Ou peut-être seulement pour l’un des deux ? »

Il s’approcha et s’assit en tailleur juste devant elle, sans le moindre geste de provocation.

« Qu’est-ce que vous en avez fait ?

- Moi ? Mais absolument rien ! Regarde, tu as mis KO notre Xatu, la Distorsion est arrêtée, et la Brume est en train de se lever. Nous avons perdu, il faut bien l’admettre. Lorsque j’ai vu que ça tournait mal, je me suis précipité ici pour rejoindre ma partenaire, comme il est bien normal, il faut bien s’entraider non ? (Charles prit sa tête dans ses mains). Ah ! Oui, la vie de la Team Rocket est bien difficile en ce moment, crois-moi, après tous ces échecs… Ainsi, lorsque nous avons vraiment perdu, crois-tu que cela mène à grand-chose de planquer nos cibles quelque part ? Comment veux-tu que nous leur fassions quoi que ce soit maintenant que tu as arrêtés à toi toute seule ? Non, je crois que ces deux jeunes gens ont autre chose à faire que te remercier ! »

Aurore ferma les yeux. Les phrases à rallonge de l’homme de la Team Rocket tournaient et tournaient dans sa tête, formant un rideau indistinct qui lui brouillait son raisonnement. Qu’était-il en train de dire à la fin ? Et le voici qui se met à pleurer maintenant, mais qu’est-ce que c’est que ce Rocket ? Qu’est-ce qu’il veut me dire à la fin ? Charles continuait son discours entrecoupé de sanglots.

« Ah, oui, nous sommes bien misérables, tous autant que nous sommes ! Regarde-nous ! Nous sommes perdus dans cette sombre forêt et nous venons d’être coupés en plein milieu de notre réussite par une jeune dresseuse comme toi ! Quand nous allons rentrer à la base, nous allons être mis au ban de la Team comme Jessie et James ! Voilà ce qui nous attend ! Et moi, en plus, j’ai eu le cœur brisé par cette jolie rousse sans pitié qui préfère son Sacha ! Oh, mais ça, ajouta-t-il en reniflant, je n’ai pas besoin de t’en parler, tu me comprends, n’est-ce pas ? »

Aurore manqua une respiration et faillit s’étrangler, ce qu’elle tenta de rattraper par une quinte de toux.

« Ah, oui ! Je vois que tu sais ce que je ressens. Oh, les malheurs de nos cœurs saignants, tu ne crois pas ? Dire que si tu ne nous avais pas interrompus, peut-être que tous nos soucis seraient envolés ! (Il releva la tête et essuya ses yeux. Il prit son chapeau dans ses deux mains et avança à genoux devant Aurore, Laporeille et Tiplouf, les yeux fous.) Mais oui, imagine ! Notre mission est de ramener Ondine à Kanto avec nous ! Moi, avec Ondine dans l’avion, et toi, avec Sacha, paisiblement dans ce beau pays de Sinnoh, ne serait-ce pas formidable, dis ? »

Aurore avait porté une main à sa bouche devant cette hypothèse. Etait-ce vraiment possible ? Pouvait-elle faire confiance à ces inconnus pour remporter Ondine dans les limbes de souvenirs d’où elle n’aurait jamais dû sortir ? Non, ils sont de la Team Rocket, ils essayent de te piéger ! C’était la houle, la tempête sous son crâne, où les flots de son émotion essayaient de grignoter petit à petit la berge de sa raison. Tiplouf et Laporeille s’agitaient, sautillaient, tentaient de ramener leur dresseuse à la réalité de la situation. Mais elle ne les voyait pas. Un instant, elle céda.

« Vous… Vous croyez ? »

Il n’en fallait pas plus pour remettre Charles sur ses deux jambes et lui prendre les mains dans les siennes, en écartant sans ménagement les deux Pokémon.

« Mais oui ! Viens avec nous, nous allons à leur recherche. Je suis sûr que nous allons les trouver dans les bras l’un de l’autre, peut-être cachés dans un des buissons tu ne crois pas ?

- Tiiii, Tiplouf !

- Tu nous accompagnes ! décida Charles. Et tu nous aideras : tu passeras la première, tu regarderas où ils sont et à ce moment, tu te décideras. Puis tu tenteras de les séparer. Nous, pendant ce temps là, nous nous faufilons derrière Ondine, on l’embarque et tu n’entendras plus jamais parler de nous, ni d’elle d’ailleurs, tu peux me croire ! »

- Tiplouf ! Ti, Tiplouf ! »

Le petit pingouin bleu ne ménageait pas sa peine pour essayer d’attirer l’attention d’Aurore, qui ne pouvait détacher son regard des yeux bleus de l’homme de la Team Rocket, et de sa proposition d’aide si incongrue. Arrête-toi, comment pourras-tu regarder Sacha et Pierre après ça ? Mais après tout, avait-elle quelque chose à perdre ? S’ils étaient si discrets qu’ils le disent, peut-être que Sacha et Pierre ne sauront jamais ce qu’il s’est passé ! Et que personne ne saurait vraiment où est passé Ondine. Il n’y aurait que quelques semaines à attendre pour oublier cet épisode, ce n’était pas cher payé finalement. Après tout, elle était bien venus les sauver tous les deux et maintenant qu’elle était à la merci de la Team Rocket, c’était celle-ci qui lui proposait de l’aider et nous ceux qu’elle était venue sauver ! Eux, pendant ce temps-là, devaient s’amuser quelque part dans la forêt, heureux d’être ensemble, pendant qu’elle n’avait que sa conscience qui pouvait donner son avis… Qu’importait après tout, la situation était suffisamment désespérée !

« Aurore ! »

C’était sa voix. Elle la ramena brusquement à la réalité.

« Que… ! »

Charles fit volte-face dans une exclamation étouffée.

« Laissez Aurore tranquille ! cria Sacha en émergeant à toute vitesse des arbres. »

Derrière lui arrivèrent rapidement Ondine, serrant le poing contre sa poitrine en courant, essoufflée, le visage fermé et étrangement rouge, puis Pierre, Ptiravi dans ses bras, des gouttes de sueur perlant à son front.

« D’où il sort celui-là encore ? s’exclama Bolly en apercevant Pierre. » Son Démolosse grogna en voyant le groupe des adversaires s’agrandir à nouveau.

La jeune fille tourna son visage torturé vers son ami qui venait de surgir de derrière les arbres. Elle l’interrogea du regard, mais Sacha détourna rapidement le sien. Elle ne saurait dire si elle avait cru distinguer une gêne, une pudeur ou une rougeur s’imprimer sous ses yeux bruns. Ondine quant à elle fixait ostensiblement ses yeux, soit sur Charles, soit sur le sol et les brindilles d’herbe où étincelaient les gouttes d’eau en suspension.

Charles abandonna Aurore pour revenir à la hauteur de Tartard.

« Comme vous vous êtes libérés vous deux ?

- Ptiravi n’est peut-être pas encore un Leveinard, mais il est déjà bien capable de dissiper une Entrave quand il en voit une ! dit Pierre avec fierté, en présentant son bébé Pokémon à bout de bras.

- Une Entrave ! cria Aurore. Vous disiez que vous ne les aviez pas trouvés !

- Pas trouvés, laissés en plan immobilisés… Tout cela dépend des points de vue, qui peut affirmer détenir la vérité ? dit Charles en haussant les épaules.

- Vous avez menti ! hurla la jeune fille.

- Oh, peut-être, mais tu sais, quand on aime…

- Ca suffit maintenant, battez-vous et laissez-la tranquille ! cria Ondine. Vous allez regretter toute votre vie ce que vous nous avez fait ! Stari, à l’attaque !

- Pikachu ! cria Sacha.

- Simularbre ! compléta Pierre en lançant sa Pokéball. »

Charles vint à la hauteur de Bolly. Tartard et Démolosse étaient prêts à en découdre.

« Très bien, vous l’aurez cherché… Pourtant il me semblait que ça ne vous déplaisait pas… Ne dites-pas que nous n’avons pas tout fait pour éviter d’en arriver là, soupira Charles en remettant son chapeau en place. »

« Stari, attaque Météores !

- Simularbre, attaque Damoclès !

- Pikachu, Vive-Attaque ! »

Les trois Pokémon s’élancèrent. Les étoiles lancées par Stari illuminaient la forêt dans la nuit tombante. Simularbre se précipita le premier sur les deux adversaires, qui l’évitèrent facilement d’un pas sur le côté. Pikachu, grâce à sa vitesse, parvint à percuter Démolosse.

« Tartard, Pistolet à Eau ! commanda Charles. »

Son Pokémon lui obéit immédiatement, et projeta un puissant jet d’eau qui percuta Simularbre de plein fouet. Le Pokémon Roche souffrit beaucoup de l’attaque et mit un genou à terre.

« Pikachu, attaque Tonnerre sur Tartard, vite !

- Démolosse, utilise Intimidation ! »

Pikachu s’était retourné pour se charger en électricité afin de foudroyer le Pokémon aquatique, mais le chien des ténèbres s’interposa et ouvrit grand sa gueule. Sa bave dégoulinait de ses multiples crocs luisants. Le poil de Pikachu se hérissa de peur ; il se retrouva incapable d’esquisser le moindre geste.

« Tartard, attaque Mach Punch sur Simularbre ! »

Tartard prit une impulsion et sauta d’un mouvement leste par-dessus Démolosse et Pikachu afin d’atterrir derrière Simularbre qui récupérait de l’attaque précédente.

« Simularbre, attention ! cria Pierre ».

Mais le Pokémon Roche n’eut pas le temps d’esquisser un geste de défense ; il se prit le coup de poing fulgurant de son adversaire et s’affala au sol, inconscient.

« Non ! Simularbre, revient ! ordonna un Pierre dépité. »

Ils n’étaient plus que deux contre deux. Sacha et Ondine se jetèrent un regard entendu.

« Stari, Pistolet à Eau sur Démolosse !

- Pikachu, joint ton attaque Tonnerre ! »

Les deux attaques combinées de ces deux Pokémon qui avaient si souvent combattu ensemble touchèrent le chien noir, qui hurla sous la douleur de l’électricité conduite par le jet d’eau. Cependant, il resta debout, tremblant sur ses pattes, mais prêt à attaquer à nouveau.

« Démolosse, attaque Mâchouille ! »

Le chien se projeta à l’aide de ses pattes arrière. Pikachu, très agile, esquiva, mais le chien avait visé son coéquipier. Stari fut emprisonné dans sa mâchoire et son bijou central commença à se fissurer sous la pression.

Ondine cria avec horreur, lorsque Sacha intervint :

« Pikachu ! Queue de fer pour libérer Stari ! 

- Tartard, attaque Entrave ! »

Pikachu fut immobilisé dans sa course par le pouvoir de Tartard, qui s’était remis de ses deux attaques successives contre Simularbre. Paralysée en plein élan, la souris jaune ne put venir à la rescousse de Stari, qui bientôt glissé inanimé des crocs de Démolosse. Pikachu se retrouvait à la merci de ses deux adversaires.

« Vous auriez dû choisir la solution sans combat mes pauvres amis, se lamenta Charles. Enfin, je me réjouis de savoir qu’Ondine va m’accompagner. »

La rouquine eut une moue de dégoût, ainsi qu’une lueur de profonde inquiétude. Elle tourna le regard vers Sacha, qui tenta de lui composer un visage rassurant. Mais au fond de lui, un nœud s’était formé dans son estomac ; ces deux Rocket étaient plus forts, bien plus forts que ceux dont ils avaient l’habitude… La situation semblait désespérée, lorsqu’un hurlement lui fit relever la tête.

« Vous avez menti ! »

Aurore, les poings serrés, le visage ruisselant de larmes, lançait des regards acérés aux deux bandits.

« Laporeille, attaque Uppercut ! »

Le petit lapin approuva, sauta contre un arbre pour prendre son élan et se précipita contre Démolosse, affaibli, qui ne put éviter le coup qui l’envoya directement au tapis.

« Laporeille, rebond ! »

Aurore allait se décrocher la voix. Mais elle ne s’en rendait plus compte, son seul objectif était maintenant de se débarrasser de ces deux agents, surtout de l’homme, dont la proposition précédente l’emplissait maintenant d’horreur. Comment avait-elle pu ne serait-ce qu’une seconde envisager de suivre la Team Rocket ?

Laporeille avait à nouveau sauté pour atterrir sur la tête de Tartard.

« Tartard, utilise Poing Glace ! »

Le Pokémon essaya de faire dégager Laporeille de sa tête, mais celle-ci ne cessait de sautiller, évitant ainsi le contact glacial qui la menaçait. Tartard, la migraine aidant, fut bientôt désorienté, et s’affala afin de reprendre son souffle.

« Laporeille ! cria Aurore. »

Alors, au-dessus d’un Tartard désorienté, le Pokémon d’Aurore se mit à luire, à éclairer la nuit qui était désormais presque complète. La jeune fille, les yeux rougis, regarda avec un regard mêlant le regret de ne plus voir Laporeille, mais aussi la fierté et la satisfaction, le petit lapin évoluer sous ses yeux. C’était maintenant un grand Lockpin qui regardait de haut Tartard sous ses pattes.

« Lockpin, Mawashigeri ! »

Le grand Pokémon décocha un fantastique coup de pied au Pokémon Aquatique qui s’écrasa, inconscient, contre un arbre. Lockpin, avec Aurore à ses côtés, se tourna alors vers Bolly et Charles, qui pour la première sembla avoir une lueur d’inquiétude dans les yeux.

Avec une inspiration satisfaite et, enfin, un sourire sur son visage défait, Aurore, chassant sa dernière larme, chuchota à son Pokémon :

« A toi. »

Par Pikercy - Publié dans : S'avouer vaincu
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